Je m’aventure aujourd’hui dans un domaine que je ne connais pas. Une problématique qui a fait une irruption brutale et très médiatisée il y a encore peu de temps dans notre pays.

Je le fais, car je perçois trop bien les similitudes avec un sujet que je connais mieux, celui des biotechnologies. Je le fais car ces deux sujets me semblent parfaitement illustrer ce que j’appelle le « mal français ». Je le fais surtout parce que l’enjeu économique et sociétal de cette évolution potentielle me semble considérable.

Faire rimer écologie avec croissance et innovation technologique

   Nous sommes avec les gaz de schiste, comme dans le cas des OGM, devant une situation bloquée :

– d’un côté les opposants habituels au progrès, à la croissance, aux innovations technologiques…, je veux parler des quelques % d’idéologues de l’écologie politique qui manipulent notre société et ses politiques pour, coûte que coûte, prendre le pouvoir…

– de l’autre les partenaires du tissu industriel français d’aujourd’hui qui voient dans cette opportunité une véritable possibilité pour la France de renouer avec croissance, reprise industrielle et emploi (1)

– entre les deux, il y a cependant, et il faut s’en réjouir, de plus en plus de personnes qui voient dans l’écologie non pas un combat, mais une possibilité de faire évoluer positivement nos sociétés en faisant rimer écologie avec croissance et innovation technologique.

Plateforme de forage horizontal de Chief Oil & Gas dans les Appalaches.

Le gaz de schiste : une formidable opportunité écologique pour résoudre le problème de la transition énergétique

 Tout indique que dans les trente prochaines années et selon la dernière étude « L’approvisionnement énergétique de la planète à l’horizon 2035 – Coe Rexecode » –  juin 2012, la demande énergétique augmentera, dans le monde de plus de 50 %. Soit, mais le principal enseignement de l’étude est que le mix énergétique va rester relativement stable et le monde continuera à s’approvisionner en énergies fossiles

Parc éolien de Fécamp (76)

Derrick et plateforme de forage d’un puits de gaz de schiste à Marcellus (Pennsylvanie, États-Unis).

 Ce n’est pas une provocation mais bien une réalité  ancrée dans la réalité de tous les jours. On voit bien que nous avons du mal à financer la mise en place prématurée de nos énergies renouvelables. En effet, il me paraît évident que l’on ne passe pas du jour au lendemain d’un système dominé par les énergies fossiles à un système tout énergies renouvelables. De même, on ne se passe pas d’un investissement considérable  comme celui de l’énergie nucléaire, reconnu comme nous permettant de limiter largement notre facture énergétique, d’un coup de baguette magique ! Dans ce contexte  la solution gaz de schiste apparait comme une formidable opportunité de transition entre le tout énergie fossile et le tout énergie renouvelable :

– Au niveau mondial, elle permet de s’affranchir du charbon qui est beaucoup plus polluant.

Au niveau français, elle constitue une solution d’ajustement qui pourrait permettre de financer et d’envisager de façon technique  et économiquement rentable le passage du nucléaire potentiellement plus dangereux à des énergies renouvelables aujourd’hui plus aléatoires en terme de production dans le temps.

Le gaz de schiste : une formidable opportunité de produire français :

 L’enjeu lié à l’énergie et à ce que pourrait apporter dans la balance commerciale française l’exploitation des gaz de schistes aujourd’hui est crucial, et ceci au même titre que ce qu’apporte aujourd’hui notre secteur agricole et agroalimentaire (2)

 1. Le déficit de notre balance commerciale ne cesse de plonger depuis le début des années 2000 et d’alimenter notre abyssal déficit budgétaire qu’il faudra bien financer un jour2. La part du coût de l’énergie dans ce déficit est considérable puisqu’en 2011 elle représentait 55 milliards d’€ pour un déficit total de 70 milliards d’€.

 3. Un rapport conjoint du Ministère de l’économie et du Ministère des finances (février 2012) indique, avec beaucoup de précautions, que ce déficit de notre balance commerciale pourrait tous les ans être réduit d’environ 5 milliards d’€ avec les gaz de schistes.    

 4. Le récent « Rapport Louis Gallois » p 25 mentionne également dans la cinquième proposition de son « Pacte pour l’amélioration de la compétitivité de l’industrie française » de « mener des recherches sur l’exploitation des gaz de schistes », tout en précisant que : « L’exploitation du gaz de schiste soutient l’amorce de ré-industrialisation constatée aux États-Unis (le gaz y est désormais 2 fois et demi moins cher qu’en Europe) et réduit la pression sur sa balance commerciale de manière très significative.

A ce niveau, il me faut revenir sur cette constante qu’est le « mal français », la « french disease » comme dit l’économiste Philippe Chalmin (voir ci-dessous).

Il est consternant de voir l’écart qu’il peut y avoir entre le contenu du rapport sur les hydrocarbures de roche mère en France, cité plus haut, et le traitement médiatico-politique du sujet.

