Category: Agriculture


Une excellente étude de l’AAF (Académie d’Agriculture de France), sous la direction de Bernard Le Buanec, fait le point de façon factuelle et nous éclaire sur les réalités de la situation de l’agriculture et des produis Bio en 2016. On ne peut regretter qu’aucun journal national, régional ni même de vulgarisation scientifique (Science et Vie par exemple) ne s’en soit fait l’écho !

Soyons clair en ce qui me concerne : je ne suis pas un promoteur inconditionnel de ce type de culture pour produire notre alimentation, certes. Par contre j’estime que si il y a une demande solvable venant d’un certain nombre de consommateurs intéressés, il faut la satisfaire. Pourquoi l’agriculteur ne s’y intéresserait-il pas lui aussi pour y trouver satisfactions et revenu décent. Il n’y a donc pas lieu d’opposer agriculture bio et agriculture conventionnelle. Au contraire, l’une peut se nourrir de l’autre et réciproquement.

Par contre, ce sur quoi je réagis et m’indigne, c’est sur la communication tapageuse, mensongère, pseudoscientifique et idéologiquement orientée faite sur ce mode de production. Souvent par des groupuscules ou des associations qui n’ont rien de professionnels, mais aussi parfois par des dérapages internes au système. Une communication qui n’est pas faite comme il se devrait pour vanter les avantages et l’intérêt du bio, mais pour détruire l’agriculture conventionnelle qui jusqu’à preuve du contraire nourrit aujourd’hui à moindre coût une grosse majorité de la population de la planète.

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Un marketing de dénigrement basé sur la tromperie pour essayer d’imposer un nouveau modèle de consommation

La récente condamnation pour dénigrement de « Biocoop », la plus grosse enseigne commerciale bio française, en est une preuve évidente. Le dénigrement est condamné mais pas la tromperie qui est patente dans cette arrogante campagne de communication. Extraits du jugement pages 8 et 9 : « il est établi que cette campagne publicitaire repose non pas sur la valorisation des pommes issues de l’agriculture biologique, mais au contraire sur le dénigrement de  celles  issues  des  autres  filières,  aux  fins   de  dissuader  les consommateurs d’acheter ces fruits ». Ce jugement intervient alors qu’une seconde campagne de pub s’apprêtait à sortir sur nos écrans : un nouveau clip inspiré  de « Apocalypse now » pour culpabiliser à outrance les consommateurs qui ne consomment pas de fruits et légumes bio.

Fermons la parenthèse, ce marketing agressif est révélateur d’une idéologie envahissante qui veut imposer son modèle par la force et le mensonge.

Agribio : Quelques chiffres 2016

Chiffre d’affaires : 6,9 milliards en 2016 (soit 3% du marché alimentaire), un doublement depuis 2008.

31.000 exploitations pour 1.6 millions d’ha, soit 7% des exploitations et 5.8% de la surface agricole (SAU). Surtout représentées dans le domaine vigne, arboriculture et maraîchage, beaucoup moins en Grandes cultures (céréales).

Emploi : 10% des emplois de l’agriculture française (des systèmes de production nécessitant plus de main d’œuvre et une fréquence plus importante de transformation à la ferme et de vente directe).

Les régions les plus représentées : Midi-Pyrénées, Pays de Loire, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et PACA.

Aliments bio : nutrition et santé.

La valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments bio n’est pas supérieure à celle des aliments conventionnels : en France l’imposant rapport de l’Afssa (Anses) de 2003 réactualisé en 2010 est sans ambiguïté à ce sujet. Des revues systématiques étrangères et plus récemment en 2015 et2016 un groupe européen d’auteurs spécialistes de l’agribio confirme cet état des lieux.

La probabilité de contamination bactérienne, fongique ou parasitaire est par contre plus élevée pour les produits bio : absence de traitements et moindre protection ou fertilisation organique abritant des germes nocifs pour l’homme. Voir ici l’affaire du concombre espagnol.

Quant aux résidus de produits phytosanitaires, le produits bio en contiennent également, apparemment en moindre proportion, mais il faut savoir que beaucoup de produits autorisés (ou non autorisés ) en bio ne sont pas recherchés. Le récent rapport de l’Efsa (octobre 2016) montre que 97,1 % des produits courants (82 649) et 98,8 % des produits bio (4 792) respectent la réglementation, que respectivement 53,6 % et 87,6 % des échantillons ne contiennent pas de résidus détectables et que 2,9 % et 1,2 % respectivement sont en infraction (dépassements de LMR).

Bio et environnement.

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Nielle, coquelicots et bleuets dans une parcelle d’avoine à Bourg Madame (Cerdagne)

L’agriculture biologique n’utilise pas de produits chimiques de synthèse.  On peut donc légitimement penser que l’impact de l’AB sur l’environnement devrait être plus faible que celui de l’AC. Pas de produit de synthèse dans l’eau ou dans l’air, pas de consommation d’énergie pour produire des engrais et des produits phytosanitaires. Mais il faut savoir qu’en pratique l’AB utilise le Cuivre (sulfate de cuivre de la bouillie bordelaise) en grandes quantités – c’est un des rares fongicide utilisable – alors que le cuivre est un puissant stérilisateur de la vie biologique des sols. De la même façon elle utilise des biocides non issus de la synthèse chimique et souvent non autorisés comme l’huile de neem qui ont des conséquences similaires à l’agriculture conventionnelle sur la faune et la flore.

