Dans un billet précédent je m’étais ému de la publication tapageuse de G.E. Séralini concernant les effets soit disant cancérigènes  du maïs NK 603. Voir mon billet : La scélérate étude de Séralini et ses rats : On ouvre les yeux ?

Tout est maintenant parfaitement clair, au plus haut niveau des instances scientifiques et des agences françaises et européennes mises en place par les états pour mesurer le risque lié à l’utilisation des PGM (plantes génétiquement modifiées). Toutes ont rendu leurs avis et le dernier en date, celui de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) est sans aucune ambiguïté.

Les conclusions définitives de l’EFSA

Dans son examen final publié dans un communiqué du 26 novembre 2012 , l’Efsa a confirmé son analyse initiale (ici) selon laquelle les conclusions des auteurs ne pouvaient pas être considérées comme étant scientifiquement fondées… :

« Les lacunes importantes constatées dans la conception et la méthodologie d’un article rédigé par Séralini et al. impliquent que les normes scientifiques acceptables n’ont pas été respectées et, par conséquent, qu’un réexamen des évaluations précédentes de la sécurité du maïs génétiquement modifié NK603 n’est pas justifié. Ce sont les conclusions des évaluations distinctes et indépendantes réalisées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et six États membres de l’UE à la suite de la publication de l’article par Séralini et al. dans la revue Food and Chemical Toxicology le 19 septembre 2012. »

Les six états membres en question sont : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France (Anses), l’Italie et les Pays-Bas.

Le communiqué de l’Efsa précise également : « Dans leur document intitulé – Réponse aux critiques -, Séralini et al. ont déclaré que la taille de l’échantillon de leurs groupes de traitement était trop petite pour pouvoir tirer des conclusions concernant la carcinogénicité à long terme et la mortalité. L’EFSA note que cette déclaration de la part des auteurs est incompatible avec les conclusions générales qu’ils ont tirées dans leur article concernant les tumeurs et la mortalité. »

Plus globalement l’Efsa constate que : « il existe un consensus sur le fait que les conclusions de Séralini et al. ne sont pas étayées par les données contenues dans l’article publié. »

On ne peut être plus clair !

La directrice de l’Efsa précise

Entre temps  et à l’occasion du 10ème anniversaire de l’agence européenne, Catherine Geslain-Lanéelle s’est clairement et posément expliquée dans une interview réalisée par Marc Menessier pour Le Figaro : « Pas de risque sanitaire avec les OGM autorisés en Europe ».

Morceaux choisis :

  • A l’attention des groupes de pression idéologiquement orientés : « Si nous sommes parvenus, il y a une quinzaine d’années, à évincer les industriels des comités d’évaluation, ce n’est pas pour que des ONG engagées dans la lutte contre les plantes génétiquement modifiées ou les pesticides et qui ont, de ce fait, des intérêts particuliers à défendre, prennent leur place ! »
  • A l’attention de Séralini qui « exige » la communication de toutes les données, sans vouloir communiquer les siennes : « Depuis plusieurs années, la procédure européenne nous oblige à mettre à la disposition du public tous les éléments que nous utilisons pour rendre nos avis, y compris les échanges de mails et de courriers. Dans le cas des OGM, seule la séquence génétique est couverte par le secret industriel, le reste est en accès libre! Quand l’équipe du Pr Gilles-Éric Séralini nous a demandé le dossier d’évaluation du maïs NK603, nous le lui avons transmis intégralement, comme aux six autres personnes et organisations, dont Greenpeace, qui l’avaient fait avant lui. Il s’agit d’un faux débat ».
  • A l’attention du Ministre qui « exige » une remise a plat des procédures européennes d’évaluation des OGM :     « …Ce n’est pas de la science médiocre qui peut nous inciter à revoir notre façon de travailler !… »
  • A l’attention de la presse qui trompe ses lecteurs : « …Il est aussi faux de dire que tous les OGM sont sans danger que d’affirmer qu’ils sont des poisons, comme l’a titré récemment un magazine français. Je peux simplement certifier que les OGM autorisés à la commercialisation en Europe ne présentent pas de risques… ». A ce propos force est de constater que, lors d’une fort intéressante audition à l’Assemblée nationale organisée par l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques) où l’ensemble des protagonistes de l’affaire Séralini étaient réunis sous la Présidence du non moins excellent Jean Yves Le Déaut, Guillaume Malaurie, le journaliste idéologiquement corrompu du Nouvel Observateur, n’avait pas jugé utile de se présenter. On voit donc avec quel brio cet individu assume. Même Joffrin n’a pas bronché.  Tout est dit !

