Vous trouverez ci dessous un petit diaporama qui illustre le texte ci après.

Diaporama : QUELQUES ASPECTS DE L’AGRICULTURE CHINOISE

Je n’ai bien évidemment pas la prétention de vouloir traiter de l’agriculture chinoise, dont je n’ai aperçu qu’un infime compartiment au cours de mes trois voyages… mais plutôt de donner quelques clés permettant de répondre à des questions que je me suis moi-même posées en découvrant ce pays. Tout simplement apporter quelques témoignages sur ce que j’ai pu y voir.

Cet immense pays est d’abord climatiquement très contrasté : – 20° en moyenne au nord et seulement 30 mm de précipitations pendant les 6 mois d’hiver à Hailar au nord en Mongolie intérieure et pendant ce temps + 30° et 1500 mm d’eau l’été au sud à Guangzhou …).

Troupeaux de moutons et de bovins occupent la steppe l’été dans la région de la Morgle River entre Hailar et Erguna

La Chine : un producteur traditionnel de céréales

Les potentialités des sols sont elles aussi très diverses, lorsque l’on va par exemple du désert de Gobi à la riche Mandchourie… On peut trouver en Chine pratiquement toutes les cultures pratiquées dans le monde. Cependant la Chine est traditionnellement un pays céréalier. Avec bien entendu, le pays est d’abord connu pour cela, le riz au sud, mais aussi et c’est moins connu le blé au centre et au nord. La Chine est également le premier producteur de blé au monde.

Tout tend à montrer que la Chine restera un grand pays céréalier : une volonté affichée d’autosuffisance dans le domaine, mais aussi des habitudes alimentaires qui commencent à rapidement évoluer : la consommation de viande a été multipliée par cinq au cours de ces vingt dernières années. Et ce n’est pas fini ! L’élevage étant un gros consommateur de céréales, notamment pour les porcs et les volailles, inutile de dire qu’il y aura des tensions entre l’obligation d’augmenter la production intérieure et des besoins inévitables d’importation.

Chine 2008

Part du total mondial

Total mondial

Riz (Paddy)

193

28 %

685

Maïs

166

20 %

822

Blé

112

16 %

689

Orge

4

3 %

124

Sorgho

3

Millet

2

Total céréales

480

20 %

2458

 Production de céréales en Chine en millions de tonnes

La Hailar Beer, fabriquée en partie à partir d’orges produites dans la région de Erguna

Rizières en terrasses dans le Yunnan

Récolte des céréales

Première rencontre avec l’agriculture Chinoise : la « terre », une richesse inestimable.

Cette rencontre remonte à la première mission que j’ai effectuée en Chine du Nord Est, en Mandchourie plus exactement. Mais contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ce « choc » culturel ne s’est pas produit en rencontrant les agriculteurs de la région, mais tout simplement pendant le trajet en voiture entre l’aéroport et mon lieu de mission.

Mes interprètes (anglais / chinois) sont venus m’accueillir à JIAMUSI, l’aéroport situé le plus au nord de la Chine pour m’emmener d’abord à Shuangyashang puis à Rahoe sur le fleuve Wusuli qui trace la frontière avec la Russie au nord de Vladivostok. Cinq cents km de route, quelques tronçons autoroutiers… et très fréquemment des kilomètres de bas côtés plantés, rapidement cultivés de courgettes, concombres potirons… et autres espèces que la vitesse de la voiture m’empêchait bien évidemment de voir.

J’ai compris que la Chine profonde, pas celle de Pékin ou des villes du littoral, ne mangeait pas encore à sa faim, mais que la terre, au sens de la surface agricole, est une richesse inestimable et que la Chine dans son ensemble en manquait cruellement. Cet état de fait est encore actuellement amplifié par la réduction de la surface agricole au profit des infrastructures et de la construction.  Officiellement les autorités mentionnent une diminution de 100.000 ha / an au cours de ces 30 dernières années.

Ainsi il n’est pas étonnant que le gouvernement chinois ait opté récemment pour une production agricole hors des frontières : la Chine fait partie des quatre pays dont les entreprises d’État acquièrent ou louent de plus en plus de terres agricoles en Afrique, en Russie, en Asie du Sud-Est, voire en Amérique latine. Au total, ce sont aujourd’hui quelque 2,1 millions d’ha qui auraient ainsi été investis par des intérêts chinois dans le monde.


Quelques chiffres

Même si en chine, les chiffres (quels qu’ils soient) sont à manier avec beaucoup de précautions, ces chiffres sont toujours tellement impressionnants que les ordres de grandeur restent valables.

