Ce nom chargé de tant de connotations magiques ne m’était pas inconnu et lorsque j’ai photographié, tout a fait par hasard, cette jolie petite plante esseulée, je ne me doutais pas que j’allais faire la découverte non seulement d’une espèce se raréfiant, mais en même temps pénétrer un peu plus avant les mystères d’une plante associée aux rituels magiques. Et ceci depuis l’antiquité jusqu’à nos jours puisqu’on l’on retrouve le mythe encore entretenu aujourd’hui dans l’inépuisable saga Harry Potter.

 J’ai croisé cette plante que je ne connaissais pas (Merci à Abdelkader TALEB, professeur à l’Institut Agronomique Hassan II à Rabat pour la détermination), lors d’un petit périple effectué cette fin d’été entre Casablanca et Essaouira par la superbe route côtière passant par El Jadida, Oualidia et Safi (voir le diaporama en fin de billet). Les deux photos ci dessous ont été prises le 27 septembre 2011 au cap Beddouza (cap Cantin), sur des sols très superficiels, calcaires en décomposition, surplombant de quelques dizaine de mètres le bord de mer.

Mandragore (Mandragora autumnalis) - Cap Beddouza, Maroc - Remarquer la petite taille et la texture des feuilles d'une plante adaptée à des conditions sèches

Mandragore (Mandeagora autumnalis) en début de floraison - Cap Beddouza (Cap Cantin), Maroc

  La plante ne fait pas plus d’une dizaine de centimètres de diamètre, partageant le biotope avec quelques Scilles maritimes (Urginea maritima) dont la floraison était terminée à cette époque.

Biotope de la Mandragore, partagé avec la Scille maritime (Urginea maritima) au Cap Beddouza - Maroc

 Voir les magnifiques photos du cap Beddouza dans le blog : La vie est un voyage – Il faut sauver Sidi Chachkal

Répartition géographique de Mandragora autumnalis au Maroc

 La Mandragore n’existe pas en France. C’est une plante de la famille des solanacées (pomme de terre, tomate, belladone…) en cours de raréfaction, mais que l’on peut encore trouver de ci de là dans quelques pays du pourtour méditerranéen : Espagne, Italie, Grèce, ex Yougoslavie, Proche-Orient et Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie).

Botanique

Sur le plan botanique il s’agit bien de l’espèce Mandragora officinarum qui comporte deux sous espèces :

Mandragora officinarum ssp officinalis, originaire de Syrie, répandue sur le pourtour méditerranéen, mais en voie de raréfaction. Floraison printanière.

Mandragora officinarum ssp autumnalis, originaire du Maroc. C’est la pubescence des feuilles de la ssp automnalis qui est caractéristique, en plus d’autres petits caractères comme la texture des feuilles plus « cuir » chez automnalis car cette dernière pousse en biotope plus sec. Floraison de septembre à janvier au Maroc.

   

Fleurs de Mandragora autumnalis

Mandragore et croyances

La mandragore est une plante riche en alcaloïdes (atropine comme chez la Belladone, scopolamine -1er sérum de vérité- et surtout d’hyosciamine, qui lui donnent des propriétés mydriatiques (dilatation de la pupille) et hallucinogènes. En théorie ces molécules peuvent être à l’origine d’une intoxication mortelle. Il n’est pas étonnant qu’avec de telles propriétés cette plante soit entourée de nombreuses légendes, les anciens lui attribuant des vertus magiques extraordinaires.

 C’est dans la racine en particulier que l’on retrouve la plupart de ces substances. C’est aussi cette racine qui est à l’origine de représentations humanisées. En effet cette racine pivotante est très développée et peut atteindre 1 mètre de long pour les vieux spécimens, notamment chez mandragora officinalis. Elle est de plus fourchue et rappelle la forme d’un corps renflé appareillé de deux jambes, deux bras, voir d’une tête et d’un sexe mâle ou femelle pour certains.

Mandragores. Manuscrit Dioscurides neapolitanus, Biblioteca Nazionale di Napoli

Voir : La Mandragore dans la culture dans Wikipédia – article très bien documenté.

Galerie des mandragores : de la plante aux croyances dans le blog Natures – article le plus complet que j’ai pu lire

Protection des cultures

Des études récentes mettent en exergue l’effet insecticide d’extraits de la racine de la plante, testés notamment sur Ceratistis capitata, la mouche méditerranéenne des agrumes.

Ces études sont menées dans le cadre de la lutte dite biologique qui met en oeuvre des produits naturels de protection des plantes (PNPP), en remplacement des produits issus de la synthèse chimique improprement appelés pesticides.

Dans ce cas précis, on voit bien que les matières actives d’origine naturelle (en général des extraits de plante)  autant que les matières actives issues de la synthèse chimique peuvent présenter  des propriétés toxiques sur l’homme, les animaux, la faune auxilliaire ou l’environnement en général.

Ce qui importe c’est que ces propriétés soient évaluées de la même façon, pour les produits naturels comme pour les substances chimiques. La double législation mise en place récemment en France ne me paraît pas crédible ni sur le plan scientifique, ni sur le plan déontologique. La législation concernant l’autorisation de mise sur le marché de produits naturels de protection des plantes, mise en place sous l’influence entre autres de groupes de pression « biologico – écologiques », est en particulier volontairement légère sur ces aspects sous prétexte que ces matières sont connues et naturelles.

Certes on me rétorquera qu’il y a une liste de produits connus et inoffensifs, que les « biopesticides » se dégradent rapidement sous l’effet de la lumière et qu’ils ont une persistance d’action limitée… qui d’ailleurs pose des problèmes d’efficacité sur le parasite à détruire… bref la porte est ouverte pour un intérêt qui a priori semble limité.

Biopesticides : alternative à la lutte chimique ?

De Casablanca à Essaouira par la route côtière

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