Petite réflexion sur l’affaire des concombres espagnols importés en Europe du nord, infectés par une souche rare et extrêmement virulente d’Escherichia Coli, ayant déjà provoqué la mort de plusieurs consommateurs, notamment en Allemagne dans la région de Hambourg.  

J’ai toujours été convaincu que les deux principaux risques alimentaires dans le monde étaient :

– d’une part la pénurie d’alimentation, mais cela on l’a très vite oublié dans nos civilisations occidentales alors qu’il y a encore sur notre planète un milliard de personnes sous alimentées avec moins de 1$ de ressources par jour (FAO).

– d’autre part le risque sanitaire d’origine microbiologique Ce risque est lié le plus souvent à la présence de bactéries (salmonelles, listeria, escherichias…) dont certaines souches produisent des toxines qui peuvent entraîner des pathologies graves voir mortelles chez l’homme. Les bactéries ne sont pas les seules responsables de ces désordres sanitaires puisque certains champignons se développant sur les grains avant la récolte et en cours de conservation peuvent également produire des mycotoxines (les plus dangereuses sont les aflatoxines) néfastes pour la santé l’homme. Voir un précédent billet : Mycotoxines réduites dans les maïs OGM Bt (Mon 810).

quant au risque sanitaire lié à la présence de résidus de pesticides présents dans l’alimentation ou l’eau de boisson il n’existe que dans le matraquage continu et tous azimuts de groupes de pression écologistes a vision passéiste et régressive de l’agriculture. Le tout relayé par une presse idéologiquement active ou ayant trouvé dans ce domaine anxiogène un excellent fond de commerce. La réglementation européenne basée en la matière sur la notion fondamentale de DJA (dose journalière admissible) et le dispositif d’enquêtes et de contrôle du respect des niveaux de résidus dans les aliments du panier de la ménagère constituent aujourd’hui une garantie parfaitement acceptable.

Le risque sanitaire microbiologique.

Deux grandes causes à mon avis :

1. La conservation des aliments et la rupture de la chaîne du froid. Je me souviens encore parfaitement, étant gamin (dans les années 55 – 60…),  du contenu des conversations banales entre adultes échangeant sur leur santé, où les situations de « crise de foie » étaient fréquemment évoquées. J’ai compris par la suite que cela correspondait à des intoxications alimentaires liées le plus souvent à des problèmes de conservation des aliments en absence de froid et une hygiène alimentaire défectueuse. L’avènement du frigidaire, la mise en place de chaînes du froid et une amélioration de l’hygiène alimentaire ont fait pratiquement disparaître ces cas de figure.

2. La contamination accidentelle d’aliments(viande, coquillages, légumes crus…) par des bactéries provenant de déjections animales et en particulier par les Eschérichia coli productrices de toxines nommées shigatoxines. Il est a peu près établi que ce sont les bovins et autres ruminants qui sont les principaux réservoirs naturels de souches virulentes d’E. coli. Ce sont ces bactéries qui sont en cause dans l’affaire des concombres espagnols, en particulier des souches entérohémorragiques virulentes, à l’origine de décès humains en Allemagne et en Europe du Nord. Souvenir personnel : Je me souviens également encore parfaitement, alors que j’étais à Tlemcen en Algérie en juillet 1971, de la disparition d’environ 15 kg de ma frêle personne à l’époque, suite à une intoxication alimentaire due à la consommation de légumes crus vraisemblablement produits dans des conditions très douteuses de culture et surtout d’alimentation en eau d’irrigation.

Concombres espagnols… mais concombres bio ?

Dès le jeudi 26 mai, un porte parole du Ministère de la santé allemand, suite à des analyses réalisées par l’Institut d’hygiène de Hambourg, a annoncé que 3 des 4 échantillons analysés provenaient de deux producteurs espagnols (voir ici article du journal « Hamburger Abendblatt »). Les systèmes de traçabilité et l’organisation mise en place par l’autorité européenne permettent en effet normalement de remonter jusqu’à l’origine possible du problème. Il s’agit de deux fermes situées en Andalousie en Espagne, produisant des légumes sous serres, en culture biologique. Le nom de ces fermes a d’ailleurs été communiqué vendredi dernier par la DGCCRF en France. Il s’agirait des entreprises Hort o fruticola, à Almeria, et Frunet Bio S.L. CTRA, à Malaga.

