Notes de lecture

L’OUVRAGE

o enfin une réflexion sur l’état des « communications » de tous ordres au XXIème siècle qu’il faut lire absolument : le transport des marchandises, l’avion, internet et les communications entre les être humains. En exergue de ce chapitre C. Allègre cite Ghandi : « plus les moyens de communication se développent et moins l’homme dispose de temps ». Même constatations avec l’Internet, le téléphone mobile, chronophages au détriment de la fraternité, du travail d’équipe ou tout simplement de la vie familiale. Là aussi ce sont les deux facettes de magnifiques outils qu’il faudra apprendre à gérer…

Très riche et très pédagogique :

o la grande épopée du 20ème siècle que furent les sciences de la matière, de la terre et la naissance d’une science de la vie. Il nous livre aussi une analyse très personnelle et perspicace de l’histoire de l’informatique, de ses dérives dans le domaine de la modélisation par exemple, de ses contradictions avec l’internet outil de communication et simultanément d’isolement.

o le 21ème siècle verra  le mariage de l’informatique et des neurosciences, l’ordinateur prolongateur du cerveau. Tout cela ne se fera pas sans mobilisations anti progrès que l’on voit déjà enfler avec les neuro sciences. Mais plus difficile à gérer, toutes ces avancées ne se feront pas sans poser de problèmes éthiques bien plus redoutables qu’aujourd’hui.

o mais le défi que devra résoudre l’homme avant la fin du siècle sera celui de(s) crise(s) d’énergie. Epuisement des énergies fossiles, des nouveuax métaux rares, l’énergie nucléaire avec ses déchets, la fusion nucléaire sans déchets mais reposant sur une technologie compliquée, la voiture éléctrique, hybride ou à hydrogène. Enfin les énergies naturelles et les biocarburants pour lesquels il ne croit pas en une utilisation massive au niveau de la planète compte tenu de l’état des surfaces cultivables pour l’agriculture alimentaire. Et justement l’autre défi étant celui de l’évolution démographique, mal répartie notamment par rapport à la ressource en eau, donc à l’alimentation.

Son analyse et ses propositions sont souvent abruptes mais toujours clairvoyantes. Le domaine de la production agricole planétaire et surtout franco française ne fait pas exception, mais il le survole un peu trop a mon goût. Néanmoins l’importance des problèmes est toujours hiérarchisée et ses réflexions méritent toujours d’être approfondies.

Quelques phrases fortes au hasard… mais il y en a beaucoup d’autres :

§ J’ai été un des pionniers de la croissance verte et je me bats aujourd’hui contre la décroissance verte écrite noir sur blanc dans le programme des Verts.

§ Si l’Occident continue à avoir peur de tout, des pays comme la Chine et l’Inde vont finir par prendre une avance considérable. Et si on n’y prend pas garde, l’avenir le plus prometteur pour l’homme occidental, ce sera guide de monuments français pour Asiatiques ou serveur dans un restaurant en Chine.

§ … les problèmes qui se posent à la planète sont beaucoup plus importants et variés que les seules émissions de CO²… je ne crois pas que répandre la peur soit une bonne stratégie pour réagir.

§ A l’attitude vectorielle – je prends, j’utilise, je jette – doit se substituer le réflexe du recyclage généralisé et de la recherche d’un égal respect de l’homme et de la nature.

 

L’HOMME

 

Et tout d’abord pour bien positionner la vision de l’auteur, voici une interview récente que l’on peut trouver dans Libération : L’écologie non productive c’est quoi ?

Je la remet in extenso, car il n’y a rien à jeter et elle résume bien l’esprit du livre.

Inutile de dire que je partage complètement cette analyse

Présentant la fondation que je suis entrain de créer avec pour titre Ecologie productive, un journaliste s’est interrogé. Qu’est ce que l’écologie non-productive ?

Il m’incombait donc d’éclairer sa lanterne.

L’écologie productive est la démarche qui consiste à résoudre les problèmes écologiques en créant de nouveaux emplois et de nouvelles richesses. C’est ce que l’on appelle parfois la croissance verte, concept que j’ai contribué à définir et à développer depuis vingt ans (dans mes livres Economiser la planète, Fayard, 1990 et Ecologie des villes, écologie des champs, Fayard, 1993). Cette démarche s’oppose radicalement à la vision, hélas très répandue, qui a vu le jour dans les années 1970 avec le fameux rapport du Club de Rome «Halte à la croissance» et qui s’est prolongée plus récemment avec les concepts de décroissance et de frugalité prospective, qui constituent la base du livre de Nicolas Hulot le Pacte écologique aussi bien que le programme des Verts. A une écologie dénonciatrice et punitive, qui ne voit l’écologie que comme l’annonce de catastrophes, la multiplication de taxes, des interdictions diverses et, l’arrêt du progrès, («le progrès pose problème», écrit Hulot), nous souhaitons substituer une écologie de la création, de l’invention, du dépassement, de la réparation qui débouche sur la croissance économique en même temps que l’établissement d’une certaine harmonie entre l’homme et la nature mais dans laquelle l’homme n’est jamais sacrifié aux exigences écologiques.