Le maintien du labour, principale technique permettant de lutter contre les mauvaises herbes en bio, est source d’une consommation accrue d’énergie fossile et de production de GES (sauf dans le cas des prairies pour l’élevage).

L’agriculture biologique est une grande consommatrice de terres. Du fait de rendements moindres en AB, il faut plus de surfaces cultivables pour produire la même quantité d’aliments. Cela implique le défrichement de nouvelles surfaces (souvent en forêts) et une perte de biodiversité au niveau de la planète.

Sur le plan des engrais de ferme, une augmentation des surfaces consacrées à l’AB conduirait inévitablement à un problème de disponibilité de ces engrais notamment dans les régions de grandes cultures.

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Vaches gasconnes en Cerdagne

La bio à la croisée des chemins

Aujourd’hui dans notre pays, la population accède à une nourriture abondante et diversifiée pour un coût qui n’a cessé de baisser depuis un siècle. En 1950, un agriculteur nourrissait 15 personnes, aujourd’hui il en nourrit 4 fois plus pour deux fois moins cher. Selon l’INSEE et France Agrimer, le budget consacré à l’alimentation entre 1960 et 2013 est passé de 23.6% à 12.4% du budget total de consommation d’un ménage.

Ces évolutions balisent le changement de notre rapport à l’alimentation. L’alimentation n’est plus subie par la population sous l’angle réel du manque et de la cherté. Elle l’est maintenant sous le prisme déformé d’une sécurité sanitaire mise en doute dans l’esprit du consommateur.

Toutefois ce changement ne perdurera que s’il s’effectue en toute transparence. Les exemples révélateurs de l’opacité du système sont nombreux, citons par exemple le régime à deux vitesses entre l’AB et le conventionnel, favorisé par les pouvoirs publics, de l’autorisation de mise sur le marché des produits de protection des cultures. Ces mêmes pouvoirs publics auront-ils l’audace démagogique d’accéder à la demande de Claude Gruffat l’actuel Président de Biocoop, lors des 9ème assise de la bio le 19 novembre dernier, de passer d’une TVA de 20% pour les produits conventionnels à 10% pour les produits bio ! Enfin ce qui me paraît tout aussi important c’est qu’aujourd’hui la plus grosse partie des aliments bio est vendue par des grandes surfaces ayant des impératifs de volume, de présentation et de conservation, en provenance d’une production « bio industrielle » qui n’a plus rien à voir avec le bio local du petit producteur tel qu’on le laisse encore faussement laisser croire au consommateur. Ce bio là, on le trouve encore sur nos marchés et lieux de vente de proximité, comme cela a toujours existé.

Cette obligation de transparence me parait essentielle et je reprendrai ici les termes de la conclusion de Jean Louis Bernard  insistant sur le fait que « Pour asseoir son avenir et prospérer, l’agriculture biologique doit convaincre sur des fondements réalistes, construire davantage sur la science et moins sur l’image ». Je préciserai pour ma part, et moins sur le déni et le mensonge.

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Présentation de l’exploitation par Michel Welter, directeur technique.

Vendredi 26 mars 2016 nous étions reçus près d’Abbeville dans la Somme, avec quelques agronomes d’Interactif, par Michel Welter le charismatique Directeur technique de la ferme dite des 1000 vaches.

Première impression : tout est calme, serein, aucun bruit, aucun meuglement, ni dans l’étable où le confort des animaux est de mise, ni à l’approche du roto de traite. La propreté saute aux yeux et l’odeur ammoniaquée des étables ouvertes et lumineuses est à peine perceptible. C’est une agréable odeur d’ensilage qui domine.

Tout éleveur réaliste sait que le bien être animal est la condition essentielle à la performance du troupeau. C’est encore plus le cas ici à la ferme des 1000 vaches que partout ailleurs. Tout cela est très loin des nuisances de petites exploitations mal gérées et mal entretenues… bien loin également de la description faite par un certain nombre de journalistes ignorants ou idéologues et d’activistes de l’écologie politique.

Avant toutes choses et pour recadrer les omissions volontaires des détracteurs, bobos écolos anti viande et autres adeptes du régime Vegan , il faut dire que cet élevage est adossé à 1000 hectares de cultures qui servent à nourrir le troupeau et sa suite. Ce que ces anti-tout décroissants ne disent pas non plus c’est que cette exploitation est constituée par la mise en commun des terres et du troupeau, apportés par une dizaine d’agriculteurs qui tous ont une fonction dans l’entreprise. Cela n’empêche évidemment pas à notre éminent ministre de l’agriculture de déclarer, dans la plus pure démagogie mise au service de la politique, que « la ferme des 1.000 vaches, ce n’est pas mon modèle parce que derrière, c’est un investisseur et il n’y a pas d’agriculteur ». Ce type est un dangereux menteur !

