Découvrir une région dont j’avais beaucoup entendu parler, le Queyras, et faire connaissance avec la magnifique et fort diversifiée flore alpine des Hautes Alpes… Voilà des souhaits qui me tenaient depuis longtemps et qui furent ma principale occupation du début de l’été 2013.

Pour cela, je me suis adjoint les compétences d’un botaniste d’exception, Frank Le Driant, en répondant à son invitation dans le cadre d’un stage d’une semaine de randonnées botaniques. Randonnées réalisées « en étoile » à partir du village de Saint-Véran où nous occupions un gîte en compagnie d’une dizaine d’autres stagiaires et du chef cuistot Eric.

Le Queyras 

Géographie

Queyras oriental - Le pré Michel - Petit Belvédère sur le Mont Viso

Queyras oriental – Le pré Michel – Petit Belvédère sur le Mont Viso

Demoiselle coiffée au dessus de l'Aigue Blanche - Entre Molines & Chateau-Ville vieille

Demoiselle coiffée au dessus de l’Aigue Blanche – Entre Molines & Chateau-Ville vieille

Carte topo du Queyras (BRGM) – Dans la fenêtre « lieu » taper « Queyras », zoomez… et laisser vous guider.

Le Queyras constitue la partie nord-est du département des Hautes alpes.

Au nord le Briançonnais, caractéristique des hautes montagnes intra-alpines (Barre des écrins, Meije…) que l’on peut rejoindre par le col d’Izoard.

Au sud le Guillestrois et l’Embrunais, région de basses montagnes sous influence méditerranéenne.

A l’est le Mont Viso (3840 m), le col Agnel (2740 m) et la frontière avec le Piémont Italien.

Le Guil au pied du Petit Belvédère du Mont Viso

Le Guil au pied du Petit Belvédère du Mont Viso

Le Queyras est essentiellement constitué par le bassin versant du Guil, un affluent de la Durance qu’il rejoint à Guillestre, en provenance des pentes du mont Viso où il prend sa source.

Queyras central : Le sommet Bucher - Vue sur Molines et Saint-Véran

Queyras central : Le sommet Bucher – Vue sur Molines et Saint-Véran

Climat

 300 jours et 3000 heures de soleil par an (2800 à Nice). Ceci traduit une durée d’ensoleillement exceptionnelle avec comme corollaire une « sécheresse » estivale amplifiée par la barrière crée par le massif des Ecrins.700 mm de pluie annuelle a Guillestre (région la plus sèche des Alpes Françaises) et 760 à Saint-Véran. La pluviométrie est surtout hivernale et augmente avec l’altitude.Les températures sont très contrastées, entre le jour et la nuit, entre les saisons, entre l’adret (sud) et l’ubac (nord) en particulier dans les montagnes a fort ensoleillement. On note un décalage important au niveau des limites de végétation du Queyras, avec des records d’altitude pour le mélèze et le pin Cembro.

Géologie

  La géologie du Queyras est bien compliquée. On y retrouve une grande diversité de roches et de substrats : granites, gneiss, grès, roches volcaniques, calcaires, gypse, schistes… Pour simplifier à l’extrême, on peut dire que l’ouest de la région est constitué de roches sédimentaires : des calcaires, des dolomies, mais aussi des marnes et des grès dont la complexité des empilements et des plissements s’exprime « a merveille » dans les superbes gorges du Guil avant d’atteindre Guillestre.
 La partie orientale du Queyras est elle, constituée essentiellement de « schistes lustrés » provenant le la métamorphisation (cuisson a haute température et haute pression) de sédiments argileux formés à grande profondeur sous les océans. On retrouve des portions de roches de cette croûte océaniques que l’on appelle des ophiolites dans les schistes lustrés du Queyras. Ce sont des témoins d’anciens océans que l’on retrouve incorporés lors de la formation des chaînes de montagnes un peu partout dans le monde. La couche la plus profonde de ces ophiolites (le fond de la croûte océanique) est constituée de roches très basiques que l’on appelle des péridotites.

Serpentinite des schistes lustrés du Queyras

Serpentinite des schistes lustrés du Queyras

 L’altération en présence d’eau des péridotites donne naissance à la serpentinite, de couleur verte si caractéristique des schistes lustrés du Queyras, en particulier autour de Saint Véran. Le nom de serpentinite provient de de son aspect semblable à celui d’écailles, provoquant une sensation particulière au toucher, pouvant faire penser à la peau du serpent.

