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Présentation de l’exploitation par Michel Welter, directeur technique.

Vendredi 26 mars 2016 nous étions reçus près d’Abbeville dans la Somme, avec quelques agronomes d’Interactif, par Michel Welter le charismatique Directeur technique de la ferme dite des 1000 vaches.

Première impression : tout est calme, serein, aucun bruit, aucun meuglement, ni dans l’étable où le confort des animaux est de mise, ni à l’approche du roto de traite. La propreté saute aux yeux et l’odeur ammoniaquée des étables ouvertes et lumineuses est à peine perceptible. C’est une agréable odeur d’ensilage qui domine.

Tout éleveur réaliste sait que le bien être animal est la condition essentielle à la performance du troupeau. C’est encore plus le cas ici à la ferme des 1000 vaches que partout ailleurs. Tout cela est très loin des nuisances de petites exploitations mal gérées et mal entretenues… bien loin également de la description faite par un certain nombre de journalistes ignorants ou idéologues et d’activistes de l’écologie politique.

Avant toutes choses et pour recadrer les omissions volontaires des détracteurs, bobos écolos anti viande et autres adeptes du régime Vegan , il faut dire que cet élevage est adossé à 1000 hectares de cultures qui servent à nourrir le troupeau et sa suite. Ce que ces anti-tout décroissants ne disent pas non plus c’est que cette exploitation est constituée par la mise en commun des terres et du troupeau, apportés par une dizaine d’agriculteurs qui tous ont une fonction dans l’entreprise. Cela n’empêche évidemment pas à notre éminent ministre de l’agriculture de déclarer, dans la plus pure démagogie mise au service de la politique, que « la ferme des 1.000 vaches, ce n’est pas mon modèle parce que derrière, c’est un investisseur et il n’y a pas d’agriculteur ». Ce type est un dangereux menteur !

Ce qui n’est également jamais souligné, c’est qu’aujourd’hui (le projet de méthanisation n’a pas encore pu être mis en œuvre) la totalité des rejets, sous forme de lisier ou de compost pour les parties solides, est recyclée sur une grande partie des 1000 ha de l’exploitation. Si l’on n’est pas loin avec ces pratiques de l’agriculture biologique, on est par contre complètement dans le cadre d’une ferme de type « Polyculture élevage » comme il en existe des milliers dans notre pays, la seule différence étant la taille.

C’est la technologie qui permet cet équilibre de haut niveau. Une technologie pointue empruntée aux pays nordiques, l’Allemagne en particulier, mais également à l’Espagne  pour ce qui est des bâtiments et de la traite. Aux américains en ce qui concerne la performance et l’alimentation du troupeau (en pleine constitution et amélioration), plutôt que la performance individuelle de chaque animal. La ration distribuée vise une production de 30 litres de lait par jour et par animal quel qu’il soit. Les performances sont enregistrées ainsi que le comportement des animaux. Une sélection ininterrompue est réalisée.

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Roto de traite pour 50 vaches permettant trois traites par jour

 

P1070932_2Pour ce qui est des productions végétales, c’est la mise en œuvre d’une technologie déjà répandue en France, dite de conservation des sols, basée sur le non labour, le semis direct (TCS ou techniques culturales simplifiées) et les cultures intermédiaires. L’avantage de ces techniques étant un gain de temps au niveau des façons culturales (travail du sol, semis…), ce qui est vital sur des surfaces importantes. C’est également un gain important en matière d’économie d’énergie par rapport au labour. C’est une technique permettant une meilleure gestion de la matière organique des sols.

C’est l’organisation du travail à la ferme des milles vaches avec ses 18 salariés organisés en 2 équipes tournant sur 35 heures par semaine qui permet de satisfaire aux aspirations légitimes de la main d’œuvre rurale. Plus rien à voir avec l’exploitation familiale et le producteur laitier seul avec son vacher, 80 et 90 heures par jour sur l’exploitation, pas de vacances… pour un résultat équivalent au smic !

Il est d’ailleurs sidérant de voir des syndicats défendre, pour la production laitière de masse, ce modèle économique… à moins que ce ne soit une façon de refuser systématiquement la technologie, la croissance, la concentration et la compétitivité… Ou alors que ce soit une façon de persister dans le modèle décroissant de l’agriculture subventionnée avec des subventions payées par de la dette. Qu’on le veuille ou non, c’est ce modèle qui n’est pas durable et non le modèle basé sur de grandes unités.

Bien entendu, une partie de la production laitière française à plus forte valeur ajoutée (appellations, fromages…), plus liée au terroir peut parfaitement continuer à prospérer sur des unités de type familial. Cette cohabitation est d’ailleurs hautement souhaitable. Même si ce type de productions ne représente actuellement que 20 ou 30 % de la quantité totale de lait, il est vain et contre productif de les opposer.

P1070933_2« Oser l’expérimentation de la ferme des mille vaches. »

C’est fait. Ici près d’Abbeville, avec la rencontre d’un agriculteur converti au BTP puis par passion revenu « à la ferme » en apportant les capitaux. Rencontre avec une dizaine d’autres agriculteurs ayant mis en commun leur outil de production et actuellement impliqués dans l’organisation. Rencontre avec un organisateur performant, ancien agriculteur également, ayant passé quelques années dans un institut technique renommé où il s’approprie les nouvelles technologie. Sa curiosité l’emmènera au delà, à la rencontre des expériences extérieures. C’est avec ce bagage qu’il concevra la ferme des mille vaches en y injectant toute l’expertise acquise. Il en assure aujourd’hui la gestion quotidienne, nécessitant une organisation sans faille et une gestion rapprochée, au millimètre, avec professionnalisme et discipline de tous les instants.

« Oser l’expérimentation des très grandes fermes »,

c’est également le titre du dernier chapitre, en guise de conclusion, d’un rapport du Sénat critique et documenté sur la situation du secteur laitier après les quotas. Publié en juin 2015, il a été coordonné par les sénateurs Claude Haut (PS, Vaucluse) et Michel Raison (LR, Haute Loire – ancien éleveur laitier et administrateur de la FNPL).

Le chapitre en relation directe avec notre sujet est à la page 55. Il concerne les perspectives. Après avoir regretté l’absence dramatique de stratégie du Ministère de l’Agriculture (contrairement à l’Allemagne par exemple : « L’Allemagne, de toute évidence, a une stratégie : être compétitive dans la compétition mondiale »), les rédacteurs se posent la question du « Comment accompagner la stratégie : avoir confiance, préserver les intérêts de la filière française, se former, innover ».

Tout est dit ou presque… et de rajouter fort opportunément que :

« Les exploitations ferment, faute de repreneurs, et la spirale de la déprise se met en place : moins d’exploitations, moins de lait, moins de collectes, moins (plus du tout !) de laiteries, de transformateurs. Ce type de projet est un moyen de ramener de l’élevage dans une région de grande culture et de maintenir une activité laitière dans une région en déprise laitière ».

Silo de maïs adapté à la taille du troupeau

Silo de maïs adapté à la taille du troupeau

Quelques références :

Maison du lait – La filière laitière française en 50 chiffres.

N° 556 SÉNAT – Session ordinaire 2014-2015 – Enregistré à la Présidence du Sénat le 25 juin 2015 – Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires européennes sur la situation du secteur laitier après les quotas, par MM. Claude HAUT et Michel RAISON, Sénateurs.

Agriculture & environnement – Haro sur la ferme des 1000 vaches !

Agriculture de conservation – La ferme des 1000 vaches : high-tech ou low-tech ?

Voir également ici :

Interactif – La ferme des 1000 vaches : Une exploitation de polyculture élevage en Picardie