Ce qui n’est également jamais souligné, c’est qu’aujourd’hui (le projet de méthanisation n’a pas encore pu être mis en œuvre) la totalité des rejets, sous forme de lisier ou de compost pour les parties solides, est recyclée sur une grande partie des 1000 ha de l’exploitation. Si l’on n’est pas loin avec ces pratiques de l’agriculture biologique, on est par contre complètement dans le cadre d’une ferme de type « Polyculture élevage » comme il en existe des milliers dans notre pays, la seule différence étant la taille.

C’est la technologie qui permet cet équilibre de haut niveau. Une technologie pointue empruntée aux pays nordiques, l’Allemagne en particulier, mais également à l’Espagne  pour ce qui est des bâtiments et de la traite. Aux américains en ce qui concerne la performance et l’alimentation du troupeau (en pleine constitution et amélioration), plutôt que la performance individuelle de chaque animal. La ration distribuée vise une production de 30 litres de lait par jour et par animal quel qu’il soit. Les performances sont enregistrées ainsi que le comportement des animaux. Une sélection ininterrompue est réalisée.

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Roto de traite pour 50 vaches permettant trois traites par jour

 

P1070932_2Pour ce qui est des productions végétales, c’est la mise en œuvre d’une technologie déjà répandue en France, dite de conservation des sols, basée sur le non labour, le semis direct (TCS ou techniques culturales simplifiées) et les cultures intermédiaires. L’avantage de ces techniques étant un gain de temps au niveau des façons culturales (travail du sol, semis…), ce qui est vital sur des surfaces importantes. C’est également un gain important en matière d’économie d’énergie par rapport au labour. C’est une technique permettant une meilleure gestion de la matière organique des sols.

C’est l’organisation du travail à la ferme des milles vaches avec ses 18 salariés organisés en 2 équipes tournant sur 35 heures par semaine qui permet de satisfaire aux aspirations légitimes de la main d’œuvre rurale. Plus rien à voir avec l’exploitation familiale et le producteur laitier seul avec son vacher, 80 et 90 heures par jour sur l’exploitation, pas de vacances… pour un résultat équivalent au smic !

Il est d’ailleurs sidérant de voir des syndicats défendre, pour la production laitière de masse, ce modèle économique… à moins que ce ne soit une façon de refuser systématiquement la technologie, la croissance, la concentration et la compétitivité… Ou alors que ce soit une façon de persister dans le modèle décroissant de l’agriculture subventionnée avec des subventions payées par de la dette. Qu’on le veuille ou non, c’est ce modèle qui n’est pas durable et non le modèle basé sur de grandes unités.

Bien entendu, une partie de la production laitière française à plus forte valeur ajoutée (appellations, fromages…), plus liée au terroir peut parfaitement continuer à prospérer sur des unités de type familial. Cette cohabitation est d’ailleurs hautement souhaitable. Même si ce type de productions ne représente actuellement que 20 ou 30 % de la quantité totale de lait, il est vain et contre productif de les opposer.

P1070933_2« Oser l’expérimentation de la ferme des mille vaches. »

C’est fait. Ici près d’Abbeville, avec la rencontre d’un agriculteur converti au BTP puis par passion revenu « à la ferme » en apportant les capitaux. Rencontre avec une dizaine d’autres agriculteurs ayant mis en commun leur outil de production et actuellement impliqués dans l’organisation. Rencontre avec un organisateur performant, ancien agriculteur également, ayant passé quelques années dans un institut technique renommé où il s’approprie les nouvelles technologie. Sa curiosité l’emmènera au delà, à la rencontre des expériences extérieures. C’est avec ce bagage qu’il concevra la ferme des mille vaches en y injectant toute l’expertise acquise. Il en assure aujourd’hui la gestion quotidienne, nécessitant une organisation sans faille et une gestion rapprochée, au millimètre, avec professionnalisme et discipline de tous les instants.

« Oser l’expérimentation des très grandes fermes »,

c’est également le titre du dernier chapitre, en guise de conclusion, d’un rapport du Sénat critique et documenté sur la situation du secteur laitier après les quotas. Publié en juin 2015, il a été coordonné par les sénateurs Claude Haut (PS, Vaucluse) et Michel Raison (LR, Haute Loire – ancien éleveur laitier et administrateur de la FNPL).

Le chapitre en relation directe avec notre sujet est à la page 55. Il concerne les perspectives. Après avoir regretté l’absence dramatique de stratégie du Ministère de l’Agriculture (contrairement à l’Allemagne par exemple : « L’Allemagne, de toute évidence, a une stratégie : être compétitive dans la compétition mondiale »), les rédacteurs se posent la question du « Comment accompagner la stratégie : avoir confiance, préserver les intérêts de la filière française, se former, innover ».

Tout est dit ou presque… et de rajouter fort opportunément que :

« Les exploitations ferment, faute de repreneurs, et la spirale de la déprise se met en place : moins d’exploitations, moins de lait, moins de collectes, moins (plus du tout !) de laiteries, de transformateurs. Ce type de projet est un moyen de ramener de l’élevage dans une région de grande culture et de maintenir une activité laitière dans une région en déprise laitière ».

Silo de maïs adapté à la taille du troupeau

Silo de maïs adapté à la taille du troupeau

Quelques références :

Maison du lait – La filière laitière française en 50 chiffres.

