Encore un joli moment passé avec mon fils Julien pendant la dégustation de ce Mas Jullien, un Coteau du Languedoc de 17 ans, parmi les meilleurs de cette appellation. Depuis 2012, une nouvelle hiérachisation des vins a été mise en place dans le cadre de la nouvelle AOC Languedoc. Le Mas Jullien est maintenant classé « AOC Languedoc-Terrasses du Larzac », au sommet d’une pyramide a trois étages distinguant les grands crus du Languedoc.

(voir ici une dégustation récente d’un autre grand cru de l’AOC Languedoc-Pic Saint Loup : Mas Bruguière La Grenadière 2001).

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 Avec ce 1996, je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… eh oui déjà, comme le temps passe ! 1996 c’était l’époque des deux cuvées d’Olivier Jullien : les Cailloutis (issue de vignes sur cailloutis argilo-calcaires) et les Depierre (issue de vignes sur schistes et grès), époque où le domaine ne devait faire qu’une petite dizaine d’hectares.

Le Mas Jullien à Jonquières (34)

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 Olivier Jullien est originaire de Jonquières, un petit village situé sur les « Terrasses du Larzac » qui descendent doucement vers la vallée de l’Hérault lorsque la rivière passe du statut de gorges dans les Cévennes à celui d’un fleuve plus tranquille de la plaine de l’Hérault. Ma rencontre avec Olivier Jullien date du début des années 90. Il ne doit plus s’en souvenir tant il était affairé dans les assemblages de sa dernière cuvée. L’image qu’il me reste de lui est celle  d’un perfectionniste. Toujours à la recherche du meilleur de ce que peut procurer son terroir. Terroir en évolution constante puisque depuis cette époque, le domaine s’est étendu (une vingtaine d’hectares actuellement) et s’est enrichi de parcelles de vieilles vignes, le tout formant aujourd’hui un ensemble assez dispersé autour de la commune de Jonquières.

 Ce que j’apprécie chez ce viticulteur c’est son naturel et sa sincérité. Sa réussite, il la doit a son savoir faire, a sa grande compétence et a sa manière de se remettre en question en permanence. Pas de pub, pas de marketing (je n’ai pas trouvé de site internet a son nom), il n’est pas a la mode mais peut être la crée-t-il sans le vouloir ! On n’adopte pas une mode surtout si cette mode n’apporte rien aux qualités intrinsèques du produit. Olivier Jullien pratique une culture raisonnée de ses parcelles et sait être a l’écoute de ses vignes.

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Dégustation…

La philosophie du domaine a toujours été d’élaborer des vins de longue garde. Ce Cailloutis 96 en est une preuve vivante (il m’en reste encore 6 bouteilles…) ! Ce millésime fait partie des très belles bouteilles de Mas Jullien. Un assemblage de Mourvèdre, Carignan, Syrah, Grenache. Ceci reste un peu théorique dans la mesure où une de ses particularités du Mas est de ne pas avoir d’assemblage fixe selon les années. Que ce soit en nombre de cépages ou en proportions. 1996 fut la dernière année pour cette cuvée (ainsi que les Depierre). A partir de 1997 les deux cuvées ont été rassemblées en un seul vin  : le Mas Jullien – Coteaux du Languedoc, tout simplement. C’est l’apanage des « Grands » que de savoir s’arrêter sur une victoire. C’était vrai pour Olivier Jullien et pour ce Cailloutis 1996
La dégustation s’est faite sur un poulet rôti puis dans un deuxième temps sur un fromage de Neufchâtel. De couleur grenat foncé légèrement orangé sur les bords, le 96 est d’une intensité encore remarquable.

D’emblée on perçoit un vin d’une douceur extraordinaire et d’une grande harmonie : un très joli nez  de cerise, de réglisse et de truffe est élégamment associé a des senteurs de violette et d’épices.

Bref un superbe équilibre que n’est pas parvenu à rompre l’imposant Neufchâtel, bien au contraire. Un accord parfait, signe des grands vins avec ce fromage.

Il est a noter que la dégustation du tiers restant le lendemain n’a rien eu a envier a la première.

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Souvenir d’une autre dégustation…

Ma première rencontre avec le Mas Jullien a eu lieu à Grabels chez Robert Agulhon ou il avait installé les premiers locaux de Viti RD, à l’époque petite société d’expérimentation  de solutions de protection des cultures sur vigne. Je me souviens parfaitement de cette jolie dégustation de vins du Languedoc (il y en eut bien d’autres par la suite…). Robert était accompagné par son fils Olivier et j’avais amené Jean Claude mon beau frère et les tontons Claude et Jacques. Nous avions démarré par quelques Saint Chinian, Faugères et peut être Pic Saint Loup, appellation qui a l’époque n’avait pas du tout la réputation qu’elle a aujourd’hui, pour finir par ce Mas Jullien qui pour moi fut une véritable révélation. C’est ainsi que j’appris par Robert Agulhon que Olivier Jullien, avait été un de leurs premiers stagiaire sur la station de Grabels.

C’est grâce aux Agulhon père et fils que j’ai découvert puis affiné la connaissance des vins du Languedoc qu’ils m’ont transmise. Du Mas Jullien au Picpoul de Pinet de la cave coopérative de Pomerols… en passant par bon nombre d’autres appellations et de producteurs renommés.   J’ai une pensée émue à l’évocation de la mémoire de ces deux personnages, joyeux sulfateurs d’Ampelos, qui m’ont également permis de pénétrer en toute simplicité les arcanes secrètes de la dégustation.

Le blog d’Olif – Languedoc minute