Voilà un très joli pommier de plein vent (pas de taille), rustique (pas de traitements quels qu’ils soient), planté il y a une trentaine d’années. Cela ressemble fortement a une Belle de Boskoop rouge, mais je ne connais pas exactement le nom de la variété.

 

 

 

 

L’année dernière ce bel arbre m’a donné environ 150 kg de pommes, d’un goût incomparable lorsqu’elles sont dégustées fraîches, mais la quantité faisant, il a bien fallu écouler le surplus avec de la gelée de pomme, elle aussi délicieuse et quelques sacs donnés ici ou là selon les opportunités.

 

 
Cette année rien de tout cela !
Une floraison pourtant tout a fait normale et une fructification dans la foulée… mais rapidement j’ai pu apercevoir des petits fruits tomber, ce qui à ce stade est normal lorsque la fructification est intense. A la fin du printemps et pendant tout l’été des fruits de plus en plus gros continuaient de tomber. Ils continuent encore de tomber actuellement.
Bref ! Cette année je ne récolterai pas 10 kg de pommes mangeables… qu’elles soient tombées ou encore sur l’arbre..
 

Un examen attentif des pommes tombées montre la présence d’un petit trou en partie obstrué par une sciure brunâtre correspondant à l’extrêmité d’une galerie venant du coeur du fruit. Cette galerie est creusée par une chenille qui rentre généralement par l’oeil de la pomme, va se nourrir des pépins et ressort de façon aléatoire a la surface de la pomme.

 

Trou de sortie (déjections) de la larve au meme niveau que le trou d’entrée.

 
 
Trou d’entrée tardive au milieu du fruit
 

 

 

 

 

 

 

C’est la maladie des pommes véreuses, très fréquente lorsque j’étais gamin, moins fréquente aujourd’hui dans la mesure ou les pommes achetées dans le commerce ont été protégées contre ce parasite majeur des pommiers. Cette maladie est provoquée par la larve (chenille) d’un papillon de la famille des tordeuses : le CARPOCAPSE DES POMMES ET DES POIRES – Cydia pomonella L (que l’on peut aussi trouver sur abricotier, pêcher, prunier, noyer…).

 

 

Ceci illustre a mon avis un certain nombre d’évidences qu’il convient de rappeler :
  • Il est très difficile de se passer de protection phytosanitaire, que ce soit contre les ravageurs comme ici avec le carpocapse ou contre les maladies ou les mauvaises herbes, si l’on veut assurer une production suffisante et réguliere d’une culture qu’elle qu’elle soit.
  • Ceci concerne une problématique plus générale qui est celle de l’agriculture biologique se traduisant par l’irrégularité de la production d’une année sur l’autre ou d’un lieu à l’autre, en particulier lorsque l’agriculteur est démuni face au développement du parasitisme. C’est exactement ce qui se passe actuellement en France suite au Grenelle de l’environnement qui a fait naître une demande plus importante mais artificielle (cantine scolaire… qui paye ?, communication forte sur une hypothétique supériorité alimentaire des produits bios par rapport aux produits conventionnels…). Conséquence : ce nouveau marché, habilement capté par la grande distribution, génère une offre constituée en grande partie d’importations étrangères plus ou moins douteuses à différents niveaux (qualité des aliments, émission de carbone liée au transport…). L’augmentation importante des importations de produits bios (lait, jus de fruit, fruits et légumes, épicerie sèche….) est liée aux marges importantes réalisées, mais aussi et surtout à la stagnation des surfaces et de la production française depuis maintenant 5 ans, contrairement à ce qu’essaie de démontrer l’agence du Bio dont la présentation des chiffres est bizarrement optimiste.
  • Cette situation s’explique aisément et ira en s’amplifiant, si l’on identifie que les itinéraires culturaux en bio sont très contraigants. Ils nécessitent d’abord une bonne connaissance des principes de l’agronomie, ce que les agriculteurs aujourd’hui possèdent globalement, couplée avec une parfaite maîtrise technique des interventions, ceci étant loin d’être acquis. Ce mode de production est terriblement exigeant en temps (observations, interventions sur les parcelles…) donc en main d’œuvre, qui aujourd’hui ne peut être rémunérée à sa juste valeur. Les agriculteurs bios sont encore plus démunis que les agriculteurs conventionnels devant des attaques parasitaires d’envergure. L’évantail des produits antiparasitaires qui n’est déjà pas très large dans le bio se réduit également (suppression de la roténone, limitations sur le cuivre, les huiles paraffiniques…). Les solutions alternatives efficaces sont d’une manière générale très peu nombreuses (dans ce domaine le cas du carpocapse est un joli contre exemple – voir "Que faire ?" en fin de billet). Malheureusement la meilleure des solutions alternatives, la plus universelle, celle qui consiste à créer rapidement des variétés résistantes au parasitisme grâce aux biotechnologies ne peut plus être raisonnablement envisagée aujourd’hui (voir l’exemple du maïs MON 810) à cause de l’acivisme idéologique de groupuscules qui ne veulent pas voir cette innovation non dangereuse se développer !
  • Je pense que dans ces conditions, il n’y a pas d’issue pour un développement de l’agriculture biologique en France. Elle restera un marché de niche et de luxe pour gens fortunés ou atteints par la phobie de la "mauvaise" qualité de l’alimentation.