N° 556 SÉNAT – Session ordinaire 2014-2015 – Enregistré à la Présidence du Sénat le 25 juin 2015 – Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires européennes sur la situation du secteur laitier après les quotas, par MM. Claude HAUT et Michel RAISON, Sénateurs.

Agriculture & environnement – Haro sur la ferme des 1000 vaches !

Agriculture de conservation – La ferme des 1000 vaches : high-tech ou low-tech ?

Voir également ici :

Interactif – La ferme des 1000 vaches : Une exploitation de polyculture élevage en Picardie

Que l’on ne s’y trompe pas.

Loin de moi l’idée de partir en guerre contre l’agriculture biologique, bien au contraire. C’est un mode de production que je défend tout autant que d’autres modes de production. De même que j’admire les agriculteurs bio qui ont adopté cette démarche par éthique et par conviction. Quant aux opportunistes qui surfent sur une mode ou une demande comme c’est le cas entre autres dans le domaine de la vigne et du vin (on pourrait discuter sur la façon dont s’est fabriquée cette demande), grand bien leur fasse. La demande existe, est encore solvable, il faut la satisfaire.

Je n’inclue pas dans la culture biologique, la biodynamie qui est une pseudoscience plus proche des gourous et des sectes que de la science agronomique.

Par contre, ce qui n’est pas acceptable, ce sont les mensonges, au mieux les inexactitudes et les manipulations de l’opinion en découlant, qui courent journellement dans les médias. Que ce soit la télévision (Envoyé spécial sur A2 ou les émissions à charge sur Arte par exemple…), les grands journaux nationaux (Le Monde, Libé, le Figaro…) qui relaient des propos complètement erronés mais toujours plus anxiogènes. Propos colportés par des associations et autres « collectifs », et il y en a un nombre impressionnant (Générations futures de Veillerette par exemple…), des individus isolés (I. Saporta, M.M. Robin…), des ONG (Greenpeace, Attac…). Bref tous ces gens ayant en commun de vouloir détruire (et non améliorer comme ce serait bien plus efficace) notre modèle de société. Détruire les méchantes grandes multinationales qui nous veulent du mal, remplacer le capitalisme par des doctrines qui sont loin d’avoir fait leurs preuves dans le passé, s’opposer à la mondialisation (sic), en d’autres termes mettre en place un modèle économique décroissant. Modèle qui serait, justement avec la mondialisation, la fin de notre civilation occidentale. Modèles ou l’on fait croire au citoyen qu’il est possible de reprendre le pouvoir seul, qu’il n’y a de Science que citoyenne

A titre d’exemple, lorsque l’on fait croire que l’agriculture bio n’utilise pas de pesticides alors alors que c’est totalement faux : il existe pas moins de 400 spécialités différentes de pesticides utilisés par l’agriculture biologique. : voici une petite animation réalisée par A&E (Agriculture et Environnement) qui donne une tout autre vision de la réalité des choses :

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Et cela, c’est sans compter les produits non autorisés qui sont quand même utilisés.
A ce propos je voudrais prendre l’exemple ici d’un produit présentant des propriétés insecticides que pratiquement, à ma connaissance, tous les agriculteurs bio utilisent et en particulier les maraîchers et les arboriculteurs : il s’agit de « l’huile de neem ».
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L’huile de neem est largement utilisée dans la pratique bio.

Margousier arbreLe neem (Azadirachta indica ou margousier) est un arbre à feuillage persistant, originaire d’Inde, appartenant à la famille des Méliaceae (famille de l’acajou). Ses graines (jusqu’à 30 kg par arbre) sont riches, entre autres, en azadirachtine (0.2 à 0.8 %), une molécule à structure complexe, aux propriétés insecticides intéressantes.

L’azadirachtine est un insecticide puissant mais peu sélectif dont la toxicité aigüe sur les mammifères est faible (DL50 = 3540 mg/kg). Sa dégradation est rapide car la molécule est photosensible. Son large spectre d’activité constitue un gros inconvénient sur le plan environnemental : faune auxilliaire, abeilles et bourdons, poissons et animaux aquatiques, de nombreux insecticides issus de la synthèse chimique ont des chances de faire beaucoup mieux, notamment les fameux néonicotinoïdes . Voilà un exemple de produit naturel peu respectueux de l’environnement. Cela n’empêche pas le lobby bio de faire pression auprès de nombreux députés nationaux et Européens pour que l’huile de neem puisse être autorisée en agriculture biologique.

A ce propos, notons quand même quelques faits troublants sinon peu cohérents, puisque l’azadirachtine était interdite en Europe depuis 2008, qu’elle est maintenant inscrite sur l’annexe I depuis 2012, qu’elle est néanmoins toujours interdite en France, mais a bénéficié récemment d’une autorisation temporaire de 120 jours, pour le Neemazal-T/S (azadirachtine à 1 %), qui vient de prendre fin hier 11 juillet 2015 !

Fruit du margousier

Fruit du margousier

L’huile de neem est également connue en médecine traditionnelle en Inde et en Afrique ou l’on ne compte plus ses propriétés contre le paludisme, la malaria, la fièvre, les vers intestinaux… Ce qui est moins souvent évoqué, ce sont ses caractéristiques anticonceptionnelles et abortives liées  vraisemblablement à ses propriétés de perturbateur endocrinien. De même, la nimbine, un autre composé présent dans l’huile de neem possède d’importants effets spermicides. Comme quoi, savoirs traditionnels et pratiques populaires ne sont pas à mettre entre toutes les mains !

