Category: Musique – Jazz


C’est autant pour Albert Raisner que pour tout ce qu’il représente que je replonge, avec un vrai plaisir je l’avoue, dans la période "yé-yé" de mon adolescence.  Cette appellation est apparue dans une chronique publiée dans Le Monde par le sociologue Edgar Morin baptisant de "yé-yé" les jeunes gens réunis place de la Nation à Paris en juin 1963 à l’occasion du 1er anniversaire du magazine Salut les copains. Il ignore alors que cette expression va entrer dans l’histoire.

photo : Stéphane de Sakutin, AFP

 

Albert Raisner est décédé ce 1er janvier. Il avait 88 ans, l’âge de ma mère qui elle a la chance d’être encore en bonne santé.

De formation classique, puisqu’il s’initie tout jeune au piano et au violon, ce bon musicien (et compositeur) forme pendant la guerre un premier trio de Jazz dont je n’ai malheureusement pas retrouvé d’enregistrement.

Dommage… puisque quelques années plus tard il forme le deuxième trio Raisner composé de 3 harmonicistes, un trio assez peu inspiré à mon avis, seul le soliste Albert Raisner manifestait des aptitudes musicales… et scéniques évidentes. Cela n’a pas empêché l’ensemble de rencontrer un succès important aussi bien dans les cabarets Parisiens qu’à la radio ou à la toute nouvelle télévision.

Albert Raisner, Claude François & Henri Salvador

 

C’est en 1960 qu’Albert Raisner se fit véritablement connaître en créant sur l’unique chaîne de télévision de l’époque « Age tendre et têtes de bois », une émission de variétés où il invitait, toutes les semaines ou tous les mois…, les vedettes yé-yé de l’époque à venir faire leur promotion.  Un an après la première (enregistrée au Golf Drouot avec Eddy Mitchell et les Chaussettes noires), c’est Frank Thénot et Daniel Filipacchi qui créent "Salut les Copains" le pendant radiophonique de l’émission (Europe 1).

 

 

 

Un extrait de la première d’Age tendre et têtes de bois au Golf Drouot…

Archives de l’INA : extraits d’émissions en 1962

Albert Raisner présentateur au pavillon de la fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité Universitaire de Paris.

Age tendre et têtes de bois au club dancing du Ramier à Toulouse…

L’harmonica est un instrument que j’aime beaucoup. En France c’est actuellement Jean Jacques Milteau, le célébre animateur de la radio TSF qui perpétue avec grand talent cet instrument. Mais je ne peux résister au plaisir de mettre un lien avec  un autre monstre harmoniciste de jazz, né à Bruxelles il y a… 88 ans…, un génie de l’improvisation : Toots Thielemans. J’ai choisi une de ses compositions, un  morceau fétiche : "Bluesette", peu représentatif des canons du Jazz puisque c’est une valse, mais qui prend ici à l’harmonica un relief tout a fait exceptionnel.

Et pour s’évader un enregistrement étonnant de Bluesette… avec Stevie Wonder… à l’harmonica. Un grand moment !

Albert Raisner a écrit deux livres :

  • Le Livre de l’harmonica, Presses du Temps Présent, Paris, 1961, 223 pp.
  • L’Aventure pop, Robert Laffont, Paris, 1973, 303 pp, bibl.

Liens :

Blog Age tendre et tête de bois : quelques réflexions intéressantes sur la période yé-yé

Harmonica francophone

Amourdurockenroll – Trio Raisner : pour ceux qui aiment les vielles pochettes

Music story : pour écouter… (Quatre 45 tours du trio Raisner  enregistrés entre 1956 & 1957

 

Un disque ressorti du fond des tiroirs : Jazz Club – Le Petit Journal Montparnasse,  enregistré en 2002. Le petit Journal Montparnasse, à côté de la gare du même nom, logé dans le bâtiment de l’hôtel Méridien Montparnasse, c’est 300 concerts par an, un café, un restaurant et un club de Jazz parmi les plus renommés à Paris, à l’instar de certains clubs New-Yorkais ou Japonais.

 

 

 

Un géant seul au piano, devant un public conquis d’avance : Michel Petrucciani et un thème cent fois redécouvert par d’autres grands : Besame mucho …, j’ai en tête ici même au Jazz Club l’interprétation de Guy Marchand avec le Big Band de Claude Bolling qui nous fait encore danser… les amateurs se reconnaîtront. Mais il y en a beaucoup d’autres et de bien belle facture….

Besame mucho, son histoire et une version "soft" par Petrucciani, mais non moins agréable à écouter.