 
Un peu de biologie

 

 

Cydia pomonella L. adulte

  taille réelle

 

 ailes repliées sur une branche

 
L’adulte est un papillon de nuit, qui décolle au crépuscule, de la mi mai jusqu’en fin juillet en Normandie pour pondre sur les feuilles, les tiges ou l’oeil du fruit qui vient d’être fécondé.
Lorsque la larve a fait ses dégats, elle quitte le fruit, redescend de l’arbre soit le long du tronc soit par un fil pour se réfugier sous l’écorce ou dans le sol. Elle entre alors en diapause sous forme d’un cocon blanchâtre pour passer l’hiver puis éclore au printemps suivant. Cette année, une partie des larves s’est nymphosée pour donner une deuxième génération qui n’est pas systématique en Normandie.
 
La faute au réchauffement climatique ?
On dit que le Carpo fait de gros dégats lors d’étés chauds et humides. Que dit Météo France sur l’été 2009 : "avec une anomalie (écart à la moyenne de référence 1971 – 2000) de température moyenne de +1,3 °C, l’été 2009 se situe au cinquième rang des étés les plus chauds depuis 1950 derrière 2003, 2006, 1994 et 1983". De plus nous sommes en Normandie, région normalement humide, même si cette année a été manifestement plus sèche que d’habitude. Toutes les conditions sont donc bien réunies. Voilà une manifestation supplémentaire du réchauffement climatique… et un exemple de conséquence parmi une foultitude d’autres effets que cela peut induire… Affaire à suivre !
 
 Que faire ?
Le carpocapse est avec la tavelure (maladie fongique due à un champignon) un des parasites majeurs du pommier. Quelle que soit la méthode de lutte, sa réussite est conditionnée par une observation précise du développement du parasite. Ce parasite a "bénéficié" de la mise au point par la recherche agronomique de nombreuses méthodes de lutte efficaces parmi lesquelles on peut citer :
 
La lutte chimique (insecticides de type pyréthrinoïdes…), très efficace lorsqu’elle est correctement mise en oeuvre, a été particulièrement utilisée au cours de ces trente dernières années, ce qui nous a permis de ne plus avoir de pommes véreuses sur nos tables depuis de nombreuses années. Elle montre actuellement des déficiences, notamment dans les vergers traités intensivement et systématiquement au mépris de la biologie du parasite.
La pose de bandes pièges (carton ondulé) autour du tronc, entre juin et septembre, pour capturer les larves qui cherchent un abri pour se métamorphoser. Il faut ensuite détruire ces pièges en les brûlant par exemple.
Les pièges à phéromones sexuelles : ils sont spécifiques de l’espèce visée en attirant les mâles qui viennent s’engluer sur le piège…. en lieu et place d’aller féconder les femelles ! C’est un moyen de lutte qui lorsqu’il est couplé à la pose de bandes piège est bien adapté aux arbres isolés.
Les diffuseurs de phéromones sexuelles constituent également un moyen de lutte destinés aux vergers professionnels puisque leur efficacité (ils désorientent les mâles qui s’épuisent à trouver les femelles) est liée à un nombre de diffuseurs posés par unité de surface.
Le virus de la granulose du carpocapse, agent pathogène spécifique du ravageur, qui maintenant est produit de façon industrielle.
On pourrait encore citer les trichogrammes qui sont des micro hymenoptères (petites guêpes) dont la larve se développe à l’intérieur des oeufs de carpocapse et tue l’embryon très tôt.
 

 

 

 

Piège à phéromones de type entonnoir

 

Piège à phéromone de type delta
 

Recherche, lutte biologique et lutte chimique.

Ce cas d’école que constitue le carpocapse quant aux nombreuses méthodes de lutte qui peuvent être mises en oeuvre, m’amène à une double réflexion :

1.       Nous sommes en présence d’un parasite majeur sur une culture fruitière majeurs. Dans ces conditions, la recherche publique et privée a montré, au cours de ces trente dernières années, qu’elle était capable de trouver des solutions. Je ne suis pas certain que cette même recherche soit aussi efficace dans le contexte actuel français de dénigrement systématique de la science.

2.       J’en arrive réellement à me poser la question de la différence entre les méthodes de lutte dites biologiques, voir maintenant naturelles et la lutte chimique. Car finalement on introduit bien un "produit" exogène quelle que soit sa nature (hormones, virus, insectes…) dans un environnement particulier…! Et il n’est pas certain que tous les effets soient parfaitement évalués… voir les problèmes posés par l’introduction de certaines coccinelles… La tendance serait même que les modalités d’évaluation actuelles de la lutte biologique soient réduites à leur plus simple expression sous prétexte que ces produits sont naturels (affaire à suivre) ! Aujourd’hui cette différence est uniquement basée sur le type de produit utilisé. Il y a ceux qui sont obtenus par synthèse chimique… et les autres…! Ceci me paraît représentatif d’un dogme qui veut faire croire que tout ce qui est naturel est bon et a contrario que tout ce qui est d’origine chimique est nécessairement toxique ou risqué.

 

 Des auxilliaires privilégiés : aidons les correctement

 

Enfin il ne faut pas oublier l’importance des oiseaux insectivores et des chauves souris qui consomment des quantités importantes de larves et de papillons. 

 

La prédation est la plus forte au moment des vols nocturnes des papillons capturés par les chauves-souris ( pipistrelle, oreillard …).

 

Dans la journée les visites des oiseaux insectivores: mésanges bleues, charbonnières, délogent les papillons posés. Le pic épeiche, la sittelle torchepot, le gobe-mouche et le rouge queue sont aussi de bons prédateurs que l’on peut favoriser par la pose de nichoirs et le nourrissage hivernal pour certains.

 

Rappelons ici aux citadins récemment émigrés à la campagne qu’il n’est pas souhaitable de nourrir les oiseaux en dehors des périodes hivernales de manière à les laisser faire leur travail de régulation des populations d’insectes au printemps et en été.

 

   Rouge queue

 

 Mésange charbonnière

 

  Nichoir