 

Ce qui est critiquable dans cette affaire c’est que, parce que l’huile de neem est un produit naturel, parce que ce sont de petites sociétés qui s’intéressent à sa mise sur le marché, certains pensent et souhaiteraient que le dossier d’autorisation de ce pesticide soient allégé par rapport à ce qui est demandé pour les substances actives classiques. C’est un non sens compte tenu des profils toxicologique et écotoxicologique de la substance (que l’on connait mal par ailleurs – voir ici pour l’azadirachtine).

A l’époque ou l’on entend tous les agitateurs anti-pesticides accuser ces derniers sans distinction et sans preuves d’être des perturbateurs endocriniens, on ne les voit pas beaucoup s’opposer l’utilisation du neem… au contraire ! Mais c’est un insecticide naturel, il faut donc croire que c’est naturellement bon !!!

L’huile de neem est en vente, du flacon de 10 cc au bidon de 30 litres sur E Bay. Avis aux amateurs !!!

Conclusion, voilà un domaine où règne désinformation et hypocrisie la plus parfaite : l’agriculture bio utilise un nombre conséquent de pesticides. Les deux produits les plus utilisés sont le cuivre (fongicide) et l’huile de neem (insecticide). L’un est autorisé, l’autre ne l’est pas. La préservation de l’environnement n’est pas assurée pour ces deux produits, alors que celle des produits conventionnels est généralement bien meilleure. Enfin l’effet sur la santé humaine est entachée de lourds soupçons (perturbateur endocrinien, gamétocide…). Ces doutes ne pourront être levés que lorsqu’un dossier complet d’autorisation de mise sur le marché, à l’instar des produits conventionnels, aura été établi et instruit par les autorités compétentes.

En complément :
Pratiques conventionnelles et pratiques bio

Cette consultation publique ne doit pas être la chasse gardée des membres des organisations activistes écolos et autres faucheurs volontaires, comme ce fut le cas de celle de mars 2012 (857 participants massivement favorables à l’interdiction). La note de présentation est parfaitement partiale et ne peut qu’abuser une personne qui n’a pas de connaissances particulières sur le sujet.

Que ceux qui refusent la falsification des faits et prônent des valeurs d’honnêteté intellectuelle prennent quelque temps pour y répondre

Petit rappel sur la saga française du MON 810

1986 : Création de la Commission du Génie Biomoléculaire (1ère instance nationale d’évaluation des risques)

1997 : 1ère interdiction des OGM par Alain Juppé

1998 : 1ère autorisation du MON 810 par l’Union Européenne

1999 : Création de l’AFSSA, devenue ANSES en 2010 : notre agence Nationale d’évaluation des risques

2002 : Création de l’EFSA, l’agence Européenne d’évaluation des risques

2007 : 21 000 ha de Mon 810 cultivés en France ou l’on montre que cette variété a un effet très important sur la diminution des mycotoxines produite en fin de végétation

2008 : Création du Haut Conseil des biotechnologies (comme si les évaluations de l’ANSES ne suffisaient pas. En fait une agence de plus pour camoufler les décisions honteuses prises par nos politiques)

2008 : Suite au Grenelle de l’environnement, Jean Louis Borloo, avec des arguments totalement fallacieux obtient la mise en place en France d’un moratoire interdisant la culture du MON 810.

2011 : La cour de justice de l’Union Européenne indique que l’état Français ne pouvait interdire le MON 810 sur son territoire, sans bafouer la procédure Européenne

2011 : Le conseil d’Etat valide la décision de la CJUE et demande à l’état Français de retirer les arrêtés de 2007 et 2008

2012 : Nouvelle clause de sauvegarde (suite à une note relative a une mesure d’urgence pondue par Nathalie Kosciusko Morizet), remplaçant celle annulée par le Conseil d’Etat en 2011… Le HCB n’a meme pas été consulté.

2013 : Le Conseil d’Etat annule une nouvelle fois l’interdiction de cultiver en France le maïs transgénique MON 810.

2014 : le gouvernement s’affole, les agriculteurs pourraient légalement semer du maïs transgénique au printemps. Proposition de loi « anti-maïs OGM » déposée au Sénat le 4 février par le Sénateur Alain Fauconnier. Proposition retoquée par le sénat le 12 février, qu’à cela ne tienne, projet d’arrêté le 18 février et mise en place en catimini d’une consultation publique (a l’usage des initiés, membres des organisations activistes écolos et autres faucheurs volontaires) jusqu’au 9 mars 2014.

Ma réponse à la consultation publique sur le projet d’arrêté, interdisant la commercialisation et l’utilisation des variétés de semences génétiquement modifiées (Zea mays L. lignée MON 810)

Un arrêté National qui ne prend pas en compte les avis de ses instances nationales, créées expressément pour cela, n’est pas DIGNE des politiques qui le proposent à la consultation des citoyens.

