Il aura fallu le hasard d’un déjeuner hier dimanche 11 janvier 2015, merci à nos hôtes pour cette heureuse initiative, pour retrouver mon ami Jean. Jean avec qui je partage souvent beaucoup de constats, d’analyses et sur le fond je pense, beaucoup de valeurs.

Mais quelle ne fut pas mon étonnement, lorsque devant la télé et le début de la retransmission de la manifestation, je le vis s’opposer très fortement à mon « Non je ne suis pas Charlie » et à mon refus de participer à la manifestation si j’en avais eu la possibilité . J’ai compris alors que quelque chose d’inhabituel se passait, entre nous bien sûr, mais également au niveau du pays tout entier. L’après midi fut riche en discussions et argumentations.

Je pense à la réflexion que nous avions tous deux raison.

Pourquoi je ne suis pas (que) Charlie ?

Beaucoup de gens défilant hier ne connaissaient pas vraiment Charlie Hebdo. Moi non plus d’ailleurs, mais suffisamment pour savoir que ce journal est la quintescence même de l’idéologie communisto-trotskyste soixante huitarde : décroissance à tout va, écologie politique, destruction de la cellule familiale… bref tous les éléments qui sont à l’origine du déclin de notre pays et que notre gouvernement actuel, en particulier, cristallise.

Je ne suis pas Charlie parce que ce slogan occulte étrangement le carnage de la Porte de Vincennes. Les morts de la porte de Vincennes méritent autant de respect pour moi que les morts de la rue Nicolas Appert.

Je n’accepte pas qu’un premier Ministre récupère un slogan au nom de la liberté d’expression en encensant aujourd’hui Charlie Hebdo et en vouant aux gémonies Houellebecq, l’accusant, à peine les massacres perpétrés, d’être le ferment de la situation actuelle. Pourquoi la revendication du droit au blasphème, quelque soit la religion, de Charlie Hebdo serait-elle plus juste que la vraisemblable fiction de Houellebecq ? Pourquoi ne mènerait-elle pas autant aux évènements récents et à venir que la prose de l’auteur de « Soumission » ?

J’aurais peut être pu être Charlie en entendant « Charb » déclarant « je préfère mourir debout que vivre à genoux », s’attaquant à toutes les religions y compris l’Islam lorsqu’il publiait ses « Caricatures » en 2006. Mais pour le reste non !

La liberté d’expression n’a qu’un seul visage. Alors, je ne suis pas Charlie parce que je ne suis pas que Charlie, je suis aussi Clément Weill-Raynal pour avoir osé révéler le « mur des cons », je suis aussi Zemmour lorsqu’il se fait sortir d’i-Télé lorsqu’il décrit une réalité que nos politiques dissimulent ostensiblement, je suis encore Houellebecq qui ose se moquer aussi bien de l’Islam  que les caricaturistes de Charlie, je suis Finkielkraut lorsqu’il analyse parfaitement le clivage actuel et entretenu entre « le parti du sursaut » et « le parti de l’Autre ».

Oui la liberté d’expression est indivisible, elle n’est pas seulement celle que nos politiques promeuvent quand ça les arrange.

Pourquoi c’était une belle manif

Parce que, je pense, il y avait une majorité de gens sincères, respectueux et courageux. Je n’ai vu aucun débordement quel qu’il soit.

Parce que j’ai vu les participants applaudir spontanément les forces de l’ordre, de même qu’on entonnai ici et là, spontanément du début jusqu’à la fin, des « Marseillaise » aux antipodes des « démonstrations » inqualifiables du Stade de France.

Les images de fraternité entre juifs et musulmans anonymes du coin de la rue

Parce que j’ai été sensible au retentissement international, même si tout cela était bien orchestré et convenu et malgré l’indécence et la fierté mal placée du « Paris est aujourd’hui la capitale du monde » !

Mais quand même, comment peut-on accepter le premier ministre Turc et en même temps refuser la présence du FN. Au nom de la liberté d’expression ?

Et après … ?

Je continue donc de penser que tout ceci constitue d’abord une belle récupération parfaitement orchestrée de la part de nos politiques actuels. Mais les Français présents étaient pour la plupart inquiets, inquiets devant leur perte d’identité en particulier. Tout comme à l’occasion de la manif pour tous ils ont exprimé leur inquiétude devant la déconstruction programmée de la cellule familiale… Les Français ont besoin d’être rassurés et surtout attendent un changement de cap de la part de nos politiques.

On pourrait penser que le peuple Français, suite à cette manifestation, reprenne son destin en mains, comme je l’ai lu à plusieurs reprises. Des signaux forts ont quand même été délivrés comme l’ovation faite aux organisations de police sur leur passage. On est loin des CRS SS de Charlie Hebdo !

Mais en es t-on si sûr ?

Les banlieues dont certaines manifestaient leur liesse mercredi soir étaient-elles présentes à ce rassemblement. Les parents d’élèves ayant manifesté leur réprobation à la minute de silence dans certaines écoles étaient-ils présents ?

Qu’en sera t-il demain ?

– reviendra t-on sur les lois Taubira ?

– continuera t-on encore longtemps à confondre liberté et sécurité publique ?

– Continuera t-on encore longtemps à cautionner l’attitude d’un Edwy Plenel l’idéologue du parti de l’Autre ou d’un Joffrin martelant que : « le problème de la France ce n’est pas l’Islamisme, c’est l’Islamophobisme »… qui produit l’Islamisme !

– L’armée verra-t-elle ses effectifs finir de décroître et la police sera-t-elle dotée de moyens supplémentaires ?

– Nos politiques actuels après 30 ou 40 ans de renoncements sont ils prêts à passer d’un angélisme viscéral au changement de cap que les français attendent ?

Je suis donc d’accord avec toi Jean, il fallait que cette manifestation ait lieu, comme elle a eu lieu, avec les citoyens, mais de mon côté j’aurais préféré que les politiques n’interviennent pas aussi massivement.

Un clignotant s’est allumé, malheureusement je pense qu’il faudra d’autres signaux forts pour que le coup de barre salvateur soit concrètement donné.