Grand amateur de biographies et d’autobiographies, j’ai littéralement été captivé par « Le grand Coeur« , le dernier roman de Jean Christophe Rufin. Un livre qui m’a été offert pour mes 65 ans, dignement fêtés récemment, par ma belle famille dont la réputation de dénicheurs de bons bouquins n’est plus à faire…

Un dépaysement total puisque sa lecture s’est effectuée entre Marrakech, Essaouira, l’Atlas et l’Anti Atlas Marocains.

 Ce roman est une histoire de la vie de Jacques Coeur, fils d’un pelletier de Bourges, quittant le Berry pour l’Orient… Il en revient pour rencontrer le roi Charles VII et rétablir l’économie en France après la guerre de Cent ans et le départ des Anglais. Cette première rencontre avec le roi Charles VII est l’occasion d’une analyse géopolitique du monde de l’époque. Même si aujourd’hui l’Orient est « Extrême », les similitudes avec l’Orient « Moyen » de l’époque sont loin d’être négligeables. C’est l’époque ou cet orient  était riche et savant, ce qu’avait capté rapidement Jacques Coeur, à l’inverse des précédents chevaliers des croisades qui allaient vers cette destination pour prendre mais sans apprendre.

Portrait de Jacques Coeur

Dessin du Palais de Jacques Coeur à Bourges

Ce roman est une ode à l’optimisme et à l’esprit d’entreprise.

Jacques Coeur avait appris et hérité de son beau père le statut de monnayeur. Une « mésaventure » dans le cadre de cette activité est d’ailleurs à l’origine de ce départ pour l’Orient. L’occasion pour l’auteur d’une réflexion sur cette vieille profession qui n’est pas sans rappeler la situation financière actuelle, pour ne pas dire la crise, de nos pays : Le monnayeur (le banquier ou les financiers d’aujourd’hui) prend la responsabilité d’une faute collective en partageant les bénéfices de sa fraude (le sous titrage des pièces qu’il fondait), avec ceux qui avaient le pouvoir de le condamner (les grands de ce monde d’hier – le roi à l’époque – et d’aujourd’hui).

Charles VII peint par Jean Fouquet

Le grand coeur est aussi une façon de revisiter l’histoire de l’époque de Jeanne d’Arc : Charles VII régnait sur le Berry de Bourges jusqu’au Languedoc. L’Anglais occupait tout le Nord ouest Rouen et Paris, alors que le duc de Bourgogne régnait en maître sur les territoires de l’Est de la France.
 La proximité avec le roi Charles VII fut aussi pour Jacques Coeur l’opportunité d’approcher Agnès Sorel, première favorite royale officielle de l’histoire de France (auparavant les maîtresses royales étaient tenues plutôt à l’ombre). Grande consommatrice de soieries et autres produits d’Orient dont Jacques Coeur faisait commerce mais également en échange, protectrice des intérêts du marchand auprès du roi.

Portrait d’Agnès Sorel d’après Jean Fouquet, Château Royal de Loches.

Manoir de la Vigne d’Agnès Sorel, au Mesnil -sous -Jumièges.
Photographie : copyright Olivier Verley.

  A sa mort, à 28 ans après la naissance de son 4ème enfant, au Manoir de la vigne au Mesnil sous Jumiège en Normandie, l’histoire se retourne. Notre marchand, négociant, banquier et armateur est oublié par le roi, livré à l’avidité des courtisans, arrêté puis jugé…

Un petit coup d’oeil sur la bibliographie et le parcours de l’auteur, donne envie d’aller plus loin. Jean Christophe Rufin né à Bourges  en 1952 (ceci explique cela…) est médecin, historien et écrivain. Magnifique plume il reçoit, entre autres distinctions, le Prix Goncourt 2001 et le grand prix de l’Académie de Marine pour son roman Rouge Brésil. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Plus récemment il est élu membre de l’Académie Française en 2008, dont il est le plus jeune membre, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat. En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012…

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