Fin septembre 2012, après avoir effectué une mission de formation d’une semaine auprès de cadres Marocains de l’agriculture à Marrakech, départ vers Essaouira en car « Supratours », super-confortable, pour une rencontre de quelques jours avec la belle et mythique Mogador.

Le voyage s’effectue sous un ciel encore chargé des reliquats des premières pluies du jeudi 27. Pluies bienfaitrices et très attendues, suite à la sécheresse particulièrement importante de l’année 2012, mais également pour la réussite des semis imminents de céréales.

Comme souvent dans ces circonstances, on assiste à un reverdissement quasi instantané de la campagne, mais également au réveil d’oueds jusqu’alors asséchés, transportant en flux bouillonnants sédiments et alluvions jusqu’à la mer. Telle ne fut pas ma surprise en arrivant sur les hauteurs d’Essaouira de découvrir la plage avec une eau couleur chocolat, en lieu et place des reflets turquoise et bleu profonds habituels.

ESSAOUIRA, la belle Mogador

 La légende d’Essaouira s’est créée grâce à de nombreux acteurs. Théâtre de nombreux échanges entre grecs, phéniciens et carthaginois dès le VIè avant JC, les romains y créent une florissante exploitation de pourpre au 1er siècle avant JC.

La kasbah derrière les remparts, vue de la sqala du port

 Les portugais laissent de leur bref passage au début du XVIème siècle le nom de Mogdura qui deviendra Mogador pour les français. Un siècle plus tard, stimulée par les activités de nombreux commerçants juifs, elle devient « Souira » ou « petite forteresse » grâce au sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah qui fait appel à un architecte français Théodore Cornut pour édifier un port de commerce dès 1765. Un heureux détournement de la lettre « s » en arabe donne Essaouira qui signifie « bien dessinée ».
L’Araucaria est l’arbre emblématique de la ville d’Essaouira. Sa silhouette d’un vert sombre et soutenu se détache admirablement sur les remparts étincelants de la médina.L’Araucaria ou Pin de Norfolk — qui n’est pas un pin — (Araucaria heterophylla, synonyme Araucaria excelsa) est un conifère de la famille des Araucariacées. C’est une espèce endémique de l’île de Norfolk dans le Pacifique située entre l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Nouvelle Calédonie. J’avais déjà eu l’occasion d’admirer son port remarquable en Australie, dans l’île de Kangaroo island au sud d’Adélaïde. Sa tolérance pour le sel et le vent en fait un arbre adapté aux côtes où il ne gèle pas. Il se distingue de l’Araucaria du Chili (Araucaria araucana), qui porte des feuilles pointues et piquantes que l’on appelle « le désespoir des singes », ces animaux ne pouvant y grimper pour attraper leurs fruits.

Jeunes feuilles en fines écailles vert tendre d’Araucaria heterophylla

Fenêtres sur Essaouira

Un petit magazine très pratique sur Essaouira

La route d’Essaouira à Agadir rejoint la côte à Tamri, à une quarantaine de km d’Agadir. De nombreux spots de surf et des programmes immobiliers s’organisent sur le secteur. Néanmoins j’ai préféré la route côtière entre Casa, El Jadida, Safi et Essaouira, empruntée même rapidement l’année dernière à la même époque (voir ici le diaporama). 

Jolies vagues de l’atlantique propices au surf à Tamri

Taroudannt

Agadir se contourne par l’est. Taroudannnt est sur la route de Ouarzazate, avec maintenant une voie rapide qui démarre à Ait Mellal, passe par l’aéroport d’Agadir Al Massira et traverse la plaine agricole de l’oued Souss région de productions intensives d’agrumes et de tomates pour l’exportation et l’approvisionnement de l’Europe.

La porte Bab Essalsia, une des huit portes d’entrée dans la médina de Taroudannt

Patio du Riad Tafilag, avec son Chorisia speciosa (kapokier)

 
 Taroudannt que l’on appelle aussi la petite Marrakech est située à 80 km à l’est d’Agadir. Ses 8 km de magnifiques remparts ocre, rose et jaune n’ont en effet rien à envier à ceux de son aînée. J’ai logé dans le très joli Riad Tafilag au coeur de la Médina, L’accueil est particulièrement chaleureux et sympathique. La situation centrale du Riad permet d’être proche de toutes les curiosités et des beautés que recèle cette ville chargée d’histoire.

De Taroudant à Tafraout, sur la route des agadirs de l’anti-atlas Marocain

J’ai quitté Taroudannt en fin de matinée, la ville encore chargée des brumes du fond de la vallée du Souss (de l’air humide en provenance d’Agadir et de l’Atlantique), avant que le soleil ne vienne réchauffer la petite route très carossable filant vers le sud. On quitte assez rapidement la vallée du Souss pour rejoindre Igherm, la vallée des Ameln puis Tafraout. Tout ceci a travers des paysages époustouflants aux coloris aux coloris extraordinaires.