Un rapport dont on ne peut contester ni la compétence des auteurs, ni leur objectivité, mais au contraire admirer le souci de balayer touts les volets de la problématique qu’elle soit économique, sociétale ou environnementale.

Je recommande vivement la lecture de ce rapport à ceux qui s’intéressent au sujet et qui veulent l’appréhender en connaissance de cause.

Comme le recommande également Louis Gallois, plutôt que de fermer la porte à la technologie comme l’a récemment fait le politique en refusant la fracturation hydraulique, il serait hautement profitable d’aller plus loin dans l’évaluation plus précise des réserves exploitables et l’amélioration des techniques actuelles d’exploitation.

  C’est en ce sens que la comparaison avec la situation bloquée des biotechnologies prend tout son sens :

 Philippe Chalmin

Economiste, professeur à l’université de Paris-Dauphine

Ces deux technologie nouvelles – OGM et gaz de schistes – « sont devenues les otages faciles d’une démagogie environnementale à laquelle en France ni la gauche ni la droite n’ont su résister »

Gaz de schiste, la « French disease » – Le Figaro du 9 novembre 2012

 Michel Rocard

« Quand on sait que le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique sans dégâts sur place, on s’interroge ». Or la France est bénie des dieux. Pour l’Europe elle serait au gaz de schiste ce que le Qatar est au pétrole. Peut-on s’en priver ? Je ne le crois pas. »

Michel Rocard : « Avec le gaz de schiste, la France est bénie des dieux » – Le Monde du 11 novembre 2012

Note du 13/11/2012 : J’avais hésité à faire apparaître la déclaration de Michel Rocard, ci dessus, me souvenant d’autres déclarations notamment à propos du réchauffement climatique et des gaz de serre… Il semble bien que notre vénérable ex ministre ait là encore confondu forage horizontal (ce qui est le cas à Lacq) et fracturation hydraulique (ce qui n’est pas le cas). Néanmoins l’intérêt de sa déclaration est de nous remettre en mémoire l’épopée du gaz de Lacq qui était à l’époque un élément permettant d’accéder à notre indépendance énergétique. Mais surtout, a permis d’avancer sur un plan technologique : désulfuration du gaz (260 milliards de m3, soit 6 fois la consommation annuelle de la France) et de réussir pour la 1ère fois en France un forage horizontal… sans atteinte particulière à l’environnement.

Monsieur Hollande n’ayez pas peur des gaz de schiste – C. Allègre – Le Point 05/07/2012

Interdiction du gaz de schiste ? – Vincent Bénard – Contrepoints – 18/04/2011

Un chef d’oeuvre de vulgarisation (ajouté le 12 décembre 2012) : Les gaz de schiste – Ou comment les écolos veulent forcer certains gouvernements à se tirer une balle dans le pied – Climat de terreur – 8 /12/ 2012

Ajouté le 30 11 2012 : Précisions de mon ami Jean Paul :

Pour le gaz de schiste – aussi un de mes sujets favoris – tu regarderas peut-être avec intérêt la vidéo suivante, du MIT

http://www.technologyreview.com/video/415744/drilling-for-shale-gas/

J’ai discuté récemment avec un chimiste de l’IFP, en lui demandant de m’éclairer car on n’arrive jamais à savoir ce que sont ces fameux « produits chimiques » utilisés lors de la fracturation. Ces mythiques et damnés « produits chimiques »sont  diabolisés par tout le monde ou presque (la chimie n’a vraiment plus le vent en poupe). En fait, sans connaître « d’insider » réellement au parfum, il n’est pratiquement pas possible d’avoir un accès objectif à la technologie du gaz de schiste. Curieux, pour une technologie pourtant largement pratiquée. Il y aurait donc bien quelque chose à cacher ?

 Pour les produits chimiques utilisés, il s’agit en fait d’un mélange d’acide sulfurique et d’acide fluorhydrique (HF). Ce dernier est gazeux, mais est très soluble dans l’eau. Il faut des acides très forts (l’eau régale, par exemple, ne acier), de diamètrsuffit pas) pour attaquer les oxydes (de Si entre autres) dans lesquels sont piégées les microbulles de gaz. La fracturation elle-même n’est qu’une première étape pour démarrer avec une surface de contact acide-roche la plus grande possible. Ensuite, l’affaire devient purement chimique, et c’est là toute – et la seule – différence avec un forage conventionnel.

 Le film du MIT n’illustre ni plus ni moins que le procédé standard, connu depuis des lustres, y compris « de mon temps » – mis à part le forage dirigé, horizontal dans le cas présent, mené à la turbo foreuse guidée. Pour faire simple, on fore, puis on descend progressivement un casing (= des tubes en acier), de diamètre de plus en plus petit jusqu’à environ 15 centimètres), on cémente (pour ne pas brinqueballer  et l’arrimer aux parois, bien inégales) pour consolider (ciment Dow-Schlumberger par exemple), on envoie des charges creuses pour faire des trous d’environ 1 pouce de diamètre (Schlumberger, depuis 1950, rien que du très classique), on attend que le pétrole coule à travers les trous. Le pétrole ou le gaz se rassemble naturellement  en passant à travers les trous du casing, par simple phénomène de dynamique des fluides : le tout, qui a la structure d’une éponge où tout communique, est sous forte pression, et le fluide va là où il peut passer plus facilement – c’est-à-dire par les perforations. Si on ne mettait pas un tube en place (et si perforait pas), le bazar s’effondrerait rapidement. D’ailleurs, régulièrement, les tours se bouchent, et le puits devient moins productif.  On re-perfore alors, et on est reparti. Pour mémoire, la pression en-bas est en général de 200 bars et la température de 130 degrés C, typiquement.