La flore

Elle est la résultante de cette incroyable diversité, de la géologie, des sols, des altitudes, des expositions et du climat. On recense 2500 espèces végétales dans département des Hautes Alpes, pratiquement les deux tiers de l’ensemble de la flore française, dont une petite centaine d’espèces endémiques (qui n’existent que dans la région).
Lis Orangé, cueillette et prélèvement de bulbes interdits.

Lis Orangé, cueillette et prélèvement de bulbes interdits.

Un certain nombre d’espèces sont également protégées, soit  strictement et aucun prélèvement ni destruction n’est autorisé, soit le prélèvement est réglementé : interdit de cueillette, limité de cueillette, interdit à la commercialisation ou à l’industrialisation.

Ancolie des Alpes, inscrite sur la liste nationale des espèces protégées

Ancolie des Alpes, inscrite sur la liste nationale des espèces protégées

Anémones a fleurs de narcisse au col d'Agnel le 2 juillet 2013, espèce abondante ne faisant pas l'objet d'une réglementation particulière.

Anémones a fleurs de narcisse au col d’Agnel le 2 juillet 2013, espèce abondante ne faisant pas l’objet d’une réglementation particulière.

Saint-Véran, village le plus haut d’Europe

Saint Véran - Partie haute du village

Saint Véran – Partie haute du village

Maison Saint-Verannaise - Partie supérieure faite de rondins empilés

Maison Saint-Verannaise – Partie supérieure faite de rondins empilés

Le village de Saint Véran est situé au coeur du Queyras à une altitude comprise entre 2000 et 2100m ce qui fait dire à ses 290 habitants qu’il pourrait bien être le village le plus élevé de France, voir d’Europe. Le village est composé de quartiers disposés le long de deux longues rues alignées le long du coteau situé à l’adroit (versant sud). Nous sommes à ces altitudes à la limite de l’étage alpin, avec une végétation de prairies et de pelouses où les arbres se font très rares. A Saint-Véran le tourisme, d’hiver et d’été, a remplacé l’agriculture de subsistance comme un peu partout dans le Queyras. Que ce soit la culture du seigle qui servait traditionnellement a faire le pain (le blé n’est pas suffisamment rustique à ces altitudes), ou que ce soit l’élevage bovin laitier de la race Tarine qui se maintient néanmoins difficilement un peu plus bas, le lait étant valorisé en fromage (fromagerie de Chateau-Ville vieille…). L’hiver, Saint Véran et Molines deux des huit villages du parc naturel régional du Queyras, constituent un domaine skiable familial remarquable. L’été, au coeur des 300 jours annuels d’ensoleillement, les parcours de randonnée et la découverte d’une diversité floristique extraordinaire permettent de s’immiscer dans une bien belle nature.

Maison Saint-Verannaise

Maison Saint-Verannaise

Le village de Saint-Véran vu du Bois du Moulin - Partie haute flanquée en une longue rue sur l'adroit.

Le village de Saint-Véran vu du Bois du Moulin – Partie haute flanquée en une longue rue sur l’adroit.

 Les nombreux cadrans solaires de Saint-Véran, anciens ou plus récents, témoignent du niveau d’ensoleillement exceptionnel du village. Les plus récents sont toujours réalisés par un artisan unique selon une technique picturale traditionnelle dite de la fresque, qui remonte à l’antiquité.

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 P1050684  cadransolaire

Vidéo – TF1 Le 13 heures – Saint-Veran le plus haut village de France

Le Gîte, une maison Saint Verannaise restaurée

 Le gîte, magnifiquement restauré, occupé pendant cette semaine de stage est typique de l’habitat Saint-Verannais.
 P1050673 Ces maisons étaient parfaitement adaptées au mode de vie de l’époque :

  • un rez de chaussée construit en murs de pierres très épais (50 à 70 cm)
  • une partie supérieure appelée « fuste », faite de troncs d’arbres (souvent du mélèze) empilés et croisés aux angles, ce qui permettait une certaine aération pour le séchage et la bonne conservation du foin.
  • une annexe appelée « caset », reliée au bâtiment principal, servant de remise.
L’accès au rez de chaussée, pour les hommes et les bêtes, se faisait par une porte en bois à double battants, pour donner accès à différentes « pièces » :

  • la cave
  • la cuisine
  • la pièce voûtée adossée au mur de la cuisine où se trouve l’âtre
  • l’étable où vivaient les hommes et les bêtes, ces dernières au fond de la pièce et près de la fenêtre se trouvaient une table des chaises et un lit clos.

 

Partie supérieure de l'habitation en bois appelée "fuste" équipée d'un monte charge à foin ou a grains.

Partie supérieure de l’habitation en bois appelée « fuste » équipée d’un monte charge à foin ou a grains.

