Je n’avais pas prévu de faire un billet sur ce sujet, mais après avoir fait les éloges du Haut Marbuzet 2005, j’ai subitement été pris d’un doute.
Honnêtement je n’ai quand même pas pu m’empêcher de faire un fort rapprochement dans le comportement de nos politiques entre la façon dont est mise en oeuvre cette loi et le traitement de l’avis de l’AFSSA concernant l’Ogm MON810 (voir mon billet du 12 février).
Le Ministère de la santé veut laver encore plus blanc, même si c’est de vin rouge dont il s’agit.
 
Rappel simplifié des faits
Courant février 2009 : présentation par Roselyne Bachelot, Ministre de la santé, d’une première version du projet de loi "Hopital, Patients, Santé et Territoires". On y trouve en particulier un certain nombre de mesures visant à interdire la consommation d’alcool pour les mineurs. Rien de bien normal que de vouloir mettre un terme à des situations de consommation d’alcool excessives et dangereuses comme dans le cadre des "open bars" où les étudiants peuvent boire à volonté avec tous les dégats que cela peut causer. Cependant "cette mesure qui est censée permettre de lutter contre les consommations excessives…. viserait en réalité toutes les occasions de consommation à titre gratuit ou au forfait. Elle remettrait ainsi en cause les dégustations dans les caveaux, les salons et foires viticoles, les menus vin compris…" dixit la profession viticole.
Soit, encore un lobby qui défentd son pré carré… (la France est néanmoins le 2ème producteur de vin au monde derrière l’Italie qui vient de lui ravir la 1ère place)… il convient donc quand même d’être attentif à ce que disent les uns et les autres.
Là ou l’affaire devient intéressante, c’est la justification de la Ministre pour appuyer sa loi : "Un seul et unique verre augmente considérablement le risque de cancer" ! Et la Ministre de s’appuyer sur une brochure réalisée par le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe)… qui dépend du Ministère de la Santé de Mme Bachelot. Ce document destiné à être largement diffusé à travers toutes les professions de santé (ce document a été publié le 19 février 2009… coïncidence ?), reprend les conclusions d’un rapport de décembre 2007 réalisé par l’Institut National du Cancer (INCa), un organisme créé en 2004 par Jacques Chirac dans le cadre de son Plan cancer.
Les résultats de l’INCa avaient déjà été fortement contestés à l’époque, en particulier par le Dr Michel de Lorgeril chercheur au CNRS et spécialiste de l’étude des interactions consommation d’alcool et santé : "Contrairement aux idées répandues, la consommation raisonnable d’alcool, notamment de vin, peut même avoir un effet préventif sur certains cancers". Plus récemment le Dr Jean Louis Thillier (consultant scientifique indépendant, expert en sécurité sanitaire, ancien directeur du laboratoire de recherche de physiopathologie digestive du service de médecine interne et d’hépato-gastro-entérologie du CHU de Tours) indique que "plusieurs études ont conforté l’hypothèse des effets bénéfiques pour la santé d’une consommation régulière mais modérée de vin rouge , notamment en ce qui concerne les cancers du sein, de la bouche du poumon, de la prostate…". De même le Pr Lucien Israël, professeur émérite de cancérologie trouve "impossible… et même absurde" l’étude qui affirme que le vin mène au cancer.
 
Tout ceci faisant que jusqu’à aujourd’hui une sorte de modus vivendi existait entre pratiquement toutes les parties pour dire que boire de manière régulière entre 0 à 1 verre de vin pour les femmes et 0 à 2 verres de vin (surtout rouge) pour les hommes, tout en consommant légumes et fruits quotidiennement n’élève pas le risque de cancer et apporte un bénéfice net en terme d’espérance de vie.
 
