Que l’on ne s’y trompe pas.

Loin de moi l’idée de partir en guerre contre l’agriculture biologique, bien au contraire. C’est un mode de production que je défend tout autant que d’autres modes de production. De même que j’admire les agriculteurs bio qui ont adopté cette démarche par éthique et par conviction. Quant aux opportunistes qui surfent sur une mode ou une demande comme c’est le cas entre autres dans le domaine de la vigne et du vin (on pourrait discuter sur la façon dont s’est fabriquée cette demande), grand bien leur fasse. La demande existe, est encore solvable, il faut la satisfaire.

Je n’inclue pas dans la culture biologique, la biodynamie qui est une pseudoscience plus proche des gourous et des sectes que de la science agronomique.

Par contre, ce qui n’est pas acceptable, ce sont les mensonges, au mieux les inexactitudes et les manipulations de l’opinion en découlant, qui courent journellement dans les médias. Que ce soit la télévision (Envoyé spécial sur A2 ou les émissions à charge sur Arte par exemple…), les grands journaux nationaux (Le Monde, Libé, le Figaro…) qui relaient des propos complètement erronés mais toujours plus anxiogènes. Propos colportés par des associations et autres « collectifs », et il y en a un nombre impressionnant (Générations futures de Veillerette par exemple…), des individus isolés (I. Saporta, M.M. Robin…), des ONG (Greenpeace, Attac…). Bref tous ces gens ayant en commun de vouloir détruire (et non améliorer comme ce serait bien plus efficace) notre modèle de société. Détruire les méchantes grandes multinationales qui nous veulent du mal, remplacer le capitalisme par des doctrines qui sont loin d’avoir fait leurs preuves dans le passé, s’opposer à la mondialisation (sic), en d’autres termes mettre en place un modèle économique décroissant. Modèle qui serait, justement avec la mondialisation, la fin de notre civilation occidentale. Modèles ou l’on fait croire au citoyen qu’il est possible de reprendre le pouvoir seul, qu’il n’y a de Science que citoyenne

A titre d’exemple, lorsque l’on fait croire que l’agriculture bio n’utilise pas de pesticides alors alors que c’est totalement faux : il existe pas moins de 400 spécialités différentes de pesticides utilisés par l’agriculture biologique. : voici une petite animation réalisée par A&E (Agriculture et Environnement) qui donne une tout autre vision de la réalité des choses :

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Et cela, c’est sans compter les produits non autorisés qui sont quand même utilisés.
A ce propos je voudrais prendre l’exemple ici d’un produit présentant des propriétés insecticides que pratiquement, à ma connaissance, tous les agriculteurs bio utilisent et en particulier les maraîchers et les arboriculteurs : il s’agit de « l’huile de neem ».
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L’huile de neem est largement utilisée dans la pratique bio.

Margousier arbreLe neem (Azadirachta indica ou margousier) est un arbre à feuillage persistant, originaire d’Inde, appartenant à la famille des Méliaceae (famille de l’acajou). Ses graines (jusqu’à 30 kg par arbre) sont riches, entre autres, en azadirachtine (0.2 à 0.8 %), une molécule à structure complexe, aux propriétés insecticides intéressantes.

L’azadirachtine est un insecticide puissant mais peu sélectif dont la toxicité aigüe sur les mammifères est faible (DL50 = 3540 mg/kg). Sa dégradation est rapide car la molécule est photosensible. Son large spectre d’activité constitue un gros inconvénient sur le plan environnemental : faune auxilliaire, abeilles et bourdons, poissons et animaux aquatiques, de nombreux insecticides issus de la synthèse chimique ont des chances de faire beaucoup mieux, notamment les fameux néonicotinoïdes . Voilà un exemple de produit naturel peu respectueux de l’environnement. Cela n’empêche pas le lobby bio de faire pression auprès de nombreux députés nationaux et Européens pour que l’huile de neem puisse être autorisée en agriculture biologique.

A ce propos, notons quand même quelques faits troublants sinon peu cohérents, puisque l’azadirachtine était interdite en Europe depuis 2008, qu’elle est maintenant inscrite sur l’annexe I depuis 2012, qu’elle est néanmoins toujours interdite en France, mais a bénéficié récemment d’une autorisation temporaire de 120 jours, pour le Neemazal-T/S (azadirachtine à 1 %), qui vient de prendre fin hier 11 juillet 2015 !

Fruit du margousier

Fruit du margousier

L’huile de neem est également connue en médecine traditionnelle en Inde et en Afrique ou l’on ne compte plus ses propriétés contre le paludisme, la malaria, la fièvre, les vers intestinaux… Ce qui est moins souvent évoqué, ce sont ses caractéristiques anticonceptionnelles et abortives liées  vraisemblablement à ses propriétés de perturbateur endocrinien. De même, la nimbine, un autre composé présent dans l’huile de neem possède d’importants effets spermicides. Comme quoi, savoirs traditionnels et pratiques populaires ne sont pas à mettre entre toutes les mains !

 

Ce qui est critiquable dans cette affaire c’est que, parce que l’huile de neem est un produit naturel, parce que ce sont de petites sociétés qui s’intéressent à sa mise sur le marché, certains pensent et souhaiteraient que le dossier d’autorisation de ce pesticide soient allégé par rapport à ce qui est demandé pour les substances actives classiques. C’est un non sens compte tenu des profils toxicologique et écotoxicologique de la substance (que l’on connait mal par ailleurs – voir ici pour l’azadirachtine).

A l’époque ou l’on entend tous les agitateurs anti-pesticides accuser ces derniers sans distinction et sans preuves d’être des perturbateurs endocriniens, on ne les voit pas beaucoup s’opposer l’utilisation du neem… au contraire ! Mais c’est un insecticide naturel, il faut donc croire que c’est naturellement bon !!!

L’huile de neem est en vente, du flacon de 10 cc au bidon de 30 litres sur E Bay. Avis aux amateurs !!!

Conclusion, voilà un domaine où règne désinformation et hypocrisie la plus parfaite : l’agriculture bio utilise un nombre conséquent de pesticides. Les deux produits les plus utilisés sont le cuivre (fongicide) et l’huile de neem (insecticide). L’un est autorisé, l’autre ne l’est pas. La préservation de l’environnement n’est pas assurée pour ces deux produits, alors que celle des produits conventionnels est généralement bien meilleure. Enfin l’effet sur la santé humaine est entachée de lourds soupçons (perturbateur endocrinien, gamétocide…). Ces doutes ne pourront être levés que lorsqu’un dossier complet d’autorisation de mise sur le marché, à l’instar des produits conventionnels, aura été établi et instruit par les autorités compétentes.

En complément :
Pratiques conventionnelles et pratiques bio