C’est encore l’actualité qui va me permettre d’ouvrir la chronique "Ogm" de mon Blog (voir billet du 2 février ci dessous).
 
De quoi s’agi-il ?
L’ Agence française de sécurité des aliments (AFSSA) vient de publier un rapport, concluant à l’innocuité pour la santé publique du maïs Ogm MON 810, dont la culture est aujourd’hui interdite en France et pour lequel la France avait fait une demande de clause de sauvegarde à Bruxelles. J’oserai ajouter : un avis  contraire à ce qu’une grande majorité de nos concitoyens croient (la dangerosité des maïs génétiquement modifiés) ou que "l’opinion" est parvenue à leur faire croire.
C’est un avis de l’AFSSA, public, indépendant, transparent, sans aucune ambigïté, résultat de l’expertise de scientifiques reconnus nationalement et internationalement comme les plus compétents sur le sujet.
C’EST QUAND MEME UNE GRANDE NOUVELLE NON  ?
 
Après toutes les allégations sur le sujet, contre vérités et pseudo études scientifiques bidons, les peurs véhiculées par tous les apôtres de la régression… J’avoue que c’est une véritable bonne surprise, non pas sur le contenu du texte… mais sur sa date de parution qui semblait être volontairement retardée….
Il faut savoir que tout a été fait jusqu’ici, sous la pression des lobbies altermondialistes, vérts et écologiques de tout poil, pour que cet avis ne sorte pas avant lundi prochain 16 février, date à laquelle J.L. Borloo ira "défendre" à Bruxelles l’activation de cette fameuse clause de sauvegarde !
Alors bien entendu, ces mêmes groupes de pression invoquent aujourd’hui les fuites et autres manipulations d’on ne sait qui !
De la même façon, il ne faut pas être grand devin pour penser que dès aujourd’hui nous verrons fleurir dans tous les médias des déclarations d’organisations écologiques, déclarations du même type que celles qui couraient auparavant sur la santé humaine, mais maintenant focalisées sur le "danger" présenté par le pollen ogm et la "contamination" de l’environnement. D’ailleurs le cabinet même de Jean-Louis Borloo indique aujourd’hui, que la clause de sauvegarde  est fondée sur «des risques jugés sérieux pour l’environnement et non pas sur des risques sanitaires» !!!
 
Soit ! Mais alors comment se fait-il que la Direction de la santé ait saisi l’AFSSA le 5 septembre 2008 pour réaliser une "expertise collégiale" sur le fameux rapport du Pr Le Maho censé apporter des arguments supplémentaires justifiant la demande de la clause de sauvegarde française ? C’est bien sur un risque alimentaire et de santé publique que la Direction de la Santé (et non de l’agriculture ou de l’environnement) a demandé à l’AFSSA de se prononcer ?
Et aujourd’hui le propre cabinet de Monsieur Borloo (Ministère de l’environnement) indique que la clause de sauvegarde  est fondée sur «des risques jugés sérieux pour l’environnement et non pas sur des risques sanitaires» ! Jolie cacophonie… tous les arguments sont bons pour tenter de sauver la face !
De plus cette expertise devait être réalisée "dans un délai d’un mois", c’est à dire pour le 5 octobre 2008 ! L’avis était donc prêt depuis longtemps !
Bien plus encore, il faut savoir que les conclusions de l’avis publié ce jour "ne diffèrent en rien du précédent" et ont conduit Pascale Briand, directrice générale de l’AFSSA à le mettre en ligne aujourd’hui.
Où sont les fuites ?
Je rappelle également ici les conclusions de l’avis précédent de l’AFSSA en date du 30 avril 2008 sur le même maïs : "au regard des données présentées dans le dossier dont certaines ont été réactualisées et des nombreuses données publiées dans la littérature scientifique à comité de lecture, les maïs portant l’évènement de transformation MON810 et leur produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maÏs conventionnelles et que leurs produits dérivés"
Enfin pour terminer, il faut savoir que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), à travers son comité scientifique spécialisé : le "panel OGM", avait déjà apporté sa réponse le 31 octobre 2008 : "Les données fournies par la France n’ont pas apporté de preuve scientifique qui contredirait ce que l’Efsa a déjà dit à propos de ce maïs, a savoir qu’il est sain pour la santé humaine, animale et sans danger pour l’environnement".
En d’autres termes la demande de clause de sauvegarde est vide et non fondée !
 
Bravo Monsieur Borloo, je vous souhaite bien du plaisir !
La partie ne se joue plus maintenant au Grenelle de l’environnement où ces gesticulations n’avaient pour but que de "satisfaire" les courants écologistes majoritairement présents (je rappelle qu’aucun collège du Grenelle ne représentait officiellement les chercheurs). 
Elle se joue maintenant à trois niveaux :
– celui de notre crédibilité auprès des autorités européennes
– celui du simple respect des experts scientifiques publics que l’état a sous sa tutelle, en évitant de déformer des conclusions scientifiques à des fins politiques partisanes
– celui du simple citoyen envers qui on sème le doute sur la valeur des scientifiques reconnus, citoyen que l’on continue à tromper sur la réalité d’une situation qui ne présente aucun danger (souvenez vous Tchernobyl… mais là à l’inverse on a essayé de cacher une situation à risque).
 