Très récemment une importante étude française -que je n’ai pas lue personnellement in extenso- rendue publique le 11 mars 2009 (autre coïncidence…?) par son auteur principal le Dr Dominique Lanzmann-Petithory (Assistance publique des Hopitaux de Paris et Université de Bordeaux) montre que les hommes qui consomment du vin ont un risque plus faible de mourir plus tôt, qu’il s’agisse de mortalité prématurée par cancers ou maladies cardio vasculaires… en revanche, la consommation d’alcools autres que le vin augmente les risques de mortalité par cancers". (voir les caractéristiques et les principaux résultats de l’étude cidessous
 
La moindre des choses, lorsque les résultats ne sont pas univoques ni même complètement établis, aurait été de ne pas élargir inutilement le champ de la réglementation. A moins que ce ne soit une volonté délibérée de mettre en application ce détestable principe de précaution, au nom d’une volonté d’hygiénisme bien pensante, plutot que d’une politique sanitaire plus préventive. Bref, j’aurais bien volontiers suggéré à la Ministre avant de diffuser son document de faire le tour des parties en opposition et de régler les différends existant autour d’un bon verre de vin rouge…
 
11 mars 2009 : en réponse au député Thierry Mariani, Roselyne Bachelot annonce que le projet de loi sera amendé notamment en ce qui concerne les effets collatéraux néfastes de la loi ! 
Soit, mais comme le précise Gil Rivière Weikstein dans A&E "On peut en effet difficilement comprendre comment concilier l’idée d’asseoir la politique agricole du gouvernement sur les terroirs de France et, d’autre part, stigmatiser le vin qui représente avec le fromage l’un de ses symboles forts". Et de poursuivre : "que cette remarquable volte face de la Ministre signifie également une réfutation implicite de la brochure Nutrition et prévention des cancers… qu’elle ne peut donc laisser en l’état le texte à destination des professionnels de la santé…, qu’on voit mal la Ministre affirmer que la viticulture fait partie de notre patrimoine culturel et en même temps que la concommation modérée de vin constitue un danger de santé publique".
 

 Légiférer pour éviter cela

OUI

 Légiférer pour interdire cela

NON

 
Un comportement des politiques similaire à celui des OGM
1. La PEUR : celle de nos concitoyens reprise par nos politiques, qui contribue à alimenter une spirale infernale et irrationnelle.
Je ne peux m’empêcher ici de reprendre ce que dit Luc Ferry de ce réel problème de société avant d’en faire une analyse fort intéressante. "La peur [ ] est devenue l’une des passions dominantes des sociétés démocratiques. A vrai dire nous avons peur de tout : de la vitesse, de l’alcool, du sexe, du tabac, de la côte de boeuf, des délocalisations, des OGM, de l’effet de serre, du poulet, des micro ondes, du dumping social, de la précarité, de la Turquie, [ ] pour l’an prochain je parierai volontiers sur les nanotechnologies. J’avoue, en ce qui me concerne, que j’ai commencé à avoir peur lorsque j’ai vu en 2003, des organisations de jeunes manifester pour… la défense de leurs retraites !"
2. LE SOUCI DU POLITIQUE DE MONTRER QU’IL S’OCCUPE DU CITOYEN (et tenter de faire oublier le sang contaminé, la vache folle…) : malheureusement tout ceci prend plutot l’allure d’une sorte de terrotisme sanitaire que l’on peut comparer au terrorisme écologique. A la seule différence qui est que celui ci est  manipulé directement, a ma connaissance, par les pouvoirs publics, alors que le dogmatisme écologique est imposé par des goupes et des lobbyes d’obédience altermondialistes.
3. L’UTILISATION PARTIALE D’AVIS ET DE RESULTATS DE RECHERCHE : dans le cas présent, c’est la mise en avant d’études pourtant contestées et mélangeant toutes les formes d’alcool (INCa), tout en éludant d’autres études au moins aussi sérieuses, étayées et récentes (Etude Lanzmann-Petithory). Notons que ces études partielles et ayant déjà fait l’objet de critiques ont été publiées sous la resposabilité d’un organisme (le NACRe) dépendant directement du Ministre de la santé. On comprend alors mieux pourquoi dans le cas des OGM, les pouvoirs publics qui avaient à leur disposition l’AFSSA, un organisme pluridisciplinaire et indépendant, ont éprouvé le besoin de créer une instance supplémentaire le CPHA (Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM… s’il vous plait !), sortie d’on ne sait où, mais obéissant directement au pouvoir politique…
4. L’AFFAIBLISSEMENT DE NOTRE IMAGE DANS LE MONDE : que ce soit dans le domaine économique et commercial (vin) ou que ce soit dans le domaine scientifique et de la recherche (sélection et biotechnologies). Comme le dit, cité par A & E, James de Roany le président de la commission Vins et spiritueux des conseillers du commerce extérieur de la France "dès lors qu’il s’agit de vin, le monde entier a les yeux braqués sur la France. Les informations publiées avec la caution du Ministère de la Santé indiquant que la consommation de vins peut engendrer le cancer dès le premier verre ont fait le tour du monde et surement un dégât considérable".
5. La mise en oeuvre de réglementations ayant pour conséquence une REGRESSION DE NOTRE ACTIVITE, qu’elle soit dans le domaine de la production, commerciale ou de la matière grise et de la recherche AU DETRIMENT D’UNE POLITIQUE DE DEVELOPPEMENT basant la résolution de nos problèmes sur l’innovation et les avancées en matière de recherche.
 