Michel Petrucciani, Piano solo : Besame mucho

 

Besame mucho… Petrucciani, une attaque franche, un piano qui sonne merveilleusement beau. Richesse des harmonies, créativité, rythmique parfaite…un orchestre a lui seul, devant son public Quel heureux hasard que ce diable de petit homme ait pu nous procurer autant de plaisir (Michel Petrucciani souffrait d’ostéoporose imparfaite, appelée aussi "maladie des os de verre", se traduisant chez lui par une stature déformée et de petite taille.

Petrucciani se déguste comme un grand cru, alors que d’aucuns se sont certainement dit que son handicap de nabot atrophié pouvait l’avoir aidé à se faire une image et un nom !  Que nenni. Pétrucciani, déjà, était né dans une famille de musiciens, le père guitariste, les deux frères Louis contre bassiste et Philippe également guitariste ont tous trois contribué à ses albums. Mais Michel était incontestablement le plus doué des trois et intrinsèquement un superbe musicien de talent, une star du piano en son temps. Malheureusement sa maladie a fait qu’il est mort trop tôt en 1999 à l’âge de 37 ans. Il repose au père Lachaise entre Chopin et… Pierre Desproges.

Une réputation de haut niveau n’est jamais usurpée. Quelquefois nous en doutons… voir par exemple le FIAC actuellement au Grand Palais. En tous cas Petrucciani, Besame mucho… à écouter à haut niveau sur une bonne chaîne et sans modération comme ce fabuleux "Take the A train" immortalisé par Duke Ellington, ou l’on pourra apprécier l’incroyable indépendance des deux mains de l’artiste.

Michel Petrucciani : "Je joue toujours pour les gens. Je souhaite qu’après chaque concert ils partent heureux et qu’ils souhaitent revenir. Ma musique n’est pas intellectuelle mais sensuelle et chantante. Je veux qu’elle batte avec le cœur et qu’elle soit simple. Je joue pour plaire et pour communiquer. Mais ce n’est pas parce que ma musique plaît qu’elle est pour autant commerciale. J’essaie seulement d’appliquer de plus en plus la leçon des grands maîtres : moins, c’est toujours plus".

Michel Petrucciani – Wikipedia

Michel Petrucciani – "Plus grand que la musique, plus petit que le piano"

Et pour aller plus loin…. :

Michel Petrucciani, Michel Leeb et le Festival de Nice 1998

QUEL TALENT !

 

 
Un vrai coup de cœur pour ce groupe de musiciens que j’ai découvert tout a fait par hasard juste avant de partir en Chine en mai dernier.  Séduit, le mot n’est pas trop fort, autant pour la beauté de la mélodie, des interprètes que par la nouveauté et l’originalité (pour moi) des instruments et des sons.
Infinity of Sound est un groupe de trois soeurs de nationalité Sud Coréenne. Elles interprètent la chanson "Million roses" qui est un morceau d’origine Lettone, composé par Raimonds Pauls,  en 1981 sous le titre Letton de "Davāja Māriņa". Mon deuxième coup de cœur.
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Mettez le son…. je vous laisse écouter "Million Roses" par Infinity of Sound
 
Les instruments traditionnels de la musique Coréenne (voir ici)

 

Haegeum
Le Gayageum est l’un des instruments emblématiques de la Corée. Il est constitué d’une caisse de résonance en bois de Paulownia et 12 cordes en soie.
Le Gŏmungo est constitué d’une caisse de résonance en bois de paulownia et de châtaignier sur laquelle sont tendues 6 cordes en soie. Il peut être joué avec un Suldae (une baguette en bambou) en plus des doigts de la main droite.
Le Haegeum est fabriqué à partir de 8 matériaux différents :
métal, pierre, fil, une calebasse, de l’argile, une peau, du bois et du bambou.

 

Gomungo

Gayageum
Autres interprétations de Million Roses
Une petite recherche sur internet m’a permis de retrouver quelques interprétations d’artistes Lettons, Russes… de voyager dans d’autres pays qui ont grandi à nos portes, de pénétrer dans des salles de concert ou l’on découvre une ferveur extraordinaire :
Cosmos, Million Alix Roz – Groupe de chanteurs Russes
Ozols, Davāja Māriņa  – Rappeur Letton (aller jusqu’au bout de la chanson, pour découvrir des jeunes enthousiastes, un peuple peu connu, pourtant à nos portes)
Communion avec ce magnifique public, pour terminer, mais on ne s’en lasse pas.
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Ce qui est magique c’est qu’avec une même partition, des artistes de sensibilité et ce culture différentes, peuvent nous procurer des plaisirs sans cesse renouvelés… le talent aidant.
Raimonds Pauls compositeur Letton de Davāja Mārina. Mon deuxième coup de cœur
Million Roses fut composé par Raimonds Pauls,  en 1981 sous le titre Letton de "Davāja Māriņa".

