C’est une plante dont on a tous entendu parler… au moins dans notre jeunesse… bien qu’aujourd’hui je ne sais pas si les fables de La Fontaine sont toujours aussi présentes dans les manuels du primaire.
C’est une plante qui revient à la mode, on en voit en pot dans toutes les jardineries et bien sur elles recolonisent nos jardins pour, très tôt dès janvier en général, nous faire admirer leur jolie floraison discrète certes mais précoce.
La plus grande collection européenne d’hellébores se situe en Normandie, aux Jardins de Bellevue à Beaumont le Hareng entre pays de Caux et pays de Bray sur l’ancienne route qu’empruntaient les attelages de chevaux transportant le hareng de Dieppe à Paris.
 
Floraison des Roses de Noël (Helléborus niger) à la maison depuis le 20 février 2009 

  Si les mois de septembre, octobre et novembre sont froids, cette hellébore fleurit effectivement au mois de décembre. Cela n’a pas été le cas à l’automne 2008. De plus janvier et février 2009 ont été froids cette année ce qui a retardé la floraison de toutes les hellébores.

  Les abeilles sauvages profitent de ce bel après midi ensoleillé du dernier jour de février 2009  pour venir butiner le nectar des hellébores noires. Les hellébores sont des plantes nectarifères dont les pétales se sont transformés en nectaires.

  Sur cette jolie Rose de Noël, on voit très bien les 5 grands sépales blancs bordés de rose. Au centre de la fleur, un bouquet d’une vingtaine d’étamines au pistil jaune entouré d’une quinzaine de tubes verdatres nectarifaires appelés nectaires, issus de la transformation des pétales. La partie inférieure des tubes contient le nectar que viennent prélever les insectes butineurs (voir photo précédente).

 
 Un peu de botanique :
Les hellébores (ou ellébores) appartiennent à la famille des renonculacées comme l’aconit (voir mon billet du 8 février). Du grec bore "nourriture" et helein "qui tue".
Ce sont des plantes vivaces.
Bonnier indique que l’on en a décrit une quinzaine d’espèces.
Il en décrit lui même trois dans sa grande flore de France auxquelles j’ajouterai l’hellébore de Corse.

 

 

L’héllébore fétide, Helleborus fœtidus Linné.

L’Hellébore fétide est une plante herbacée de 30 à 70 cm de hauteur, glabre, à la tige robuste et feuillée. Elle dégage une odeur désagréable due  aux petites glandes verdatres qui couvrent le haut de la plante.

Elle est assez commune en France sauf en Bretagne et ne s’élève pas à plus de 1500m.

 L’Hellébore vert, Helléborus viridis Linné. 

C’est le plus petit des héllébores 30 à 50cm de haut. Cévennes et Alpes entre 1000 et 1500m.

 

C’est une espèce surtout cultivée et rarement subspontanée en France (Alsace, Touraine, Landes et Pyrénées. Il a disparu des Alpes de haute provence).

 L’Hellébore noir ou Rose de Noël, Helléborus niger Linné.

 

Croquis – Thomé Flora von Deutchland, Ost.

 

Elle vit à l’état sauvage en Corse et en Sardaigne où elle atteint fréquemment 75 à 80 centimètres de hauteur. Elle présente beaucoup de ressemblances avec notre Ellébore fétide dans son aspect général.
 On la trouve jusqu’à 2500m d’altitude.

 

L’hellébore de Corse, Helleborus lividus Aiton ssp. corsicus (Briquet) P. Fournier ou Helleborus argutifolius Viv.

 

 
L’hellébore dans l’histoire de la médecine
Cette plante est  un poison violent.
Selon Bonnier, les plantes entières, surtout fraîches et récoltées avant floraison agissent comme poison sur le coeur, l’appareil respiratoire et le tube digestif. Les plantes desséchées sont encore très toxiques.
La plus grande confusion a longtemps régné en matière médicale entre les divers Helleborus et le Veratrun Album (Colchicacées), hellébore blanc ou faux hellébore, dont les propriétés sont très différentes. Cette confusion remonte à l’époque d’Hippocrate (médecin Grec, 450 avant JC, pére de la médecine).
Il en résulte, dans les descriptions des auteurs, les conclusions les plus contradictoires. L’hellébore n’était pas un éméto-cathartique ni un diurétique aussi puissant qu’on l’avait dit : c’est au Veratrum que s’appliquent ces qualifications : l’hellébore noir (H. niger) n’est qu’un excitant de la circulation et de la respiration, mais surtout un dangereux toxique qui peut tuer d’une façon foudroyante au bout de quelques minutes, sans symptômes généraux bien accusés.

L’emploi des glucosides découverts dans le rhizome d’hellébore, par Marmé et par Huseman, l’helléborine et l’helléboréine, a permis un examen plus précis des symptômes, surtout avec l’emploi des injections hypodermiques. L’helléboréine, en particulier, est un drastique puissant, à action locale irritante et dangereuse; mais, injectée sous la peau à faible dose, elle ralentit les mouvements du coeur, pour les élever à forte dose, en même temps que la tension artérielle augmente elle se comporte, en somme, comme la digitaline : à dose toxique il y a de la congestion viscérale (poumons, reins, utérus), de la parésie, du tremblement, puis des convulsions. L’helléboréine de l’H. viridis est, paraît-il, beaucoup plus active que celle qu’on retire de l’H. niger. L’helléborine possède une action drastique et irritante aussi énergique, mais elle porte son action moins sur le coeur que sur les centres nerveux, qu’elle congestionne en provoquant de la stupeur, de la parésie et même la narcose.

Quant à l’action jadis célèbre de l’hellébore sur la folie, cela faisait partie d’un bizarre ensemble de médications quand on traitait les malades mentaux. D’ailleurs, ce n’était pas seulement la folie, mais toutes les maladies incurables que les médecins de l’Antiquité soumettaient à l’hellébore, y compris la fièvre quarte, la gravelle, l’épilepsie, voire les luxations invétérées et les fractures menacées de gangrène : le malade était soumis à une série d’indigestions systématiques, à des vomitifs, à des lavements, des saignées, des exercices gymnastiques violents; l’hellébore couronnait l’ensemble et très souvent tuait le malade, à telle enseigne qu’il était d’usage de faire préalablement son testament : c’était une sorte de jugement de Dieu appliqué à la thérapeutique, et de fait les heureux qui sortaient vivants de cette épreuve ne devaient leur salut qu’à l’emploi du faux hellébore, moins toxique que le vrai et confondu toujours avec lui. Rien ne peut faire comprendre sur quoi les anciens s’étaient basés pour supposer que la folie était en quelque façon justiciable de l’hellébore. Il est vrai qu’il fallait aller le cueillir à Anticyre, ville de phocide occupant le massif du Parnasse, aux si beaux paysages… 

La Fontaine ne fait que reprendre ces "connaissances" lorsque dans sa fable il fait dire au lièvre prétendant à la folie de la tortue : "Ma commère, il faut vous purger avec quatre grains d’ellébore".