Andalousie : des serres à perte de vue – photo Emilien Cancet

Trois hypothèses, liées au contact possible entre les légumes et des déjections animales, sont aujourd’hui formulées, pour expliquer cet accident :

1. Les germes pathogènes ont pu être transmis par du compost ou du fumier de bovins, très utilisés en culture biologique, en lieu et place des engrais de synthèse chimique jugés polluants et non naturels. Cette hypothèse est plausible, néanmoins le concombres sont des légumes qui ne sont pas en contact avec le sol, surtout lorsqu’ils sont cultivés en serre. Il faudrait alors dans ce cas qu’il y ait un vecteur humain entre la fumure organique et le concombre.

2. Les bactéries en cause peuvent également être transportées par l’eau d’irrigation, elle même contaminée par des « fuites » ou des écoulements de déjections provenant d’animaux d’élevage de type ruminants. C’est la cause la plus probable et une l’enquête devrait aisément pouvoir le mettre en évidence ou non .

3.  Enfin une autre possibilité consisterait en un contact entre les concombres et des déjections animales après l’étape de production, pendant la manutention et le transport jusqu’à y compris sur les lieux de vente. C’est pour l’instant bien sûr l’hypothèse espagnole.

Couverture de l’évènement par la presse, les autorités nationales… et ce n’est pas fini !

Le journal Sud Ouest a été le premier à réagir à ma connaissance, et il continue à couvrir l’évènement tous les jours sous des angles divers intéressants, apparemment bien informé. Proximité des voisins espagnols oblige ?

C’est également un des premiers a avoir mis en exergue la caractéristique « biologique » des exploitations. Biologique à l’espagnole… disent les producteurs biologiques Français, non sans raisons…

Bref, très peu de journaux de notre presse nationale ont repris les informations des autorités allemandes pourtant très clairement exprimées dès le 26 mai et notamment l’aspect « biologique » de la production.

Ce qui est encore plus troublant, c’est que aujourd’hui même, les autorités allemandes viennent de se rétracter et expriment des doutes sur la responsabilité des concombres espagnols. Les explications sont confuses et parlent de premiers tests… alors que des analyses avaient été réalisées par l’Institut d’hygiène de Hambourg dès la fin de la semaine dernière :

– réactions virulentes des autorités espagnoles ?

– pression des verts allemands liées à la caractéristique biologique de la production

– lobbies Bruxellois et promotion de l’agriculture biologique

-… ?

Souhaitons que toute la logistique de traçabilité déployée a travers les organisations nationales et européennes concernant la sécurité alimentaire permette de faire preuve d’un peu plus de transparence… et peut être d’un peu moins de dogmatisme.

Force est de constater, à la lumière de cet évènement, qu’il n’y a jamais de certitudes notamment dans le domaine du vivant, de la biologie et de l’agriculture. Ce qui est présenté par certains idéologues comme une solution à tous les problèmes d’environnement et de santé peut parfois s’avérer très dangereux… et vice et verça. Seule une approche dépassionnée des problèmes, une estimation raisonnable, scientifique et économique de la balance bénéfice risque, sans rejet systématique d’une solution ou d’une autre, peut permettre de prendre les bonnes décisions

ANSES – 26 mai 2011 : Que sont les Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC) ?

Agriculture et environnement – 30 mai 2011 : Concombres bio, les sources potentielles de la contamination.

Mise à jour :

Les évènements postérieurs à l’affaire ont finalement montré que le concombre espagnol était hors de cause. Par contre les soupçons sur l’origine « biologique » du processus étaient bien fondés.

Il est maintenant avéré que la cause de cette épidémie soit liée à la consommation de pousses de graines germées (soja…) produites en « bio », dont les protocoles de stérilisation des graines sont insuffisantes pour inactiver la souche d’Escherichia coli en cause…

Il est à ce sujet intéressant de prendre connaissance de deux articles  résumant bien la situation :

Enquête sur la gestion ratée d’une crise sanitaire – Avec plus de 40 décès et 4 000 hospitalisations, la contamination par la souche E. coli O104:H4 met en évidence les lacunes du système de production des graines germées bio : A&E – 24 août 2011

La nef des fous du « bio » – Une autopsie de quelque manipulations médiatiques à la suite des toxi-infections par Escherichia coli O104 : H4 : Wackes Seppi – 12 septembre 2011

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