Cela s’appelle littéralement un ATTENTAT. Je suis d’autant plus sensible à cet acte qu’au mois de juin de cette année, la Commission des Essais Biologiques dont j’ai assuré la présidence entre 2003 et 2005 a été reçue par des scientifiques du centre. Nous avions, entre autres, découvert le dispositif expérimental en place.

     

  Plants non OGM de "protection" (on ne voit pas les plants OGM de l’essai)                    Plants OGM de l’essai
                       tels qu’ils étaient au 25 juin 2009

70 pieds de jeunes vignes transgéniques ont été sectionnés au sécateur le lundi 7 septembre 2009 à l’aube. L’auteur de ce nouvel attentat, un docteur en biologie… au chomage et vivant de l’héritage de ses parents (c’est lui qui le déclare…), opposant notoire aux OGM et au nucléaire s’est notamment fait connaître par son combat pour la publication des informations relatives à la localisation des essais OGM. Il avait obtenu gain de cause en février 2009 devant la Cour de justice européenne à Luxembourg qui avait enjoint les pays membres de l’UE de rendre publiques ces informations.

Je cite le journal Libération : "Cette action met fin à une expérience pourtant présentée comme exemplaire par l’Institut national de la recherche agronomique. Il s’agisssait d’un essai en champs portant sur des vignes génétiquement modifiées pour résister au virus du court-noué.

Cet essai était mené avec des objectifs de recherche purs, dans des conditions de sécurité draconiennes, et dans le cadre d’une vaste concertation avec les élus locaux de toutes tendances politiques (Verts compris), les viticulteurs, les ONG écologistes, des membres de la Confédération paysanne. Le tout dans le cadre d’un comité de suivi transparent (voir le dossier de l’INRA). 

Même si l’auteur de la destruction des pieds de vigne déclare avoir agi seul, cette action rejoint un discours largement répandu parmi certaines ONG qui refusent tout recours à la transgénèse végétale sans considérations d’objectifs, de cadre social ou scientifiques.

 

Cette action isolée est cautionnée par la Confédération Paysanne.

Le porte parole de la Conf’ d’Alsace déclarait récemment qu’il saluait "la détermination de Pierre Azelvandre dans son acte de destruction des plants de vignes transgéniques de l’INRA de Colmar”. En 2001 déjà, le secrétaire de la Conf’ locale déclarait que "ces bricolages génétiques étaient jugés inopportuns", que « nous sommes la vitrine mondiale de la typicité des vins », et « que nous avons réussi à conserver dans le terroir alsacien un savoir-faire ancestral et empirique qui se transmet comme un artisanat ». Tout est dit dans cette philosophie du repli sur soi et de l’aveuglement à l’ouverture sur le monde.
L’action de cet individu isolé met fin tout simplement à un investissement de matière grise qui nous permettait encore d’avancer un peu. Elle laisse la porte ouverte aux américains, chinois et autres australiens…. N’oublions pas la place de la France dans le commerce mondial du vin et ses difficultés actuelles, ce qui n’est pas étonnant avec les positions prises par la Conf’, mais aussi dans la commercialisation de greffons et porte-greffes exportés dans le monde entier.

 

Qu’est ce que le court-noué ?

C’est une virose transmise par un nématode (petit ver microscopique) qui pique les racines pour y injecter le virus. Cette intrusion provoque des transformations physiologiques de la plante (sarments avec des entre noeuds raccourcis, d’où le nom de la maladie, jaunissements…) qui se traduisent in fine par une chute des rendements et la disparition des ceps. On estime qu’un tiers du vignoble français est atteint par cette maladie qui par ailleurs touche l’ensemble du vignoble mondial (pour en savoir plus)

 

 
Symptômes sur feuilles (Srpv midi pyrénées)

 

Pour la petite histoire…

… qui commence au début des années 1990 lorsque la société Moët et Chandon obtient des porte-greffes résistants au virus du court-noué plantés sur trois parcelles en 1996. Mais en 1999 la direction  décide d’arracher les pieds de vigne compte tenu des risques commerciaux face à la fronde anti OGM.

Les connaissances acquises sont alors transférées à l’Inra de Colmar.

Un comité local de suivi est constitué (politiques, représentants du vignoble, associations de défense de la nature et consommateurs). Leurs recommandations pour poursuivre les indispensables études en plein champ sont rendues publiques en 2001.  

Face aux inquiétudes exprimées, Jean Masson alors directeur du centre donne un certain nombre de garanties :

  – L’essai visera uniquement à faire avancer les connaissances sur la maladie du court-noué

  – Aucune commercialisation du porte-greffe étudié n’est envisagée.

  – Les bourgeons floraux seront détruits dès leur apparition et il n’y aura pas de production de vin

  – La durée prévue pour l’expérience est de quatre ans.

  – A son terme, tout le matériel génétique sera détruit.

Précisons que seul le porte-greffe est OGM. Le cépage sélectionné pour l’essai est un pinot meunier, cépage de Champagne qui n’est pas utilisé en Alsace. Pour Olivier Lemaire, responsable scientifique du projet : «Nous savons qu’entre le porte-greffe et le greffon il n’y a pas de flux d’ADN. Dans la sève ne circulent que des petits fragments d’ARN, mais pas de patrimoine génétique». De plus le risque d’une dissémination par voie aérienne du matériel OGM sur les vignes voisines est inexistant. La vigne ne se dissémine pas par pollen ni par graines, mais par multiplication végétative.

L’essai a finalement été implanté début septembre 2005.

Pour éviter toute contamination par le sol, une fosse de 1 000 mètres cubes a été creusée. Elle a été tapissée d’une bâche dont la matière est perméable à l’eau mais empêche les nématodes de migrer.

Au centre de cette fosse, l’essai proprement dit, 40m3 de terre naturellement infestée de nématodes ont été rapportés puis implantés avec 70 porte-greffes transgéniques et 46 porte-greffes non-transgéniques de façon à comparer leur sensibilité à l’infection par le virus. 1534 ceps non transgéniques entourent l’essai pour une surface totale de 1000 m². Le tout entouré de grillages de 2 mètres de hauteur, d’un système de vidéosurveillance fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre et des projecteurs qui s’allument automatiquement en cas d’intrusion nocturne !
 

C’est tout simplement hallucinant, toute cette artillerie lourde pour s’affranchir de risques qui n’existent pas ! Je me crois tout d’un coup dans un film de sciences fiction ! Eh bien non je suis en France avec la triste sensation que non seulement nous régressons, mais qu’en plus nous finançons cette régression puisque dans le même temps les auteurs de ces attentats restent impunis.

Les rares investissements qui sont faits actuellement en France dans le domaine des biotechnologies, le sont a fonds perdus.

Voir encore dernièrement le n ième report de procès de Bové… pour non respect de l’immunité parlementaire cette fois ci. C’est un comble !

Qu’en sera t-il du jugement de cet autre illuminé qui devra répondre le 7 octobre prochain devant le tribunal correctionnel de Colmar du délit  de dégradation volontaire de biens d’utilité publique“.

 Vous avez dit d’Utilité Publique ?                                                       Affaire à suivre….