L’ANSES et le comité scientifique du HCB ne sont même pas cités. Vous occultez l’avis des experts et des scientifiques qui engagent leur responsabilité vis-à-vis de l’abscence de risque tant sur le plan sécurité alimentaire que sur le plan environnemental. Vous préférez leur opposer des études ponctuelles qui n’ont de valeur que l’inconnu de leurs auteurs. De plus l’étude que vous citez (Campagne et al.) se réfère à un insecte qui se développe sur le maïs, sorgho et canne à sucre en Afrique (Busseola fusca) et n’est pas présent en France !

Ces quelques pseudo-arguments (on pourrait les multiplier), indiquent que vous, politiques, continuez à tromper et à manipuler l’opinion publique sur un terrain clivant et anxiogène (« risque important »…, « mettant en péril »…, « propagation d’organismes nuisibles »…). Dans ce dernier cas vous trompez le public par omission en feignant de ne pas savoir que le développement d’individus résistants n’est pas l’apanage des Plantes Génétiquement Modifiées, mais qu’on en trouve autant avec les variétés classiques et même anciennes.

Cet arrêté est irrecevable sur le plan scientifique. Il l’est également sur le plan juridique (voir les annulations du Conseil d’état). Ce genre de démarche paranoïaque contribue à cliver la société  notamment entre le citoyen et la science, ce qui est grave pour le futur développement de mon pays.

Enfin, ils n’ont pas eu le culot de citer Séralini. C’est quand même un signe… un peu rassurant sur la valeur des élucubrations pseudo scientifiques du triste sire.

Bonne gestion du risque sur ce coup là messieurs les politiques.

J’accepte parfaitement le fait que des individus puissent être opposés à la transgénèse végétale. Pour de bonnes raisons (par conviction…) ou, plus difficilement, pour de mauvaises raisons (par peur, suite à de nombreuses années de manipulation idéologique par exemple…).

Par contre lorsque cette manipulation est érigée en principe de gouvernement par nos politiques depuis de nombreuses années, quelles qu’en soient les « bonnes » raisons, cela devient inacceptable. La situation devient alors intolérable et impardonnable lorsque cette manipulation des esprits repose sur le détournement de résultats scientifiques avérés et sur un caricatural déni du travail de nos experts et de nos scientifiques.

    La recherche française est discréditée et bafouée.

L’exemple est donné au plus haut sommet de l’état. Cela ajoute à la perte de repères du citoyen lambda qui ne croit plus en la science, refuse des choix technologiques pourtant peu risqués et tourne le dos a une croissance maîtrisée.

La boucle est bouclée lorsque l’on voit la baisse très inquiétante des cursus scientifiques en France et le départ de nos chercheurs à l’étranger.

Incohérence des propositions politiques de l’Agro-écologie.

Les biotechnologies végétales sont totalement absentes de la prochaine « loi d’avenir sur l’agriculture » basée justement sur ce concept d’agro-écologie. Or, seule la culture de variétés issues de ces technologies permettra de réduire  l’utilisation des produits chimiques ou biologiques. Aujourd’hui, les maïs Bt constituent de loin la meilleure solution pour lutter écologiquement contre les principaux ravageurs du maïs (Mon 810 contre pyrale, MON 863 contre Diabrotica).

Par pur dogmatisme, ces opportunités d’améliorer environnement, biodiversité et santé du consommateur sont interdites en France

Projet d’arrêté

OGM, la question politique – Marcel Kuntz, janvier 2014 – Presses universitaires de Grenoble dans la collection Rien d’impossible

Plantes génétiquement modifiées – Académie d’agriculture (groupe de réflexion)

Analyse de la proposition de loi Fauconnier contre le maïs génétiquement modifié MON 810 – Marcel Kuntz, AFIS 14 février 2014

Lettre adressée au gouvernement – Georges Pelletier AFBV, 20 février 2014

Pourrons-nous vivre sans OGM ? Yvette Dattée et Georges Pelletier, février 2014 aux éditions Quae

Coup de Cœur… de Neufchâtel

 Titre un peu bateau me direz vous…, mais quand même 90% du fromage de Neufchâtel est vendu sous forme de cœurs. Je ne sais s’il y a un brevet mais je ne connais pas d’équivalents parmi les 1000… et quelques fromages français !

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 Bref, nous reviendrons sur les diverses présentations que peut prendre ce fromage, mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce sont ceux et celles qui élaborent ces magnifiques produits de terroir. Souvent au prix d’un énorme travail, et que tous ceux qui se targuent de donner des leçons d’agriculture dans nos médias favoris feraient bien de le mesurer a sa juste valeur.

 Je suis donc allé rencontrer par une belle matinée de fin août, dans sa ferme à Mesnil-Mauger dans le Pays de Bray en Seine Maritime, ma confectionneuse et  vendeuse de Neufchâtel du marché du Clos, place Saint Marc à Rouen. Elle y est tous les samedis,  et nous propose sa gamme de fromages, affinés comme vous le souhaitez. Je suis un inconditionnel des bons fromages, des fromages normands et du Neufchâtel en particulier…

Marché du Clos, Place Saint Marc à Rouen - Vente directe tous les samedis matin

Marché du Clos, Place Saint Marc à Rouen – Vente directe tous les samedis matin

Je déguste du Neufchâtel depuis maintenant 40 ans. Ceux ci sont a mon avis les meilleurs et la qualité est constante. Mais chaque fromage reste une découverte, toujours différent du précédent… Les raisons de cette qualité :

  1. Ils sont élaborés avec le plus grand soin et conformément aux bonnes pratiques de l’appellation, mais également avec le savoir faire traditionnel.
  2. Ils sortent de la cave d’affinage le matin même où ils sont présentés aux clients sur l’étal du marché
  3. Notre hôte connaît parfaitement le degré d’affinage de ses fromages… et les goûts de ses clients. Ce n’est pas un revendeur.
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Bonde de Neufchâtel affinée à mon goût.

