J’avais décidé de ne pas écrire sur l’inimaginable épisode Séralini et ses rats naturellement tuméfiés, avant que les principales agences nationales et internationales aient eu le temps de se prononcer sur la valeur scientifique de ce que j’avais perçu comme une étude douteuse. Ne serait-ce que par la façon dont elle a été médiatiquement propulsée avec sa suite (un livre et un film) dans le grand public.

Un scientifique honnête n’a pas besoin de photos alarmistes et anxiogènes pour relever le niveau des résultats de sa publication.

Bref c’est fait : toutes les grandes agences scientifiques PUBLIQUES françaises, européennes et internationales se sont prononcées : graves lacunes statistiques, méthodologiques, bibliographiques, résultats inexplicables, non scientifiquement valables, non élaboré conformément aux bonnes pratiques scientifiques en vigueur, conclusions abusives… je m’arrête : il serait possible de rédiger ici un long billet en mettant bout a bout tous les adjectifs employés.

Quelques réflexions néanmoins sur ce que je pense de cette farce médiatico-politique, qui laissera cependant des traces diverses dans l’opinion des uns et des autres.

Cet avatar scientifique et médiatique est salissant pour la Science, la France et les français.

Mon avis sur l’étude Séralini

(je ne déploierai pas d’argumentaire scientifique, celui ci l’ayant été bien mieux que je n’aurais pu le faire par de nombreux auteurs et experts dans le domaine)

Monsieur Séralini n’est pas uniquement comme on pourrait le croire un scientifique véreux qui aurait été tenté dans la présentation des résultats de son étude de « tordre » quelques chiffres pour mieux conforter ses thèses. C’eût été classique, petit et finalement « humain ».

La réalité est bien plus brutale : ce « chercheur » est un voyou. Il serait pourtant très facile de l’affubler d’autres noms d’oiseaux tant ses photos de rats illustrant sa publication sont RACOLEUSES.

 

Un voyou agissant avec préméditation dans l’unique but d’alimenter son idéologie.

Sa schizophrénie le conduit à ne plus s’apercevoir des impasses scientifiques et déontologiques dans lesquelles il se trouve.

Le CRIIGEN : voir ici

 Rats albinos « Sprague Dawley » connus pour développer naturellement des tumeurs même avec une alimentation conventionnelle (Photo jepoirrier – flickr)

 Mon avis sur la Communication de Séralini et du Criigen de Corinne Lepage

Le timing de la « Com » est parfaitement huilé et prémédité : Agence de communication, date de sortie de la publication scientifique savamment maîtrisée, juste avant la sortie d’un livre et simultanément d’un film sur le sujet.

Au départ, un dossier  hallucinant du Nouvel Observateur, une 1ère de couverture mensongère, le tout par un journaliste idéologiquement et déontologiquement corrompu dans la mesure où il a accepté de ne pas vérifier les informations auprès d’experts comme le lui a demandé l’agence du Criigen, en échange d’une exclusivité de l’info, d’un scoop pour le journal.

On imagine la réaction de ce même journaliste (Guillaume Malaurie) s’il avait reçu une proposition identique sur un tout autre sujet !

 

 Cette étude est de la pseudo-science (junk-science des anglo saxons) : science qui déforme les données scientifiques pour servir des intérêts idéologiques ou commerciaux en donnant une valeur scientifique à ce qui n’en a pas. Cette étude a d’autre part été financée par le Criigen l’officine d’écologie politique de Corinne Lepage qui est une organisation idéologiquement engagée contre les OGM et dont Mr Séralini est Président du conseil scientifique. Ce même Criigen récupère et gère des fonds dispensés, entre autres, par l’association Cérès rassemblant les grands de la grande distribution : Auchan et Carrefour, deux sociétés dont le marketing est construit autour de la promotion de produits sans OGM et de l’agriculture bio. Pour info Carrefour c’est 43 milliards d’€ au 1er semestre 2012 et Monsanto 11 milliards de $ pour toute l’année 2011!

Dans ces conditions il est indécent et hautement malhonnête que Séralini se déclare constamment exempt de conflits d’intérêts, tout en accusant les chercheurs publics, les experts et les agences d’être à la solde des multinationales et autres entreprises capitalistes !