Ce compositeur Letton contemporain, par ailleurs excellent pianiste,  a en plus de sa carrière musicale particulièrement prolifique, une carrière politique qui débuta sous le régime soviétique. Il entre au gouvernement de la République socialiste soviétique de Lettonie en 1988 au poste de ministre de la culture. Il occupe ce poste jusqu’en 1993, année où il devient conseiller du président de la nouvelle république de Lettonie.
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Je ne peux résister au plaisir d’ajouter une autre de ses compositions : "Sous le soleil du Nord" interprétée en Français par Marie N (Marija Naumova) d’une beauté et d’un talent à couper le souffle !
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Revenons, pour terminer à la Corée du Sud, fantastique pays, qui fait partie des dix premières économies mondiales.  La comparaison avec son voisin et "ennemi" du nord fait froid dans le dos.

Ce pays va fonder l’Institut mondial de la croissance verte avec une maxime toute simple : "Rendre compatible Vert et Croissance" (It is a shift in thinking that no longer pits “green” against “growth.” In order to make "green" and "growth" compatible there are three key requirements… (Lee Myung-bak, President of the Republic of Korea)

Joueur de Haegeum à Manzhouli - Mongolie intérieure - Chine - 11 juin 2011

Joueur de Haegeum à Manzhouli – Mongolie intérieure – Chine – 11 juin 2011

A cette époque, Miles était déjà largement légitimé en Amérique par ses prestations avec Dizzie Gillespie, Charlie Parker avec qui il s’initie aux subtilités du bebop. C’est aussi un habitué des Jam sessions des nuits New Yorkaises ou il accompagne la Star du moment Billie Holiday au sein de l’orchestre de Coleman Hawkins. 

En 1948 il fonde son nonet , un ensemble de 9 musiciens comportant une section rythmique classique et en plus de la trompette de Miles, du sax baryton de Gerry Mulligan, du sax alto de Lee Konitz et du trombonne de J.J. Johnson, il y avait un cor d’harmonie et un tuba.  Le nonet se produit pour la première fois le 18 septembre 1948 à New York sous le titre très inhabituel de « Nonet de Miles Davis, arrangement de Gerry Mulligan, Gil Evans et John Lewis ».

Il sortira quelque temps plus tard, en 1957, un magnifique album "Birth of the cool", composé d’une douzaine de morceaux aux arrangements innovants et fortement imprégnés de musique classique (Miles avait étudié le piano et s’était initié à Prokofiev à la célèbre Juilliard School de New York). 

Comme le titre de l’album le suggère, le Cool Jazz était né.

Le concert du Festival de Jazz de Paris – Salle Pleyel – 8 au 15 mai 1949

Mais revenons en mai 1949 au moment ou Miles Davis effectue son premier voyage à l’étranger pour une tournée en France, avec notamment un concert à Paris, rue du Faubourg Saint Honoré dans le cadre de la fameuse salle Pleyel qui à l’époque accueillait le gratin mondial du jazz américain. Ce 8 mai 1949 le festival international de jazz de Paris propose une affiche en or massif avec Charlie Parker, Sidney Bechet Claude Luter… et Miles accompagné et codirigeant le quintet du pianiste et arrangeur Tadd Daméron : " Début 1949, Tadd et moi sommes partis avec un groupe à Paris, où nous devions jouer à la même affiche que Bird. C’était mon premier voyage à l’étranger et il changea à jamais ma vision des choses. J’adorais être à Paris, j’adorais la façon dont on m’y traitait. C’est là que j’ai rencontré Jean Paul Sartre, Pablo Picasso et Juliette Gréco. Je n’ai plus jamais éprouvé ces sentiments de toute ma vie. Juliette Gréco et moi sommes tombés amoureux. Je tenais beaucoup à Irene, mais je ne m’étais jamais senti comme ça de toute ma vie. "

Le quintet de Tadd Dameron était composé de :

Miles Davis, trumpet
James moody, saxophone
Tadd Dameron, piano
Barney Spielery, bass
Kenny Clarke, drums

En cliquant ici, vous pourrez écouter en intégralité "Good bait" un des douze morceaux de l’album
Attention ! Ca gratte encore malgré le remastering… mais c’est tellement du pur bebop.