Le pays de Bray

 Le pays de Bray est une région naturelle située en Seine Maritime et dans l’Oise. Elle correspond a une dépression d’une dizaine de kilomètres de large qui s’étend entre Beauvais et Neufchâtel en Bray sur environ 80 km. Cette dépression était auparavant, à l’époque des bains de mer, traversée par la ligne de chemins de fer Paris Dieppe. Elle a été reconvertie en « Avenue Verte », empruntée par cyclistes et randonneurs, sur 47 km entre Forges les eaux et Arques la Bataille.  pays de bray
 Sur le plan géologique, cette « boutonnière » s’est formée lors de la formation des alpes avec des phénomènes d’érosion ont entaillé les couches calcaires supportant les plateaux Picard et du Pays de Caux. Dans ces mouvements géologiques, les couches d’argile présentes sous la craie sont ainsi apparues notamment au fond de la boutonnière que l’homme a façonné en une région de bocage favorable aux herbages pour l’élevage bovin laitier. La région la plus bocagère avec des surfaces toujours en herbe importantes se situe autour de Forges les eaux. Les bordures et les crêtes de la boutonnière, plus crayeuses sont par contre consacrées à la grande culture (blé, orge, colza…) comme la région de Londinières à l’ouest de Neufchâtel en Bray.
Entre Mesnil-Mauger et Saint-Saire

Bocage Brayon entre Mesnil-Mauger et Saint-Saire

La fabrication du Neufchâtel à Mesnil-Mauger

– L’EARL du vieux chêne

  Le lait provient d’un troupeau de 70 vaches en lactation, dont 30% de race Normande environ, le reste étant de race Holstein. La race Normande est un peu moins productrice que la Holstein, mais la teneur en matière grasse du lait est bien supérieure. Le cahier des charges de l’appellation d’origine « Neufchatel » prévoit cependant une proportion de 60 % de normandes dans le troupeau au 1er juin 2017.  P1060020_2

Mesnil-Mauger - Eglise du XVème siècle

Mesnil-Mauger – Eglise du XVème siècle

Renouvellement...

Renouvellement…

 Le fromage est fabriqué à partir des 600 litres de la traite du matin. Les 500 litres de la traite du soir étant enlevés par la société Lactalis (Président, Lactel, Bridel en France…). Il faut entre 1.2 l et 1.4 l de lait environ pour faire un fromage de 200 grammes.

 Les différentes opérations successives sont :

1. Le caillage : le lait est emprésuré aussitôt la traite (25-30 degrés). Le caillage dure environ 24 heures.

2. L’égouttage : le caillé est versé dans des sacs suspendus de manière a ce que le « petit lait » s’égoutte pendant environ 6 à 12 heures.

Banc d'égouttage

Banc d’égouttage

3. Le pressage : pour obtenir une pâte de consistance adéquate (environ 40% d’extrait sec), les sacs ainsi égouttés sont encore pressés avec une presse a levier fixée sur une table d’égouttage.

Presse - Le sérum obtenu après égouttage et pressage est utilisé pour nourrir pocs et bovins.

Presse – Le sérum obtenu après égouttage et pressage est utilisé pour nourrir pocs et bovins.

4. Malaxage, salage et ensemencement en pénicillium : la pâte est rendue homogène avec un malaxeur de type pétrin de boulanger. Le salage se fait dans la masse, a 2%, ce qui donne un fromage beaucoup moins salé que lorsqu’il est appliqué à la main en surface après le moulage. L’ensemencement en pénicillium candidum se fait également pendant le malaxage. Auparavant le fromager allait chercher du « vaccin » dans une autre ferme pour ensemencer ses fromages.

Moules en inox - Moulage a la main

Moules en inox – Moulage a la main

5. Le moulage : la pâte est moulée dans des formes d’un poids définis par décret. On a ainsi des bondes, carrés et briquettes d’un poids de 100 g, des cœurs et des doubles bondes de 200 g et des gros coeurs de 600 g. Les moules autrefois appelés des « gailles » sont en acier inoxydable ou dans des matières de type silicone.

Moules en "silicone" - Moulage "industriel"

Moules en « silicone » – Moulage « industriel »

Coeurs, carrés et bondes "frais"

Coeurs, carrés et bondes « frais »

6. L’affinage : après démoulage, les fromages sont entreposés dans un hâloir (chambre froide  autour de 10 – 14 °C) pendant 24 h pour « fleurir ». Le Neufchâtel peut ainsi être commercialisé à partir du 10ème jour après le démoulage. Mais il peut être affiné pendant plusieurs semaines voir plusieurs mois pour le plus grand plaisir des véritables amateurs.