  Pour le gaz de schiste, on embraye ensuite dans une injection de sable pour garder les trous « ouverts », et ensuite (et là s’arrête en fait la vidéo) on s’engage dans un processus purement chimique, la seule originalité (mais de taille) du processus : on « lave » (comme dans n’importe quel processus chimique, = comme un drain) en permanence par une circulation d’eau et d’acide qui « progresse » de bulle à bulle en détruisant chimiquement les « parois » qui isolent une bulle de sa voisine – la représentation d’une roche à gaz de schiste est celle d’une éponge dont les pores ne communiquent pas entre elles (alors qu’elles communiquent dans le cas « conventionnel »).

 L’eau qui circule est évidemment chargée des bulles « libérées » ( c’est du CH4 pas réactif), et séparée en surface dans une simple chambre de détente (= un dégazeur classique). Les fuites ne sont pas du tout supérieures à celles observées sur un gisement conventionnel, et on perd environ 4% dans le processus, dont une bonne partie dans les feeders (= les pipelines pour du gaz) eux-mêmes. Oui, le méthane est à effet de serre (72 fois l’effet de serre du CO2 ) ,mais il se décompose en haute atmosphère sous l’action des UV, et disparaît au bout d’un certain temps (qu’on ne connaît pas, mais supposé de quelques années). Signalons au passage que le principal émetteur de méthane reste effeccependant le cheptel des ruminants, qui, du fait de leur digestion en deux temps (bonnet puis panse), émettent quantité de CH4 par flatulence.

 La plupart des minerais « difficiles » comme l’uranium, les terres rares, l’oxyde de Chrome, de Nickel, etc… sont traités par des procédés acides. À la fin, il reste toujours un « acide sludge » dont on ne sait que faire – et il est effectivement désastreux pour l’environnement. Jusqu’ici, on l’enfouissait bêtement (peut-être encore maintenant, car il n’ya pas de traitement pour un tel déchet dit « ultime » ?), et beaucoup moins profondément (du côté de Fleury-sur-Andelle, quelques mètres de profondeur seulement, avec la bénédiction bienveillante des services de l’État) que ne le sont les sludges issus du gaz de schiste. Pour le gaz de schiste, le sludge resterait  donc en bas, au moins en partie (plus de 95%), bien enfoui, cette fois-ci. En toute logique, le tout s’écrase au bout d’un certain temps (la terre étant macroscopiquement visqueuse – voir les galeries de mines qui s’effondrent au bout de quelques années, même dans le granite), et basta. Notons que dans le cas des sludges acides provenant des oxydes d’uranium extraits du Massif Central, ces sludges ont simplement été abandonnés sur place, et ont transformé certains paysages en paysages lunaires. Il paraît, dit-on, qu’on « réhabilite ».

 Enfin, ce que le film ne dit pas, c’est que, comme on a affaire à des microbulles (typiquement de quelques millimètres de diamètre), il en faut des milliards pour faire sens et donc un processus chimique permanent . Donc, à partir d’un forage vertical, on fait toute une série de forages déviés horizontaux, en étoile. Il faut une « nappe » la plus grande possible. Souvent, on a une série de puits juxtaposés, et on attaque des nappes de dizaines de miles carrés. Autrement, cela n’a pas de sens… Par contre, l’eau utilisée circule, et est souvent prise dans les aquifères traversés (chargée en sel, évidemment). On n’a donc pas nécessairement besoin des gigantesques quantités d’eau revendiquées, sauf peut-être au démarrage. Les casings sont évidemment en inox spécialement résistant aux acides forts.

 Ah le gaz de schiste… On ne veut même pas savoir, chez nous, si on en a. Et l’on fantasme sans savoir.

 Bonne journée !

 jp

PS : inutile de préciser que personne ne s’est jusqu’ici inquiété des perforations effectuées sur un forage classique. Au niveau de la terre, c’est du pipi de chat. Mais quand on fait ce type de perforation pour du gaz » de schiste, et qu’on l’ appelle « fracturation », alors on voit des tremblements de terre. Si c’était le cas, il faudrait aussi arrêter toutes les autres opérations où l’on perfore à la charge creuse ( grandes comme une balle de fusil un peu plus grosses), comme les forages pour trouver des eaux thermales, les forages géothermiques, et tous – littéralement tous – les forages pétroliers et de gaz. Et l’on irait tous à pied et à cheval. Comme le voudrait tout bon écologiste avec son sac à omertas en poche.