Plus grave enfin, ce comportement nous entraîne dans la spirale de la régression.
La France, depuis les Vilmorin et autres sélectionneurs de talent, était un des leaders mondiaux dans le domaine de la génétique. Les difficultés actuelles rencontrées par les chercheurs et les professionnels de la sélection pour mettre en oeuvre cette nouvelle science des biotechnologies fait, qu’on le veuille ou non, que les végétaux et les variétés qui en découlent sont actuellement mises au point ailleurs, aux Etats Unis, en Chine… où des moyens très importants de recherche sont mobilisés. Et comme ces plantes correspondent aux futurs besoins des consommateurs français de demain (critères de qualité de conservation, de transport, de transformation, gustative, sanitaire… mais aussi critères permettant des conditions de culture prenant en compte la préservation de l’environnement….), elles seront tout simplement importées, parce qu’elles seront meilleures et plus adaptées. Eh oui, nous consommateurs avons des exigences et des besoins qui peuvent paraître satisfaits aujourd’hui, mais qui ne le seront plus demain… Entre temps nous aurons encore perdu au passage l’occasion de valoriser chez nous une matière grise à haute valeur ajoutée et nous aurons fait perdre encore quelques points à notre balance commerciale.
Heureusement, il reste encore en France quelques jolis fleurons de cette activité comme Limagrain (4ème semencier mondial et 1er européen). Gageons qu’il est encore temps de récupérer une situation, et que l’officialisation d’une annonce comme celle d’aujourd’hui sera de nature à redonner du courage et de la conviction à tous ceux qui sont sur le métier. De mon côté je continuerai à suivre et à essayer de décrypter les enjeux liés à cette question. A court terme j’attend avec impatience de voir comment Borloo présentera la position "intenable" de la France à Bruxelles…
 
Dernière minute….
Il est intéressant d’observer comment est traitée cette actualité chaude par le pouvoir politique :
L’avis de l’AFSSA provoque paraît il une vive polémique (entendons polémique organisée par les différentes associations écologistes…). On se demande pourquoi ? dans la mesure où l’AFSSA ne fait que répéter ce qu’elle avait déja écrit dans son avis du mois d’avril 2008, avis complètement validé, si besoin en était, par les déclarations de l’agence européenne EFSA en octobre 2008.
François Fillon a assuré que la culture du maïs OGM de Monsanto restait suspendue en France…. Finement joué, ça ne change pas grand chose à la situation et ça "rassure" les anti ogm.
… en attendant une décision de la Commission européenne, qu’elle respectera. Encore plus finement joué serais je tenté de dire, dans la mesure où la commission ne peut pas prendre d’autre décision que de demander le retrait de la clause de sauvegarde aux pays concernés et maintenir l’autorisation du maïs MON810 au niveau européen !
 
POUR ALLER PLUS LOIN – Quelques définitions :
 
AFSSA (Agence française de sécurité des aliments) : c’est un établissement public indépendant (créé en 1999 après les différentes crises sanitaires), placé sous la tutelle des ministères de la Santé, de l’Agriculture et de la Consommation, chargé entre beaucoup d’autres choses d’évaluer par une expertise scientifique collective les risques et bénéfices sanitaires et nutritionnels. De même il évalue les bénéfices et les risques des produits phytosanitaires (produits de protection des cultures ou encore improprement appelés "pesticides") et soumet une proposition de décision au ministre de l’agriculture.
Son fonctionnement repose sur l’expertise collective multidisciplinaire et indépendante, a savoir que :
– tous les spécialistes nécessaires à l’étude d’une question sont regroupés
– tout est mis en oeuvre de manière à varier les compétences, les disciplines et le cas échéant les écoles de pensée
– ce fonctionnement est formalisé à travers un engagement des experts, la transparence et la publication de tous les avis et études.
C’est donc bien dans la mission de l’AFSSA de procéder à l’évaluation des risques potentiels de chaque Ogm pour l’alimentation humaine et animale.
L’ AFSSA ne se prononce donc pas sur les risques environnementaux qui ne sont pas de sa mission. J’aurais l’occasion de revenir sur ce type de risque lié à la dissémination du pollen de maïs.
l’AFSSA représente la France auprès de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
 
La Clause de sauvegarde : c’est une procédure (article 23 de la directive 2001/18/EC) qui permet à un état membre d’interdire sur son territoire la culture d’une plante transgénique alors qu’elle est autorisée en Europe, comme c’est le cas pour le maïs MON810 seul maïs transgénique aujourd’hui autorisé dans l’Union. Aujourd’hui trois autres états de l’Union ont interdit la culture du MON810 sur leur territoire. Il s’agit de l’Autriche, la Hongrie et la Grèce.
 
Le MON810 : C’est un maïs transgénique résistant aux attaques d’une chenille de papillon (la pyrale du maïs – Ostrinia nubilalis) qui perfore les tiges de maïs, entraînant des chutes de rendement variables selon le niveau de l’attaque. Ces blessures facilitent également le développement de champignons de type Fusarium, secrétant ce que l’on appelle des mycotoxines, considérées comme potentiellement dangereuses puisqu’elles font l’objet d’une teneur maximale réglementaire au delà de laquelle les grains de maïs ne sont plus commercialisables.
C’est ce que certains (et même notre Président !) appellent des plantes pesticides… cela sonne bien et fait peur… ce que d’autres recherchent.
En fait ce maïs produit dans la plante une toxine complètement spécifique de la larve de la pyrale, sous l’action du gène transféré (transgène). Ce gène est parfaitement connu puisqu’il provient d’une bactérie du sol (Bacillus Thuringiensis), d’où la dénomination de gène Bt. Cette bactérie est d’ailleurs utilisée depuis longtemps directement au champ en France pour lutter contre la pyrale avec une efficacité très variable (c’est une lutte biologique à parte entière sur laquelle on pourait d’ailleurs discuter !).
Il est bien clair que cette nouvelle variété de maïs résistante à la pyrale permet d’éviter l’application répétée d’insecticides sur la culture, ce qui à priori va dans le bon sens et surtout dans celui du plan Ecophyto 2018 de réduction de 50% de l’utilisation des pesticides. Mais cela ne semble intéresser personne !
 
Publicités