Billie Holiday

 « I’m a fool to want you », ce sera le premier thème de son quasi dernier disque « Lady in satin » gravé en février 1958, un an avant sa mort à 44 ans en juillet 1959.
Bien que moins populaire que ses contemporaines Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald, Lady Day comme on la surnomme, a toujours séduit un public d’amateurs, et est considérée comme l’une des plus grandes divas que le jazz ait connues.
Tout au long de sa vie, ses rencontres et ses liaisons exceptionnelles sur le plan musical, mais aussi fatales à travers le milieu de la drogue vont entamer petit à petit son immense talent. En toute lucidité elle avoue :
« Je suis rapidement devenue une des esclaves les mieux payées de la région, je gagnais mille dollars par semaine, mais je n’avais pas plus de liberté que si j’avais cueilli le coton en Virginie. »
– Billie Holiday & William Dufty, Lady Sings the Blues, 1956
 
Lady in satin est un album poignant, comme un sursaut de l’artiste dejà très malade (cyrrhose, insuffisance rénale….), de vouloir une dernière fois donner ce qu’il y a de meilleur… La voix est désenchantée parfois vascillante mais tellement belle, on y retrouve comme magnifié ce timbre si particulier et intimiste, enroué que l’on sent devenu rauque sous l’effet du gin de la cigarette et du cognac, et toujours cet imperceptible swing inexorablement présent.
Ce disque a été fort controversé. L’arrangeur et chef d’orchestre Ray Ellis ne voulait pas le sortir, mais rapidement il comprend la portée artistique d’un tel témoignage :
« Je dirais que le moment le plus intense en émotion fut de la voir écouter le playback de I’m a Fool to Want You. Elle avait les larmes aux yeux. Quand l’album fut terminé, j’ai écouté toutes les prises dans la salle de contrôle. Je dois admettre que j’étais mécontent de son travail, mais c’est parce que j’écoutais la musique, pas l’émotion. Ce n’est qu’en entendant le mixage final, quelques semaines plus tard, que j’ai compris que sa performance était vraiment formidable. »
 
En novembre 1958, elle sera en tournée à Paris ou elle assure à grand-peine un concert à l’Olympia, exténuée. Elle accepte de jouer au Mars Club avec Mal Waldron son accompagnateur de l’époque et Michel Gaudry à la contrebasse. On se bouscule dans le Mars Club, on y retrouve les célébrités de l’époque, entre autres : Juliette Greco, Serge Gainsbourg ou encore Françoise Sagan qui écrira :
« C’était Billie Holiday et ce n’était pas elle, elle avait maigri, elle avait vieilli, sur ses bras se rapprochaient les traces de piqûres. […] Elle chantait les yeux baissés, elle sautait un couplet. Elle se tenait au piano comme à un bastingage par une mer démontée. Les gens qui étaient là […] l’applaudirent fréquemment, ce qui lui fit jeter vers eux un regard à la fois ironique et apitoyé, un regard féroce en fait à son propre égard. »
– Françoise Sagan : Avec mon meilleur souvenir, Gallimard, 1984
 
Bien vu Françoise Sagan, on imagine tellement la véracité de votre témoignage ! 
 
C’est un peu du contexte musical Français de cette époque dont j’ai envie de parler une prochaine fois, pendant les deux tournées qu’elle a effectuées à Paris en 1954 et 1958, ainsi que du Mars Club, a propos desquels j’ai quelques petites anecdoctes à vous conter.
A suivre…