Même si l’on ne cotoie pas, de près ou de loin le milieu agricole, nul n’a pu échapper à la formidable campagne médiatique déferlant maintenant depuis plus de dix ans a travers tous styles de médias. Tout le monde a entendu parler des insecticides Gaucho et Régent utilisés sur colzas, maïs, tournesols… pour éliminer des parasites pénalisant la qualité et le rendement de ces cultures. Tout le monde se souvient aussi de la formidable levée de boucliers des apiculteurs relayés pars toutes sortes de lobbies et de groupes de pression pour mettre en cause ces deux insecticides quant à leur effet sur la mortalité effectivement constatée des abeilles. Cette mise en cause violente a abouti à l’interdiction par le Ministère de l’agriculture de leur utilisation à partir de 1999 sur un certain nombre de cultures.
Notons au passage cette belle exception Française qui fait qu’aucun pays au monde ayant autorisé sur son territoire l’utilisation de ces deux insecticides ne l’a ensuite retiré du marché !
Je passe allègrement sur ces dix années folles ou des centaines de millions d’Euros ont été dépensés en pure perte pour arriver au rapport de l’AFSSA publié le 18 février 2009 : « Mortalités, effondrement et affaiblissement des colonies d’abeilles » (1) :
Ce rapport, dont les conclusions et les propositions sont parfaitement mesurées, a bien entendu provoqué une levée de boucliers de la part des associations vertes et autres groupuscules environnementalistes, mais contrairement au rapport concernant l’innocuité sur la santé du maïs ogm MON 810, il n’a pas été réfuté directement par les politiques et en particulier le Ministère de l’environnement.
Extraits :
Depuis le milieu des années 80 la situation apicole mondiale est marquée par une importante mortalité d’abeilles.
Historiquement, ces troubles étaient majoritairement attribués aux agents pathogènes biologiques de l’abeille, plus récemment, la présence d’éléments chimiques dans l’environnement, provoquant potentiellement l’intoxication des abeilles, a été incriminée.
Un rapport pour faire le point :
Dans ce contexte, l’Afssa s’est auto-saisie afin d’apporter des réponses aux apiculteurs français sur la mortalité des colonies d’abeilles.
Plus d’une quarantaine de causes associées à ces mortalités ont pu être identifiées.
L’étude de la situation sanitaire des filières apicoles européenne et française a permis de souligner le rôle majeur des agents biologiques et en particulier de l’agent de la varroase (2) dans les troubles constatés.
Les agents chimiques et en particulier les produits phytopharmaceutiques constituent également une cause de mortalité. Toutefois, le rôle exact d’une exposition chronique des colonies à ces produits n’a pu être déterminé et il n’a pas été possible de confirmer ou d’écarter l’hypothèse selon laquelle cette exposition pourrait jouer un rôle direct ou indirect dans la mortalité des abeilles.
Des recommandations pour mieux connaître l’état de la filière :
En parallèle, l’Agence a analysé le fonctionnement de la filière apicole française et l’organisation du suivi et de la gestion sanitaire apicole. Cet état des lieux a permis à l’Agence d’émettre une série de recommandations organisées autour de cinq axes :
– mise en place d’un réseau d’épidémiosurveillance des maladies des abeilles fonctionnant de manière continue et dont la gestion serait confiée à une autorité unique, indépendante et fiable.
– créer un institut technique apicole regroupant une interprofession du miel. Cette structure permettrait la mise en place de plans d’actions de prévention et la création de nouveaux outils destinés aux exploitants apicoles. Elle favoriserait également le dialogue entre différents acteurs et notamment entre apiculteurs et agriculteurs ainsi qu’entre industriels pharmaceutiques et apiculteurs.
– remise en vigueur de la déclaration annuelle du nombre de ruches par les exploitants apicoles dans un but strictement sanitaire et mise en oeuvre de mesures coercitives en cas de non respect de la réglementation.
– permettre l’accès continu des pollinisateurs à des ressources mellifères et pollinifères
– des besoins en terme de recherche appliquée ont finalement été identifiés afin d’améliorer la lutte contre les agents pathogènes biologiques et chimiques de l’abeille domestique… et de mieux comprendre les causes multifactorielles des troubles constatés.
Voilà des conclusions pétries de bon sens et qui nous emmènent bien loin des élucubrations sordides ayant accompagné l’interdiction du Régent et du Gaucho ! Loin de moi cependant l’idée que les insecticides, même autorisés sur les cultures françaises comme dans les autres pays, n’affectent pas dans leur globalité le niveau des populations d’abeilles. Mais à mon avis dans des proportions tout a fait compatibles avec le maintient d’une production normale de miel.

Un syndicat responsable tire les conclusions…
Un des syndicats de producteurs, le Syndicat des Producteurs de Miel de France (SPMF) « appelle une bonne foi pour toutes à abandonner les discours simplificateurs et dangereux pour la profession… Réduire la question du dépérissement des abeilles au seul aspect des insecticides est incohérent et contre productif. Il ne reflète pas la réalité du terrain et les causes multifactorielles répertoriées par l’AFSSA, laquelle avance des propositions concrètes pour une nouvelle organisation de la filière… accueillies favorablement par le SPMF » (3)
Reste l’UNAF (Union nationale de l’Apiculture Française), l’autre syndicat d’apiculteurs complètement lié au lobby anti pesticides, qui voudrait bien régler ses propres problèmes et carences organisationnels en trouvant de nouveaux boucs émissaires… (après les Régent et Gaucho… le Cruiser… les OGM….) et en « impliquant » à sa façon le politique et les pouvoirs publics. Peut être ne serait-il pas inutile de rappeler à ces personnes que l’abeille n’est pas qu’un business à la portée d’un individu lambda, qu’elle nécessite de plus en plus de savoir faire si l’on veut optimiser la production de miel, que c’est un insecte social et pas une vache à miel comme certains ont pu cupidement le penser. A ce sujet on lira avec profit l’excellente enquête de Gil Rivière Wekstein dans A&E : « Apiculture – Epidémie chez les abeilles : chronique d’un échec » (4)
(1) Pour en savoir plus, le rapport complet de l’AFSSA « Mortalités, effondrement et affaiblissement des colonies d’abeilles »
(2) Le Varroa est un petit insecte (acarien), originaire d’indonésie qui est arrivé en France dans les années 1980 à la suite de la mondialisation du commerce des reines d’abeille. Le rapport de l’Afssa souligne le trop petit nombre de traitements des ruchers efficaces contre ce parasite, tout en dénonçant les mauvaises pratiques qui peuvent conduire des apiculteurs à utiliser des produits non autorisés et dangereux pour les abeilles elles mêmes.
(3) Communiqué du SPMF « Apiculture : le rapport de l’AFSSA confirme l’analyse du SPMF »
(4) A&E : « Apiculture – Epidémie chez les abeilles : chronique d’un échec »