Gros Coeurs de 600 g en cours d'affinage

Gros Coeurs de 600 g en cours d’affinage

Affinage de plusieurs semaines... à plusieurs mois...

Affinage de 10 jours… à plusieurs mois.

Un exemplaire hors normes

Un exemplaire hors normes

L’appellation Neufchâtel

L’AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) Neufchâtel a été obtenue en 1969. En 1996 l’ AOP est venue compléter l’appellation au niveau Européen.

La production du lait, l’affinage des fromages sont réalisés par une soixantaine de producteurs dans une aire géographique s’étendant sur 135 communes situées entre Neufchâtel en Bray et Forges les Eaux en Seine Maritime.

Principales contraintes du cahier des charges de l’appellation d’Orgine :

  1. La race Normande :  60% a partir du 1er juin 2017
  2. Alimentation : avec 6 mois de pâturage obligatoire dans l’année, représentant plus de 50% de la ration de base exprimée sur la matière sèche.
  3. L’exploitation comporte au minimum par vache en lactation 0.25 ha de prairie paturable et au maximum 0.25 ha de maïs ensilage destiné au troupeau.
  4. 80% de la ration doit provenir de la zone d’appellation.

P1060014_2Un peu d’histoire…

Le XIXe siècle sera la grande époque de ce fromage, avec le développement des transports et
notamment la création du chemin de fer, la demande explose. Ce fromage, du fait de son acidité et de sa teneur en sel, peut être conservé longtemps et donc se révèle tout à fait apte au transport. Ainsi on le retrouve sur les marchés Parisiens et bien au delà…

En 1839, Guillaumin le présente en ces termes :  » II y a trois sortes de fromages de Neufchâtel : le fromage à la crème, pour lequel on ajoute de la crème au lait doux ; le fromage à tout bien, fait avec le lait naturel sans ajouter ni ôter de crème ; le fromage maigre, fait avec du lait écrémé. Le second est celui de la plus grande consommation ; les fromages à tout bien se conservent près de trois mois, le fromage à la crème se conserve plus longtemps, le fromage maigre se conserve mal. » Les quantités de neufchâtel vendues aux marchés de Paris sont très importantes. Les « bondons » de  Neufchâtel, ainsi appelés car ils avaient la forme d’un gros bouchon, sont vendus frais et Husson, en 1856, indique une consommation parisienne de près de trois millions de bondons de Neufchâtel par an.
En 1865 le Neufchâtel obtient une médaille d’or au concours de Paris.

Le « Petit Suisse » est un fromage à la crème. Il a vu le jour dans les années 1850, dans la Laiterie normande d’Auvilliers près de Beauvais. L’un des employés, un garçon vacher suisse, proposa à la propriétaire des lieux, Madame Hérould, de mélanger de la crème au caillé en vue d’affiner le fromage, comme cela se pratiquait dans son pays.

Les premiers "Petit Suisse" de la marque Gervais

Les premiers « Petit Suisse » de la marque Gervais

Madame Hérould se réjouit tant du résultat qu’elle baptisa ce fromage frais « Petit Suisse » en l’honneur du jeune garçon vacher. A la fin du siècle, c’est la maison Gervais à Ferrières en Bray qui devient le véritable spécialiste de ce fromage. J. Morière, dans son travail sur l’industrie fromagère dans le département de la Seine-Inférieure en 1877, évoque le fromage double-crème comme étant fabriqué surtout par la maison Gervais et par son concurrent direct, M. Pommel à Gournay.

Les quantités vendues sont énormes selon Morière : « Pour donner une idée de l’importance de la fabrication de ce genre de fromages [double-crème] chez les deux fabricants que nous venons de citer, il suffira de dire que M. Gervais reçoit chaque jour des fermes qui l’avoisinent le lait de 3000 à 4000 vaches, et que M. Pommel emploie le lait de 1500
vaches, dont 100 sont entretenues sur son exploitation. » La ligne ferroviaire Paris-Dieppe, nouvellement créée, contribuait à transporter chaque jour le « Petit Suisse »  à destination de Paris, où celui-ci arrivait frais tous les matins pour des amateurs en nombre croissant. Les successeurs de Charles Gervais (1830 – 1892) améliorèrent le processus de production. Jusqu’en 1967 où Gervais et Danone ont fusionné, le « Petit Suisse » devenant ainsi une marque de Danone. Aujourd’hui, il n’y a plus de petits suisses fermiers. Les petits-suisses sont fabriqués industriellement et c’est l’usine de Neufchâtel-en-Bray qui produit, à elle seule, plus de cinq milliards de petits suisses par an.

Etiquette Excelsior de chez "Dubuc & fils"

Etiquette Excelsior de chez « Dubuc & fils »

Il se fabriquait  également à Rouvray-Catillon, près de Forges les Eaux, un fromage très riche en matière grasse (72%), un double crème appelé Excelsior également inventé au 19ème siècle par la famille Dubuc et auquel le fromager parisien Henri Androuët a donné son nom.  Malheureusement la production d’Excelsior s’est arrêtée dans les années 1980. Ce même fromager Parisien  créa également le Brillat Savarin en s’inspirant très fortement de l’Excelsior… Aujourd’hui le Brillat Savarin est exclusivement fabriqué par 4 fromageries Bourguignonnes.