Nous quittons les cultures intensives sous serre de la plaine pour entrer dans la montagne, domaine du rocher, de l’arganier et de l’amandier omniprésents. Les pentes de ces imposantes montagnes sont très souvent, lorsque l’eau peut être captée ou récupérée, occupées par des terrasses dédiées à la culture des céréales, dont les murets en pierre façonnent des paysages de toute beauté. C’est ainsi que l’on découvre nombre de villages avec leur aire de battage et les fameux agadirs permettant de stocker le grain.

Les agadirs de l’anti-atlas marocain

On dénombre près de 500 agadirs ou igoudars ou ighrems dans le sud du Maroc.

Il en reste très peu en service.

Ces constructions sont considérées au Maroc comme les ancètres des banques. Les Agadirs servaient à entreposer la principale « richesse » de cette région qu’étaient les récoltes de céréales. Les familles venaient également  déposer dans ces « chambres » tout ce quelles avaient de précieux : bijoux, parchemins, testaments… Pour retirer tout ou partie de ces biens, il fallait s’adresser à un gardien connu et reconnu pour sa probité, lui seul possédait la clé de la porte d’accès à l’agadir. En cas de litige, fait rarissime, une commission d’anciens se réunissait pour résoudre le problème. Les agadirs sont construits avec les matériaux traditionnels, pisé, pierre et bois de palmiers. Les portes d’accès sont souvent superbes en bois scuplté, ornées et incrustées de fer et de cuivre.La sécurité de ces banques était assurée par des tours de surveillance aux quatre coins de l’édifice et bien souvent par une situation sur un promontoire leur permettant de surveiller les alentours. 
 

Les greniers collectifs au Maroc – Compte rendu de mission (1941 – 1942) par Dj. Jacques Meunié

Tafraout et la vallée des Ameln

Tafraout est située à 1000 m d’ altitude, entourée de monts hauts de 2500 m. Un oasis ? Pas tout à fait mais des palmiers, des oliviers et des amandiers et bien entendu les arganiers entourent la ville. Tafraout et la vallée des Ameln est le centre de la tribu des Berbères Chleuh, célèbres pour leur sens des affaires. Souvent ils s’activent loin de leur vallée jusqu’en Europe. Quand ils ont réussi dans le commerce, ils reviennent et se font construire de grandes et belles maisons…

Les fantasmagoriques rochers de la riche Tafraout

L’anti-atlas au dessus de la vallée des Ameln

Anciennes cultures en terrasses et arganiers sur les pentes de l’anti-atlas

Village perché à l’entrée de la vallée d’Ameln

Ecureuil terrestre Nord-Africain – Atlantoxerus getulus

La vallée d’Ameln au pied du rocher de la tête de lion

Spécimens de plantes succulentes du Sud Marocain et de l’anti-atlas

 Les succulentes accumulent eau et éléments minéraux dans les feuilles,  les tiges ou encore dans les racines.
C’est ce qui leur confère leur appellation de plantes « grasses », aux feuilles épaissies par la concentration des sucs. La transformation des feuilles en aiguillons ou la présence d’une couche cireuse comme chez les cactus leur permettent en plus d’éviter une trop forte déperdition d’eau, indispensable en climat chaud, sec et ensoleillé.

Voici deux exemples d’espèces endémiques du sud-ouest marocain, caractéristiques de l’arganeraie à euphorbes cactiformes, en relation quasi symbiotique avec l’arganier.

Euphorbes succulentes « surveillées » par un joli spécimen de figuier de barbarie (Opuntia ficus-barbarica)

Euphorbe de Beaumier et Kleinia anteuphorbium au pied d’un arganier victime de « désertification ».

Euphorbia officinarum L. subsp. officinarum

Synonyme : Euphorbia beaumierana Hooker fil. & Cosson

Le latex de ces euphorbes est vraisemblablement très riches en substances chimiques diverses (triterpènes, stéroïdes…)

Euphorbe de Beaumier (Euphorbia officinarum L. subsp officinarum)

 

 Kleinia anteuphorbium (L.) Haw.

Synonyme : Senecio anteuphorbium (L.) Sch. Bip.

LesKleinia sont des plantes de la famille des Asteraceaes (Composées). Son suc est irritant pour l’homme mais elle est néanmoins consommée par les chameaux.

Kleinia anteuphorbium au pied d’un arganier

Floraison de Kleinia anteuphorbium

Un excellent site bien illustré :

Biodiversité végétale du sud-ouest marocain

Diaporamas Sud Marocain

 De Taroudannt à Tafraout et l’anti-atlas marocain

 

Tafraout, la vallée des Ameln et la route de Aït-Baha

Advertisements