Ainsi on considère que les terres arables (cultivables avec des outils comme la charrue) ne représentent plus aujourd’hui en Chine que 120 millions d’hectares, soit 12.5% du territoire et  moins de 10% de la surface cultivable de la planète pour nourrir 20% de la population mondiale. La moitié de ces surfaces sont irriguées, ce qui fait de la chine le pays qui comporte le plus de terres irriguées au monde. La Chine est un géant agricole traditionnellement tourné vers les productions végétales (plus de 50 % de la production agricole en valeur). Les productions animales sont en fort développement depuis le début de la décennie et représentent aujourd’hui 1/3 de la valeur de la production agricole. Les industries agroalimentaires sont encore peu développées.

La Chine est devenue une puissance importatrice et exportatrice sur le marché mondial agricole. Elle se situait au 5ème rang des exportateurs et au 4ème rang des importateurs de denrées agricoles avec une balance commerciale déficitaire. En 2008, les importations de produits agricoles et alimentaires, tous produits confondus, se sont accrues de plus de 42 % sur 2007. Les principaux produits alimentaires importés, au-delà du vin et des spiritueux, sont le maïs, l’orge, les oléo-protéagineux (soja…) et la viande. Les produits alimentaires transformés représentent une partie encore faible des importations et des exportations même si ce poste marque une forte progression

Toutes ces données confirment assez bien mes premières impressions du Nord de la Chine, région pourtant traditionnellement riche sur le plan agricole.

Plus que partout les chiffres moyens ne veulent rien dire en Chine… même si on considère qu’il y a actuellement 350 millions de paysans dans ce pays… chacun exploitant toujours en moyenne 0.65 ha  (OCDE, 2005b)! Depuis les réformes post-collectivisation du début des années 80, les paysans chinois ne jouissent encore que d’un droit d’usage de la terre, en l’occurrence d’un simple droit de bail fixé à trente ans… la terre appartenant à l’état. Ils ne peuvent en conséquent ni vendre leur terre, ni la transmettre, ni même la louer sans l’aval des autorités… avec tous les abus que cela peut engendrer ! Ce système trouve actuellement ses limites et une nouvelle réforme est en cours. Mais cette dernière a également ses limites : si les paysans deviennent propriétaires, cela peut affecter la domination du Parti dans les campagnes.

Dans ce pays peuplé de 1 milliard 300 millions d’habitants, et dont la superficie représente quinze fois la France, les productions agricoles sont considérables. Elles sont localisées plus particulièrement à l’est du pays (centre surtout, sud et au nord en mandchourie) :

CHINE : Les grandes régions agricoles

Implantation de blé dans la steppe de Mongolie intérieure.

Les conditions agroclimatiques de la Mongolie intérieure autour de la ville d’Hailar, sont très proches de celles que l’on rencontre dans les grandes plaines du Canada central (Saskatchewan…). Des sols de steppe riches en matière organique et potentiellement fertiles (Chernozems), avec un climat très continental, chaud et assez pluvieux l’été, mais très froid et sec l’hiver avec une faible couverture neigeuse. Cette situation entraîne une saison végétative qui ne dure que 4 mois entre mai et août.

Ainsi plusieurs unités de 20 à 30000 hectares sont présentes au nord de la ville de Hailar. On y trouve des rotations céréalières de 5 ans en général :

– blé de printemps la 1ère année

– blé de printemps la seconde année

– blé ou orge de printemps la troisième année

– colza la 4ème année

– jachère

Les parcelles, d’une cinquantaine d’hectares, sont découpées dans la steppe et séparées par des plantations arbustives brise vent.

Les parcelles sans azote fournissent un rendement de 30 qx/ha. Une cinquantaine d’unités d’azote supplémentaires sous forme d’engrais suffisent pour atteindre un rendement de 50 qx. La pluviométrie, même si elle est concentrée sur les mois d’été reste le facteur limitant du rendement. Le traitement des semences contre les maladies crytogamiques et le déserbage sont indispensables.

Inreractif – Conférence 2004 : La Chine entre dans le monde et ses paysans par Claude AUBERT

Ajouté le 5 avril 2013 – Trajectoire agricole de la Chine – Les synthèses de France Agrimer – Février 2013 n°8 Grandes cultures

Billets précédents :

Impressions de Chine – juin 2011- HAILAR Mongolie Intérieure – Organisation administrative et géographique de la Chine (1).

Le GOJI, vous connaissez ?

Retour de Chine – Mongolie intérieure et Pékin (1)

12 mai 2010 – Départ pour la Chine, Province de Mongolie Intérieure