Le constat des agences scientifiques est  accablant pour Séralini, mais il ne fait que confirmer les avis qui avaient déjà été portés sur ses publications antérieures. On peut seulement s’étonner qu’une revue  scientifique de niveau correct comme la Food and Chemical Toxicology ait pu accepter un tel document !!! Cette revue n’a d’ailleurs pas réagi aux analyses « parallèles » de la multitude de scientifiques internationaux. Elle valide par conséquent de facto leur verdict… et admet sa légèreté sur ce coup ?

Comme le dit l’AFBV dans son communiqué du 22 octobre 2012 : « Les doutes sont maintenant clairement levés par les avis rendus par l’ANSES et le HCB sur le maïs NK 603 » et « permettent au ministre de l’agriculture de rassurer les consommateurs. »

De même, un article  de Marc Menessier dans Le Figaro : «L’étude Séralini ne remet rien en cause», permet à Joël Guillemain expert à l’ANSES d’avertir : « Or l’étude de M. Séralini est scientifiquement irrecevable. Elle n’apporte rien et ne peut rien remettre en cause. Il est donc inconcevable que l’on puisse s’appuyer sur un travail d’aussi piètre qualité pour demander une évolution de la réglementation sur les OGM et les pesticides.

Las, aujourd’hui le politique n’a rien a f… des avis des experts et des agences qu’il a lui même contribué à mettre en place ! Ce qui compte c’est de maintenir le citoyen sous le couvercle de la peur, de s’assurer de sa santé et… de son vote au prochain scrutin.

Il suffit de lire le communiqué du ministère de l’agriculture ou d’écouter la déclaration du ministre Le Foll pour s’apercevoir que ce n’est pas l’innocuité du maïs NK 603 (tout comme celle du MON 810 d’ailleurs) qui l’intéresse, mais c’est leur interdiction pure et simple ce qui, traduit en langue de bois politiquement correcte donne : « enjeu plus large et révision des protocoles d’autorisation à l’échelle européenne ». Cela permet de gagner du temps et de faire monter d’un cran l’état anxiogène du « citoyen » sur un sujet mineur qui n’a rien a voir avec les véritables problèmes de notre société aujourd’hui.

Je constate malheureusement que nous sommes là dans des manoeuvres politiques qui me consternent. Le Lyssenkisme n’est pas mort. Cela fait deux fois que le pouvoir politique contraint ses agences (le HCB en janvier 2008 à propos du moratoire sur le MON 810 et l’ANSES aujourd’hui). La ficelle est cependant très grosse dans le cas présent, le rationnel ne suffira donc pas à redresser la pente sur laquelle notre système politique s’enfonce. Faudra-t-il attendre l’irrationnel ?

Bibliogtaphie

La publication :

Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize – Food & chemical toxicology

Analyses scientifiques sur la publication de Séralini

NK 603 – OGM, environnement et politique – Marcel Kuntz

Lacunes, résultats inexplicables : l’étude anti-OGM sur la sellette – J.F. Narbonne, toxicologue, membre de l’ANSES

Danger des OGM : l’étude qui invalide l’article de Séralini – Ph. Stoop, agronome atterré.

L’analyse que les relecteurs de Food and Chimical Toxicology auraient dû produire – Alain de Weck

Requiem pour trois rats morts prématurément – Alain de Weck

Étude OGM de Gilles-Éric Séralini : les avis des agences et académies – AFIS

Avis des Académies nationales d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire sur la publication récente de G.E. Séralini et al. sur la toxicité d’un OGM   –  19 octobre 2012

Étude du CRIIGEN sur le maïs NK 603 : Une bombe médiatique, et après ? (Conclusion provisoire) – Imposteurs

Le Nobs à l’avant-garde d’une formidable opération politico-médiatique Wackes Seppi – Imposteurs

L’indépendance (de l’expert) : « c’est d’abord se tenir à distance des
pouvoirs publics, des intérêts financiers et des engagements idéologiques. » – Mission Agrobioscience – Olivier Godard, directeur de recherche au Cnrs et enseignant en économie à l’Ecole Polytechnique

Les tenants de la précaution jouent sur la peur – Daniel Soulez-Larivière et Astrid Mignon-Colombet Avocats

Science et société : une bien étrange journée – Yann Kindo

OGM et pseudo sciences : un mauvais mélange – Contrepoints – Stéphane Montabert

Je persiste et signe – OGM, environnement et politique – Marcel Kuntz

Pourquoi faudrait-il soumettre les OGM à des tests d’innocuité de longue durée – Louis-Marie Houdebine – AFIS (ajouté le 9 nov. 2012)