Elsevier, l’éditeur de la revue scientifique Food and Chemical Toxicology en passe de retirer la publication de Seralini.

  • La revue qui s’était jusqu’ici très peu exprimée a néanmoins inséré depuis le 6 novembre, sur son site et sous les références de l’étude, une quinzaine de « lettre à l’éditeur » et de réactions de scientifiques médusés par cette situation : (a lire ici). Il me semble que c’est un signe qui ne trompe pas.
  • Le 30 novembre, un article de NewsDaily titrait : « Science journal urged to retract Monsanto GM study » – La revue scientifique a fort envie de retirer l’étude sur l’OGM de Monsanto – sous la pression d’un nombre important de scientifiques. Plus de 700 d’entre eux ont d’ailleurs signé une pétition en ligne : « Dr. Seralini – Please release data from your biotech corn study ». Un pétionnaire d’envergure, le directeur général du centre de recherche agronomique de Rothamsted (centre où j’ai rencontré de nombreux chercheurs au début de ma vie professionnelle) Maurice Moloney, a d’ailleurs adressé une lettre au rédacteur en chef de la revue Bryan Delaney, déclarant qu’il était « consternant que ces travaux puissent apparaître dans une prestigieuse revue comme Elsevier »no more comments !

Tout ceci met  en exergue  » un cas de défaillance dangereux du système de revue par les pairs, qui menace la crédibilité non seulement de la revue, mais de la méthode scientifique dans son ensemble », comme le souligne le professeur Marc von Montagu.

On peut rêver…?

Cette affaire Séralini est une dérive  de la science comme il y en a toujours eu et je considère que finalement ce n’est pas en soi très grave si le cas est isolé et reste lié à un individu égaré.

Par contre ce qui me semble beaucoup plus douteux et fondamentalement beaucoup plus inquiétant, c’est le comportement des instances politiques qui couvrent  ce genre de malversations, pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas ici.

J’aimerai revenir sur la  fort intéressante audition à l’Assemblée nationale organisée par l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques) dont j’ai déjà, parlé plus haut.

Dans son discours introductif, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a botté en touche. « Les OGM sont un vieux débat et l’arbitrage est loin d’être fait, car il y a trop de doutes. […] Mais ils ne représentent pas la vraie solution, il faut ouvrir d’autres perspectives avec l’agroécologie, et développer d’autres modèles. Il faut avoir une vision plus systémique ». Et de poursuivre, plus vindicatif, pour justifier son « opposition aux Ogm » : « Ça ne m’intéresse pas d’avoir des champs de maïs, les uns derrière les autres, et une fois que j’ai utilisé mon herbicide, j’ai mon maïs et je n’ai plus rien autour »

Ce en quoi Christophe Terrain président de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) lui rétorque dans une lettre ouverte, argumentée et responsable, que les maïs ne sont pas des Ogm et que tous les maïs Ogm ne sont pas résistants aux herbicides… – a lire absolument- !