Ce concert a été enregistré à l’époque par la Radio Française. De ces enregistrements pour le moins sommaires, il a été pourtant gravé un album ayant fait l’objet de plusieurs rééditions. La qualité sonore ressemble un peu a celle d’une vieille ligne téléphonique, mais les présentations et les commentaires des "speakers" de l’époque, se superposant à la musique rapportent une ambiance tout a fait extraordinaire.

Le style de ce concert est encore bebop, Tadd Dameron oblige, et Miles nous gratifie d’un certain nombre de chorus fortement agrémentés en double et triple croches, comme s’il voulait montrer à Parker qu’il avait encore une dernière fois quelque chose à prouver. Néanmoins ces chorus représentent à mon avis le meilleur bebop qu’il n’ait jamais enregistré.

La rencontre avec Juliette Greco 

Au festival international de jazz de Paris, Miles croise et captive l’élite intellectuelle et artistique de l’époque : Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Pablo Picasso et une autre petite "existentialiste" Juliette Gréco

 

 

Photo Jean Philippe Charbonnier – Juliette Greco et

Miles Davis, Paris 1949

 

 

 

Juliette Gréco :
"Dans les coulisses de la Salle Pleyel, la femme de Boris Vian, Michèle, a fait les présentations. Miles venait de donner un concert tout àfait magnifique. Nous nous sommes regardés, lui et moi. On peut dire que ce fut le coup de foudre. Comme toujours, c’est passé par le regard. (…) J’étais éblouie parce que l’artiste sur scène avait été éblouissant et que l’homme en coulisses l’était tout autant."
Et Miles de lui rendre :
"Elle m’a appris ce que c’était d’aimer quelqu’un d’autre que la musique. Juliette a probablement été la première femme que j’aie aimée comme un être humain, sur un pied d’égalité".
Il y a dans cette déclaration de Miles tout le poids de la haine des noirs qui existait aux Etats Unis. Il trouvait ici en France, à cette époque, une atmosphère complètement différente.

Juliette gréco l’exprime plus violemment encore dans son style si caractéristique :

"Lui avait conscience de cette haine raciale. Moi pas. je l’ai découverte avec lui, à New York. Cela a été terrible quand il est revenu une nouvelle fois au Waldorf Astoria. Il avait pris soin de venir avec un copain du Miles Davis Quartet et ses enfants. Pour éviter que je passe pour une pute ! (…) Il m’a rappelée dans la nuit et m’a dit : "Je ne veux plus jamais vous voir, ni vous rencontrer à New York, parce que je ne veux pas que vous passiez pour une putain." Cela a été très dur pour moi. C’était une attitude humiliante pour nous tous. C’était effrayant de brutalité, de mépris, de haine. Je ne comprenais pas ce qu’il me disait. A cette époque-là, la France n’était pas du tout raciste. Plus tard, elle l’est devenue, un peu."

Juliette GRECO Miles Davis, le racisme – ETOILE PALACE – 24/11/1990

Parmi d’autres invités (Françoise Sagan, Robert Charlebois, Philippe Sollers…), Juliette GRECO parle de Miles Davis et du racisme aux Etats Unis, anecdote sur la façon dont on les a mal servi dans un hôtel.

Miles reviendra à Paris sept ans plus tard, en 1956, pour une tournée européenne où il sera accompagné par le trio de René Urtreger, un tout jeune pianiste parisien de 22 ans. Miles tombe encore amoureux, cette fois de Jeanne de Mirbeck, la soeur d’Urtreger, qui, un an plus tard, traînera son amant à une projection d’un film encore en chantier. Il en improvisera la musique d’une traite dans la nuit du 4 au 5 décembre : la légende d’« Ascenseur pour l’échafaud », de Louis Malle, vient de naître.

Ce sera l’objet de mon prochain billet : Miles et Paris – Ascenseur pour l’échafaud 1957 – Jeanne Moreau et Louis Malle (4)

Pour découvrir d’autres aspects de cette belle histoire :

ou Miles Davis et le Jazz modal (2)

 

Le concert

 MacCoy Tyner était à Rouen jeudi 26 au hangar 23 avec un quartet de choc : Gary Bartz au sax alto partenaire de Miles lors des Cellar doors sessions à Washington, Eric Kamau Gravatt le batteur de Weather Report et Gerald Cannon à la contrebasse. Au programme :

- "Fly with the wind"
- "Ballad for Aisha"
- "Moment’s notice" (de John Coltrane)
- "Angelina"
- "In a mellow tone" (de Duke Ellington)
- "Walk spirit, talk spirit"
- "Suddenly"
- "Blues on the corner"… toutes les compositions sont de MacCoy Tyner, sauf indications

McCoy Tyner quartet jeudi 26 novebre 2009 au Hangar 23 à Rouen

 

McCoy Tyner est né à Philadelphie en 1938, il a donc 71 ans, une belle et grande élégance avec une démarche un peu difficile en arrivant sur scène, liée à son âge, qui m’a rappelé celle de Oscar Peterson que j’avais vu pour son dernier concert au Palais des Congrès à Paris juste avant qu’il ne disparaisse.