Prenons trois exemples pour illustrer cette démarche.

1. L’énergie nucléaire est à l’évidence une source d’énergie essentielle à notre développement futur et l’on ne dénoncera jamais assez les dommages créés à l’Europe par les verts allemands en interdisant à ce pays cette source d’énergie ! Mais peut-on, d’un autre côté, ignorer qu’avec la technologie actuelle nous produisons des déchets potentiellement dangereux et que les réserves d’uranium ne dépassent pas un siècle ? La solution ce n’est pas l’abandon du nucléaire, c’est de développer la technologie dite de «quatrième génération» qui utilisera 97 % de l’uranium multipliant les réserves par 100 et qui détruira les déchets à vie longue rendant cette filière plus sûre.

2. Second exemple, les pesticides, insecticides et engrais. Il est exact que le développement excessif de la «chimie agricole» a conduit à créer des problèmes de pollution alimentaire pour les humains, les animaux domestiques mais aussi les animaux sauvages. La décroissance des populations d’oiseaux, des rivières trouve sans aucun doute sa source dans la pollution. Faire semblant de l’ignorer n’est pas responsable pas plus qu’accuser les agriculteurs et leur interdire les moyens de continuer a être compétitifs sur un marché désormais international de plus en plus sévère. La solution, c’est de développer les plantes génétiquement modifiées qui permettront d’éviter les pesticides, les insecticides, en partie les engrais et qui permettront de minimiser les besoins en eaux ou les contraintes de salinité. L’avenir de l’agriculture est là !

3. Troisième exemple, le contrôle du gaz carbonique. Laissons de côté la question des prévisions climatiques car elle sera réglée par les faits d’observations à condition de ne pas les masquer (pourquoi cache-t-on ces jours-ci le fait que la banquise arctique s’est reconstituée cet hiver comme elle était il y a douze ans ?) Faut-il le faire en organisant de grandes conférences internationales, fixer des quotas théoriques et palabrer sous la houlette dispendieuse de l’ONU ? Kyoto a été l’exemple de cette attitude incantatoire autant qu’inefficace : dix ans après, les émissions de CO2 ont augmenté de 50 % ! Et Copenhague s’annonce comme devant être du même tabac ! Croit-on qu’avec un tintamarre diplomatique ou médiatique l’Inde et la Chine vont abandonner leur développement fondé sur le charbon ?

 

La solution, n’est-elle pas dans l’innovation ?

Ne faut-il pas d’abord développer les technologies de capture et de stockage du CO2, les voitures électriques, hybrides ou à hydrogène et les technologies alternatives pour le chauffage comme le photovoltaïque, la géothermie et l’isolement ? Mais là encore en étant conscient des problèmes sachant par exemple que dans l’état actuel des choses les réserves mondiales d’indium, métal indispensable à la technologie photovoltaïque, sont inférieures à dix ans !

Après avoir organisé le premier colloque socialiste sur l’écologie en 1986, après avoir, avec Hubert Curien, convaincu François Mitterrand de présider le premier colloque sur ce sujet organisé à l’Elysée en 1989 pour promouvoir cette écologie dynamique, au cours duquel avait été développée l’idée de la création d’un grand ministère de l’écologie force est de constater qu’on en est toujours au stade de la palabre écologique et des débats stériles sans incidence véritable sur l’emploi et la croissance.

L’opposition entre deux visions différentes de l’écologie marque un clivage fondamental à l’égard de la société et de l’homme.

La vision positive et humaniste que je défends est celle d’une société de liberté, de libre entreprise et de progrès constant, pas de celle d’une réglementation pesante et d’un Etat omniprésent décidant à la place du citoyen. C’est surtout celle d’une vision optimiste de l’homme qui sait s’adapter à son environnement constamment changeant, et dont le ressort du progrès est dans l’innovation et l’optimisme et non la punition et la peur.

Je ne veux pas comme le dit Marcel Gauchet que «l’amour de la nature dissimule la haine des hommes». Et tant pis si ce n’est pas à la mode, si je me réclame de la philosophie des Lumières et si, comme Luc Ferry, je refuse le Nouvel Ordre écologique.

Ce qui pour lui est encore plus catastrophique c’est le développement dans le public d’un sentiment anti progrès, anti science et l’occultation des priorités réelles. « Lorsque E. Todd répond à une écologiste :  la disparition de milliers d’emplois me préoccupe plus que la disparition de milliers d’abeilles, il traduit bien que l’homme ne saurait être sacrifié à une mythique nature. Il ne faut pas protéger la nature contre l’homme. Il faut trouver une harmonie homme-nature. »

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Claude Allègre sans langue de bois – Copenhague, un sommet inutile

(ajouté le 23/10/2009)

 

Comme Claude Allègre j’exècre l’imposture scientifique, la tromperie sur la réalité des problèmes. In fine sur les manipulations de masse par le catastrophisme et le véhiculage des peurs, de manière à susciter et à accélérer la prise de conscience. Cela n’est pas bon et ne fait que désorienter et augmenter la défiance d’une opinion publique envers la Science et le Politique, pour renforcer la pseudo science l’obscurantisme et le sectarisme avec toutes ses dérives.