Le printemps est arrivé très rapidement et surtout très franchement cette année, après un hiver qui lui, au contraire, a pris son temps pour s’installer tardivement et vigoureusement 1ère quinzaine de février (-10,5°C à Fontaine le 12 février). Dès le 20 février les températures minimales sont remontées au dessus de zéro et l’on a pu noter des maxi remarquables : 14 °C les 29 février et 1er mars, 16°C les 12 et 14 mars et enfin le top : 20°C le 15 mars.

Printemps dans l’Avesnois

 Ce début de printemps radieux m’a permis de découvrir entre le 7 et le 10 mars une très jolie région que je ne connaissais pas : la Thiérache et plus particulièrement l’Avesnois, région de bocage et d’élevage, de forêts de vallons, une région de nature dotée d’une riche biodiversité.

 L’Avesnois qui constitue le sud du département du Nord fait partie d’un ensemble plus important : la grande Thiérache, région à cheval sur la France et la Belgique (provinces du Hainaut et de Namur). c’est une région qui géologiquement est rattachée aux contreforts ouest du massif Ardennais, aux sols argileux et assez imperméables.  Sur le plan climatique c’est une région humide ressemblant assez au climat Normand, la densité du réseau hydrologique l’attestant.

Ferme dans la vallée de l'Helpe à l'extrêmité du lac du Valjoly.
Présence d'un groupe de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) au repos

C’est logiquement que cette région de forêts et de prairies est restée tournée vers l’élevage laitier, qui tout comme la Normandie fournissait Paris en beurre, le surplus étant transformé en fromage. Ici ce n’est pas du Camembert mais du Maroilles qu’il s’agit, réputé pour son odeur tenace qui n’a d’égal que l’élégance et la finesse de son goût.

Habitat et architecture en Thiérache

L’habitat est dispersé et les maisons traditionnelles sont de belle facture, construites en jolies briques avec d’élégantes insertions en pierres de taille entourant le plus souvent portes et fenêtres. Le tout surmonté d’un toit en ardoises. La pierre est soit foncée en provenance du Hainaut (pierre bleue des Ardennes), soit blanche en provenance de Champagne.
 
Poste de Chimay (Belgique), en briques et pierre bleue des Ardennes

Eppe Sauvage - Village et église vus de l'Helpe

Avesne sur Helpe - Centre ville

Le Perce-neige (Galanthus nivalis)

Touffes de Perce-neige au bord de l'Helpe majeure à Eppe-Sauvage

 C’est dans la vallée de l’Helpe majeure, un peu en amont d’Avesne sur Helpe, non loin de la Belgique et de la petite ville de Chimay célèbre pour sa savoureuse bière d’abbaye, que j’ai découvert mes premières Perce -neige « sauvages ». Des tapis de ces jolies plantes à fleur blanches de la famille des narcisses et autres jonquilles, les premières à sortir après l’hiver. Elles couvraient les bords de la rivière en touffes très denses à Eppe-Sauvage… ça ne s’invente pas  !

 L’origine du nom Perce-neige vient du grec (gala), lait et (anthos), fleur. La fleur est composée de 3 sépales blancs, une fois et demie plus longs que les 3 pétales également blancs mais échancrés au sommet et présentant en dehors une tache verte en forme de croissant et en dedans des stries vertes longitudinales du plus bel effet. 6 étamines jaunes sont insérées au niveau de l’ovaire cachée par les sépales et  pétales soudés à leur base.  
 La ou le Perce-neige (Galanthus nivalis) est une plante vivace a bulbe de la famille des Amaryllidacées dont la particularité est de fleurir très précocément à la fin de l’hiver en février ou mars. C’est une plante qui a une aire de répartition assez étendue mais peu fréquente. Déjà Gaston Bonnier dans sa « Grande flore » de 1911 la considérait comme assez rare ou rare, poussant ça et là.
 

Prairies humides et ombragées en bordure de l'Helpe majeure

L’Helpe

 L’helpe majeure prend sa source au sud de la forêt de Trelon, suit la frontière belge en direction du nord puis oblique à l’ouest vers Eppe-Sauvage, forme le lac de Val Joly (retenue par un barrage EDF) pour serpenter ensuite dans un cadre magnifique, traverser Avesne sur Helpe et se jeter enfin dans la Sambre à Noyelles sur Sambre juste au nord de Maroilles.

 
Vallée de l’Helpe majeure en aval de Eppe -Sauvage juste avant le lac du Val Joly.
Présence de deux Aigrettes blanches (Egretta alba), se nourrissant ici vraisemblablement de petits rongeurs, mais également d’insectes aquatiques , batraciens et petits poissons.

 Quant à l’Helpe mineure, elle prend sa source à Ohain, non loin de celle de l’Helpe majeure, part tout de suite vers l’ouest, passe à Fourmies, Etroeung puis Maroilles ou elle se jette dans la Sambre. La Sambre est un affluent de la Meuse , qui après être passée à Charleroi se jette dans cette dernière à Namur en Belgique.

Avec Théophile GAUTIER, célébrons le printemps

Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neige
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit :  » Printemps, tu peux venir ! « 

Emaux et Camées – 1852 
(Recueil de 37 poèmes octosyllabiques, dernière édition en 1872).

Théophile Gautier (1811-1872)

Romantique (ah la perversité de l’homme face à la généreuse et innocente nature) et un peu convenu certes, mais joliment écrit tout de même…!