Dès l’âge de 15 ans il dirige sa propre formation. Il cotoie ses voisins les frères Powell, Richie et surtout Bud, autre pianiste d’anthologie. Ses premiers engagements sérieux viennent avec le trombonniste Curtis Fuller, le Jazztet de Benny Golson

 

 

 

MacCoy Tiner dans "In a Mellow tone", hommage au Duke

MacCoy Tyner est un compositeur et un pianiste prolifique puisqu’il a enregistré sous son nom environ 65 albums. Son premier album Inception date de 1962, en trio avec Elvin Jones à la batterie.

On peut dire de lui que c’est l’inventeur de la couleur modale au piano, mais sa musique se teinte également de hard bop de free jazz et de jazz fusion.

Ses phrases sont mélodiques et percussives, doté d’une main gauche extraordinaire, son jeu est puissant.  Il est capable de phrases fleuves qui font de lui un véritable héritier de Art Tatum. Mais il sait aussi être au service du soliste en 

lui apportant apaisement et sérénité.

 

Gary Bartz est un familier de MacCoy Tyner puisqu’il a été gratifié d’un Grammy Award pour sa prestation sur l’album Illumination du pianiste en 2004. Avec son groupe the "Ntu troop" il a mélangé soul, funk, hard bop et avant garde jazz.

Eric Kamau Gravatt au début de l’aventure Weather Report avec Joe Zawinull, Wayne Shorter…

Quant à Gerald Cannon, c’est un superbe contrebassiste moins connu, nous ayant gratifié de quelques chorus epoustouflants et très talentueux.

 

 

Gary Bartz et la session rythmique, Eric Kamau Gravatz et Gerald Cannon

 
         
    

Ci dessous deux vidéos du quartet de MacCoy Tyner tel qu’il s’est présenté à Rouen
"Fly with the wind" et "Walk spirit Talk spirit"
 

Le Jazz modal

Le penseur et le théoricien de ce courant musical est le compositeur, pianiste et chef d’orchestre George Russell né en 1923 et qui vient de s’éteindre le 26 juillet de cette année 2009. Il est l’auteur du concept lydien d’organisation tonale, est l’un des premiers défricheurs du jazz modal, avec son ouvrage The Lydian Chromatic Concept Of Tonal Organization For Improvisation, publié justement en 1959.

Il propose de jouer un jazz basé sur des modes (gammes ou séries de gammes) plutôt que sur des accords, des harmonies et le contrepoint.

L’approche harmonique est basée sur les enchaînements d’accords lesquels donnent lieu à des lignes mélodiques. L’approche contrapuntique, elle, considère en premier lieu la qualité des lignes mélodiques en les superposant. Les lignes mélodiques se doivent d’être les plus conjointes possibles et ont le même importance. Les exemples les plus caractéristiques sont le canon ou la fugue. Le grand spécialiste du contrepoint c’est J.S. Bach. Néanmoins une ligne mélodique avec un accompagnement c’est du contrepoint. 

Contrepoint et harmonie sont donc intimement liés.

 

 

"My favorite things" – Quartette de John Coltrane avec Jimmy Garrisson à la bass et MacCoy Tyner au piano époustouflant… au début et à la frontière du free jazz…
 

MacCoy Tyner est un sans aucun doute un monstre sacré  pour avoir participé à l’éblouissante aventure du quartette de John Coltrane. L’album phare de cette époque est My favorite things que Coltrane enregistra en 1961, qui prolonge les innovations de Kind of Blue l’album de Miles DavisLe morceau titre propose de longues plages modales, alternant en majeur et en mineur où Coltrane joue du saxophone soprano accompagné par McCoy Tyner au piano qui a alors 23 ans, le batteur Elvin Jones (frère de Hank Jones le pianiste et de Thad Jones le trompettiste) et le contrebassiste Jimmy Garrison

Monstre sacré car il a apporté au piano jazz moderne une contribution essentielle, sur le plan harmonique mais aussi un toucher et une puissance exceptionnelle.

 

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