Résultats de l’étude dirigée par le Dr Lanzmann-Petithory (publiée le 11 mars 2009)
A l’attention de mes amis médecins et de tous les autres qui seront intéressés par la lecture de ces résultats déjà décryptés.
(Source LaNutrition.fr) 
L’étude Canceralcool a été initiée dans l’objectif de déterminer les relations entre la consommation de différentes boissons alcoolisées (vin, bière ou alcools forts) et la mortalité.  Les auteurs cherchaient notamment à répondre aux trois questions suivantes :
· A partir de quelle quantité de différentes boissons alcoolisée le risque de décès par cancer de la prostate, du côlon, du poumon, du sein augmente-t-il ?
· Y’a-t-il des différences selon les boissons alcoolisées ?
· Existe-t-il une dose de certaines boissons alcoolisées qui protège contre certains cancers ?
Afin de répondre à ces questions, le docteur Lanzmann-Petithory et son équipe ont suivi une cohorte de 100 000 personnes examinées au centre de médecine préventive de Nancy entre 1978 et 1985 dont la mortalité a été documentée jusqu’en 2005. Les volontaires répondaient à des questionnaires sur leurs habitudes de vie qui ont permis aux chercheurs d’évaluer leur consommation d’alcool. Ils ont ainsi pu déterminer parmi les volontaires ceux qui préféraient le vin, définis comme ceux pour qui le vin représente plus de la moitié de la quantité d’alcool consommée.

 

Qu’ont trouvé les chercheurs ? Que la consommation de vin diminue la mortalité chez les hommes. « La préférence vin, dit le Dr Lanzmann-Petithory est associée chez les hommes avec un risque significativement plus bas de mortalité prématurée de toutes causes ».

Les hommes qui consomment surtout du vin ont un risque de mortalité prématurée de toutes causes diminué de 25%. Ce risque est réduit de 23% pour la mortalité par cancers et de 26% pour la mortalité cardiovasculaire (lire tableau).

Mortalité prématurée chez les hommes pour la préférence vin

 

  risque

  Mortalité prématurée toutes causes

  – 25 % (significatif)

  Mortalité par cancers

  – 23 % (significatif)

  Mortalité cardiovasculaire

  – 26 % (significatif)

  Mortalité par cancers digestifs

  – 34 % (significatif)

  Mortalités par cancer du poumon

  – 22 % (significatif)

 

En mortalité générale par cancers, non prématurée, sur population « saine » au départ, 4128 décès par cancers chez les hommes et 2077 décès par cancers chez les femmes ont été pris en compte. Ces résultats ont été pondérés par douze autres facteurs de risque ou protecteurs.

Plus la consommation d’alcool est élevée (en g/kg poids), plus le risque de mortalité par cancer augmente. Mais les hommes à « préférence vin », quelle que soit la dose d’alcool, ont un risque significativement plus bas de mortalité par cancers : -16%. C’est notamment le cas pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx et du poumon.