Frank Le Driant,

florealpes.com et »Pulsatille ».

Frank Le Driant (à droite) avec un groupe de stagiaires au pré Michel en juillet 2013

Frank Le Driant (à droite) avec un groupe de stagiaires au pré Michel en juillet 2013

 Côtoyer Frank pendant une semaine de randonnées botaniques dans le Queyras est un véritable enrichissement dans de nombreux domaines.Son parcours professionnel est manifestement atypique puisque, de chef de projet informatique pour de grandes sociétés industrielles il « décroche » pour devenir accompagnateur de montagne et botaniste distingué. Mais sa pratique du secteur privé et du monde industriel lui ont donné une ouverture sur la société et un jugement serein mais aiguisé sur les choses de ce monde.Sa récente et rapide reconversion à la botanique sont la preuve d’une grande culture générale et scientifique nécessaires pour atteindre, dans cette discipline, de tels sommets de compétence.La botanique fait de lui bien sûr un naturaliste. On dit aujourd’hui un écologiste, mais je dirai plutôt un écologue. Ce n’est pas un dogmatique, il cultive le désir de comprendre avant le besoin de croire. Bref, c’est un écolo comme je les aime et comme je pense l’être moi même. Son ambition c’est la nature, mais il ne sacrifie pas l’homme au profit d’une mythique nature.

 Frank Le Driant

Une bonne partie de son énergie va vers l’information et particulièrement vers la formation des hommes. C’est a mon avis l’outil privilégié pour permettre à l’homme de continuer a se développer et à s’épanouir, tout en étant particulièrement attentif a son environnement. Bref l’antithèse des écolos politiques à l’idéologie morbide et décroissante, dont le seul but est aujourd’hui de prendre le pouvoir politique.

Laissons Frank se présenter, tel qu’il le fait sur son site internet FloreAlpes :Qui suis je ?  Je m’appelle Franck Le Driant, je suis né en 1975 dans l’Oise, département aussi plat que les Hautes-Alpes sont montagneuses. Après une première vie de chef de projet dans l’informatique industrielle, je suis devenu Accompagnateur en Montagne. Un virage complet au regard de mes anciens clients qui évoluaient dans des domaines aussi écologiques que la pétrochimie, le offshore, l’automobile… voire l’armement.
Au cours de la préparation de ce diplôme, je me suis passionné pour la botanique. J’ai beaucoup été aidé à mes débuts par Edouard Chas, auteur de l’Atlas de la Flore des Hautes-Alpes. Après avoir fait des milliers de photos que je gardais pour moi, j’ai décidé de créer ce site afin de faire partager ma passion de la botanique à qui le désire. J’habite actuellement entre le Buëch et le Gapençais, au sud-est des Hautes-Alpes, région à cheval entre la Provence, le Dévoluy et les Ecrins, dans un petit village du nom de Fouillouse.Je suis coauteur de l’Atlas des plantes rares ou protégées des Hautes-Alpes. J’ai pris toutes les photos, écrit un bon nombre de textes et réalisé la mise en page de l’ouvrage. Cette création qui s’est étalée sur plusieurs années m’a permis de parcourir le département en long, en large et en travers à la recherche de toutes ses plantes les plus rares. J’ai depuis co-écrit avec Edouard Chas un livre sur les randonnées botaniques dans les Hautes-Alpes. Cet ouvrage décrit 38 balades et illustre 427 espèces de notre région. Membre fondateur de l’association PULSATILLE, j’organise avec mon collègue Samuel des séjours et stages dont la thématique est la botanique… Consultez notre site www.pulsatille.com pour en savoir plus sur nos stages et séjours.

Ndlr : le vol. 2 des « Randonnées botaniques dans les hautes alpes » est sorti début 2013. 33 nouveaux itinéraires botaniques et 535 espèces illustrées dans un magnifique ouvrage de 288 pages.

Les randonnées :

Diaporamas en cours de réalisation.

Cliquez sur le titre de la randonnée, vous serez redirigés vers Youtube si le diaporama est en ligne.

A visionner en plein écran avec le son.

Saint-Véran : Le pont du moulin

Chateau Villevieille : vallée du Guil, sentier des astragales (steppique Durancien)

Col d’Izoard

Le Lac de Roue

De Molines au col Agnel

La Haute vallée du Guil : la Roche écroulée

La Haute vallée du Guil : la mégaphorbiaie du Pré Michel

Le sommet Bûcher

Vapréveyre

Eygliers : messicoles et bord de la Durance.

Liens

Queyras Passion

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