Cette prospective fait l’objet de 3 billets successifs :

(1) UNE DEMANDE ALIMENTAIRE MONDIALE IMPORTANTE A SATISFAIRE D’ICI 2050

(2) L’AGRO-INDUSTRIE UN SECTEUR EXCEDENTAIRE VITAL POUR L’ECONOMIE FRANCAISE

(3) Mais… LES PERFORMANCES DE LA CEREALICULTURE FRANCAISE DECLINENT

Ces réflexions sont le fruit d’un groupe de travail « Prospectives » de l’association d’Agronomes Interactif. Elles font suite suite aux interrogations de ses membres sur la place de l’Agriculture Française et sa capacité à nourrir les 2 milliards d’habitants supplémentaires qui peupleront la planète à l’horizon 2050.

2. L’AGRO-INDUSTRIE, UN SECTEUR EXCEDENTAIRE VITAL POUR L’ECONOMIE FRANCAISE

A une époque où l’on redécouvre que les grandes puissances agricoles de la planète sont également de grandes puissances politiques et que l’agriculture et l’alimentation redeviennent des marqueurs de la puissance  d’une économie, il nous est apparu intéressant d’examiner de plus près la situation de l’agriculture et de la céréaliculture en France.

Le déficit record de notre balance commerciale en 2011 : un indicateur de la perte de notre compétitivité

La France a enregistré, dans l’indifférence générale ou presque, un déficit commercial de 70 milliards € en 2011, soit un impact négatif sur la croissance du PIB de 0.3 points. C’est un triste « record » historique qui révèle la situation actuelle et brûlante de notre baisse de compétitivité (notamment au niveau des produits industriels et l’automobile).

La facture énergétique explique en partie ce déficit mais pas uniquement (dans le même temps l’Allemagne avec une facture énergétique encore plus importante présente un excédent commercial de 160 milliards d’€).

Cette situation n’est pas conjoncturelle (en comparaison de ces quelque 70 milliards d’euros de déficit, le dernier excédent en date, celui de 2002, paraît bien maigre : il ne s’élevait qu’à 3,5 milliards). La situation française est bien structurelle : la part de la France dans le commerce mondial est passée de 6,2% en 1990 à 3,3% en 2011.

NB : On reproche souvent au solde de la balance commerciale d’être un indicateur grossier et on lui préfère celui du « taux de couverture ». Voir ici quelques explications complémentaires :

Historique de la balance commerciale de la France.

site statistiques de la Direction Générale des Douanes : Le chiffre du commerce extérieur

La céréaliculture : une des rares activités excédentaires de la balance commerciale française.

Le secteur agroalimentaire représente en 2011 le second excédent
commercial (11,6 milliards d’€) après le secteur aéronautique (17,5 milliards d’euros), mais loin devant la parfumerie cosmétique (8,3 milliards d’euros) et les produits pharmaceutiques (1,8 milliard d’euros).

 Aujourd’hui les exportations agroalimentaires françaises (réalisées par 400.000 petites entreprises – je ne pense pas qu’elles soient répertoriées parmi les PME françaises) représentent  deux fois la valeur des exportations automobiles (réalisées par 2 grands groupes français dont l’un – actualité oblige – est en très mauvaise posture).

Toutefois, le taux de couverture des échanges de produits agroalimentaires (rapport entre les exportations et les importations) ne fait que retrouver le niveau antérieur à 2006, après une forte dégradation en 2008 et 2009.

Sur ce solde positif de 11.6 milliards d’€, les céréales représentaient à elles seules 7,3 milliards d’€ en 2011. Ce chiffre record étant exclusivement dû a une augmentation du prix des céréales.

Plus de 50% de la production de céréales françaises est exportée, en priorité vers les pays tiers pour le blé et vers l’UE pour le maïs.

Source statistique FranceAgrimer : Panorama des échanges extérieurs
du secteur agroalimentaire en 2011

Conclusions :

1. Il est VITAL pour l’économie française de garder son rang de grande puissance agricole.

 C’est à cette seule condition que la production agricole française participera, s’il le faut, à l’alimentation des régions et des pays déficitaires.

2. De fortes positions concurrentielles se développent :

  • De grandes puissances agricoles apparaissent : Chine, Inde et plus récemment le Brésil avec de fortes ambitions exportatrices.
  • Plus près de nous, les pays de la Mer Noire (Russie, Ukraine et Kazakhstan) visent à terme 25 % des exportations mondiales de blé contre 10 % aujourd’hui.

3. Cependant la céréaliculture française présente des atouts indéniables :

  • une régularité de la production supérieure aux grands pays producteurs (climat tempéré et sols favorables à la production)
  • un savoir faire de haut niveau
  • une production aux portes de l’Afrique, région la plus nécessiteuse

Et pendant ce temps :

Il est tout simplement hallucinant de voir nos deux gouvernements successifs faire fi de ces indicateurs économiques, prendre des décisions politiques (de Juppé jusqu’à Lemaire contre les OGM, Gaymard avec l’interdiction du Régent et aujourd’hui Le Foll avec l’interdiction du Cruiser), mettre en place des réglementations, non fondées ni sur le plan scientifique, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan d’une plus grande sécurité sanitaire de la population.

Cette acceptation par nos politiques d’une idéologie dominante ayant gravement et sournoisement manipulé l’opinion publique contribue tout simplement à entamer encore un peu plus la compétitivité du secteur agroalimentaire et la production agricole en particulier.

Prochain billet : (3) Mais… LES PERFORMANCES DE LA CEREALICULTURE FRANCAISE DECLINENT

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