 

Parmi les 39561 femmes, celles qui consomment beaucoup d’alcool ont un risque significativement plus élevé de mortalité par cancers : +27% entre celles qui consomment 0,3 g/kg par jour et celles qui en consomment 0,7g/kg.  Le risque augmente de 46% au-dessus de 0,7g/kg d’alcool par jour. Celles qui témoignent une préférence vin n’ont pas de risque augmenté, mais le résultat n’est pas significatif. De la même façon, le risque de mortalité par cancer du sein augmente avec la dose d’alcool mais n’est pas relié à la préférence vin.

 

Pas de résultats chez les femmes qui boivent du vin

L’effet protecteur du vin contre le cancer est-il valable chez les femmes également ? « On ne peut pas répondre à cette question dans le cadre de cette étude », explique Dominique Lanzmann-Petithory. Motif : quand les questionnaires établis pour évaluer la consommation d’alcool ont été mis au point, le seuil le plus bas a été fixé à un quart de litre par jour, soit 2 verres de vin. « Or chez les femmes il est très probable que de nombreux effets protecteurs interviennent en deçà de ce seuil », explique l’auteur.

    

En matière de cancer, il faut donc distinguer un effet « alcool » d’un effet « vin », ce que d’ailleurs d’autres études ont déjà montré. Rappelons que l’étude Canceralcool voulait «clarifier les relations entre la mortalité par cancers et la consommation de différents types de boissons alcoolisées, qui pour l’instant ne sont pas différenciées dans les rapports d’experts internationaux comme celui du Fonds mondial de recherche contre le cancer de 2007». Celui-là même sur lequel s’est appuyé l’INCa pour sortir sa brochure destinée aux médecins le 17 février 2009.

 

Alors pourquoi le vin ne se comporte-t-il pas comme l’alcool ? Le vin contient deux substances aux actions contrastées, avance Dominique Lanzmann-Petithory. D’une part l’alcool, qui augmente le risque de cancer, d’autre part le jus d’un fruit, le raisin, dont on sait qu’il diminue le risque de cancer. Il semblerait que les effets bénéfiques des fruits l’emportent sur les effets délétères de l’alcool, puisque la consommation de vin diminue le risque de cancer. « L’effet fruit semble l’emporter sur l’effet alcool », résume Dominique Lanzmann-Petithory. Dans le détail, l’effet protecteur serait probablement lié aux polyphénols contenus dans le vin. Ces composés sont en effet connus pour leur action protectrice, en particulier sur les muqueuses digestives. Comme argument en faveur de cette hypothèse, Dominique Lanzmann-Petithory souligne que les cancers dont le risque est diminué par la consommation de vin sont les mêmes que ceux dont le risque est diminué par la consommation de fruits.

   

Les autres enseignements de l’étude

L’étude retrouve des facteurs de risque classiques de mortalité de toutes causes : niveau d’éducation peu élevé, tension artérielle dès les valeurs de systolique supérieures à 12, tabagisme, sédentarité. Le cholestérol n’est pas un facteur de risque de mortalité prématurée de toutes causes, c’est même le contraire chez l’homme. Un indice de masse corporelle inférieur à 20 est un facteur de risque chez l’homme. Une consommation de plus de 500 ml de boissons sucrées par jour est associée à une augmentation significative du risque de mortalité de toutes causes, de même que le fait de ne presque pas boire d’eau chez l’homme.

Chez les 36118 hommes de la cohorte COLOR, les facteurs de risque de mortalité par cancer sont le niveau d’éducation bas, la tension artérielle élevée, un cholestérol bas, un indice de masse corporelle inférieur à 20, le tabagisme, la sédentarité, de même que le fait de ne presque pas boire d’eau

Chez la femme, les facteurs de risque de mortalité par cancer sont les suivants : tension artérielle élevée, tabagisme, indice de masse corporelle supérieur ou égal à 30.