Il rappelle également le poids économique de cette culture dans la  balance des paiements français :  « L’apport économique de « ces champs derrière les autres » est considérable. A l’heure du redressement économique, la France devrait elle se passer de ses 1.7 milliards d’euros que rapportent à la balance commerciale les exportations de maïs grain ? A ce chiffre il faudrait ajouter les 485 millions d’euros que rapportent les exportations de maïs semence et les 140 millions de celles du maïs doux… soit l’équivalent de 35 Airbus A320 par an ! » (voir également un de mes précédents billets : L’agro-industrie, un secteur excédentaire vital pour l’économie française).

Et l’actuel Président d’Arvalis Institut du végétal de poursuivre : « Alors en attendant que la « révolution de l’agro-écologie » selon vos propre mots et dont vous défendez a priori les vertus, nourrisse son monde, comprenez, Monsieur le Ministre, que le débat ne s’enrichit pas en stigmatisant une plante et au delà les maïsiculteurs, leurs filières et leurs territoires. Le maïs, faut il vous en convaincre, mérite beaucoup mieux que des propos réducteurs et simplistes ».

Ce que je crois

La principale voie qui puisse permettre aujourd’hui d’utiliser un peu moins de chimie dans nos systèmes de culture, pour qu’ils restent économiquement performants et permettent aux producteurs de rester compétitifs sur le plan international, c’est la voie de l’amélioration génétique avec tous les outils des biotechnologies.

Seules les biotechnologies peuvent permettre d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto 2018… mais ça ne sera pas avant 2028 !

Seules des variétés de plantes résistantes aux divers parasitismes permettront d’utiliser moins d’insecticides, moins de fongicides pour arriver au résultat escompté. Ce n’est certainement pas en réglementant a tout va, ni en décidant unilatéralement de diminuer les tonnages de produits, ni en donnant du crédit à des systèmes de production du passé.  C’est avec une technologie innovante et en poursuivant l’important effort de formation continue des agriculteurs et des utilisateur de ces facteurs de production que l’on y parviendra.

De la même façon, si l’on veut réduire la consommation d’engrais (engrais azotés en particulier) ou d’eau des plantes, c’est en améliorant leur rendement photosynthétique et leur capacité à valoriser l’azote et l’eau du sol. Là encore cela passe par la création de variétés adaptées à ces objectifs. De la même façon, si l’on veut ajuster rapidement la physiologie des variétés de céréales à paille à l’évolution du climat constatée depuis une trentaine d’années, c’est également grâce aux biotechnologies que l’on y parviendra.

Enfin, une réduction effective de l’utilisation d’engrais azotés et de produits de protection des plantes grâce aux biotechnologies permettra de réduire notre consommation d’énergie fossile nécessaire à la fabrication de ces intrants.

Il est quand même consternant de constater que, pour conforter la peur de nos concitoyens en l’avenir (peur pernicieusement instillée et entretenue par ailleurs), notre pays renonce de facto à valoriser les extraordinaires atouts qui sont les siens.

  • C’est le cas de notre savoir faire dans le domaine des biotechnologies : un organisme de référence comme l’INRA a déclaré publiquement qu’il abandonnait ses recherches en la matière. Une magnifique entreprise comme Limagrains (4ème semencier mondial) déplace ses activités hors de France (ah oui produisons français…). Toutes les études permettant de vérifier l’innocuité des innovations sont systématiquement détruites par des groupuscules hors la loi en toute impunité…
  • C’est vraisemblablement le cas actuellement des gaz de schistes que l’on refuse même d’appréhender, alors que notre facture énergétique représente les 3/4 du déficit annuel de notre balance commerciale.

Et dans le même temps nos politiques rêvent de nationaliser notre industrie sidérurgique alors qu’il n’y a plus un euro dans les caisses du pays !

 Alors, Monsieur le Ministre, puisque vous êtes l’instigateur d’une conférence nationale pour lancer votre nouvelle politique : « Agricultures produisons autrement », le 18 décembre prochain au Conseil Economique Social et Environnemental à Paris,

Puis je simplement vous poser cette question :

Y a t-il une place pour les biotechnologies dans ce que vous appelez de vos voeux la « révolution de l’agro-écologie » ?