Category: Musique – Jazz


Sant Andreu Jazz Band

 

Sant Andreu 3Le Sant Andreu Jazz Band est né dans les années 2006, dans un conservatoire de musique d’un quartier de Barcelone dirigé par un homme remarquable Joan Chamorro. Ce contrebassiste multi-instrumentiste (saxo baryton, saxo tenor, clarinette basse…) a formé en 12 années une quantité de jeunes talents à son image. Filles et garçons le plus souvent aussi multi-instrumentistes qui se sont produits, instruments et chant, dans un nombre impressionnant de manifestations (catalanes, espagnoles et mondiales). Ceci dans de multiples configurations allant du trio au Big band, accompagnés par des Jazzmen espagnols confirmés et des pointures du jazz international comme Scott Hamilton, Dick Oats, Joel Frahm, Scott Robinson…

Sant Andreu 1Un festival de Jazz a lieu fin septembre à Barcelone depuis maintenant 5 ans, le dernier en date : 5ème JAZZING Festival de jazz de Sant Andreu

Difficile de citer toutes ces pépites ainsi mises au jour ! J’ai essayé d’en présenter quelques unes à la fin de  ce billet. Mais on ne peut en rester là sans évoquer de suite Andréa Motis la star internationale née de ce tsunami musical.

 

 

Andrea Motis

Sant Andreu 2Présentation : He’s Funny That Way,  promenade dans Barcelone

Difficile de résumer un début de carrière aussi époustouflant en choisissant 2 morceaux dans un répertoire déjà impressionnant :

Señor Blues : est une composition du pianiste Horace Silver, interprétée ici au palais de la Musique Catalane de Barcelone en décembre 2016. Elle est accompagnée par son habituelle section rythmique magique avec Joan Chamorro (contrebasse), Ignasi Terraza (fabuleux pianiste aveugle), Josep Traver (guitare), Esteve Pi à la batterie et un invité, l’élégant saxophoniste Perico Sambeat au saxo soprano.

Lullaby of Birdland : un standard du compositeur américain Georges Shearing, enregistré ici le 13 avril 2013 au Jamboree, un club de jazz Barcelonais, avec toujours la même section rythmique et le saxophoniste ténor américain Scott Hamilton. L’intro en fugue de Ignasi Terraza est un véritable chef d’oeuvre… le reste suit !

Crazy : avec son mentor Joan Chamorro dans un style plus pop, avec un remarquable échange entre le maître et l’élève.

Andrea Motis – Site web

Andrea Motis, 19 ans, haute autorité du jazz tradi

La valeur n’attend pas le nombre des années

Petite fleur : ici en juin 2009, Andréa Motis (14 ans), Eva Fernandez (15 ans) aux saxos soprano, Carla Motis (12 ans) la petite soeur d’Andrea au bandjo et Magali Datzira (12 ans) à la contrebasse.

Bei mir biste du schön : avec le joli sourire de Magali Datzira (16 ans) en 2011

What’s new : Elsa Armengou en 2017. Quel sens de la musique, quelle attaque, on dirait Clifford Brown, quel phrasé. On peine à entendre le passage au chorus d’un musicien chevronné comme Magnarelli. Fabuleux !

A tisket a tasket : Alba Armengou et Alba Esteban

Empathie

« After you’ve gone « 

I like to hear it sometimes

J’aime…

« Moody’s Mood for love » : une fabuleuse intro de Dick Oats au sax alto, un trio de filles époustouflant (Andrea Motis, Magali Datzira, Eva Fernandez)… et un magnifique chorus de Joan Mar Sauque à la trompette. Le plaisir à l’état pur ! Amy Winehouse n’est pas loin !

Dans le magnifique décor de la Plaza Real

Minor swing

China boy : Tous les kids sont présents. Quels talents !

Jazz symphonique

(In my) Solitude : thème composé en 1934 par Duke Ellington, magistralement interprété par Andrea Motis, accompagnée par l’orchestre symphonique Del Valles dans les ors du palais de la musique Catalane de Barcelone.

My favorite things : chanson écrite pour la comédie musicale de Broadway, La Mélodie du bonheur (The Sound of Music). Ce morceau est devenu un standard de jazz car repris de nombreuses fois par de grands interprètes comme le grand John Coltrane.

Quelques Bossa nova

Recado : ou l’art de la syncope. Magnifique chorus de Marçal Perramon ( saxo tenor). Le petit Victor Carrascosa (trompette) est renversant de génie. Quant à Luigi Grasso à l’alto… ces trois là ont une classe internationale.

A felicidade : avec Andrea Motis  ses chœurs, Joan Mar Sauque et Joel Frahm

Thanks for sharing

Ce qu’il y a de formidable dans l’aventure du SAJB emmenée par Joan Chamorro depuis maintenant plus de 10 années, contrairement à d’autres groupes ou artistes qui entendent tout monnayer, c’est la volonté de faire partager cette exceptionnelle réussite. Ainsi, un nombre très important d’enregistrements sont directement accessibles, bien qu’ils fassent l’objet de CD ou DVD marchands. Je pense que cette philosophie de mettre à disposition et de porter à la connaissance est finalement gagnante et il faut s’en réjouir.

L’autre intérêt consiste tout simplement à savourer les commentaires souvent très pertinents et toujours enflammés que l’écoute de ces jeunes musiciens engendre

Une sélection de mes pépites préférées et de leurs meilleures interprétations

Ma play list Youtube : Plus de 200 enregistrements de grande qualité

Magali Datzira                                              Rita Payes

Sant Andreu 4

S’il fallait choisir entre toutes ces divas… c’est vers ce petit plus, cette sensibilité, ce grain de folie que j’irai bien volontiers.
Lady sings the blues : dans la peau de Billie…
Night and day… accompagnée par Eva et Andrea      Just a closer walk with thee
Unchain my heart

Sant Andreu 7

Elle a intégré le SAJB en 2013 trombone et chant. Flor de lis … et le travail magnifique au trombone
So danço samba : ici avec Andrea Motis et Scott Robinson… Getz & Gilberto ?
I’m fool to want you : bel hommage à Billie Holiday
Gloomy sunday : avec le nonet de Joan Chamorro. Quelle orchestration et quel talent pour ce petit bout de bonne femme devant de pareilles pointures !

                                                  

Elia Bastida                                                         Eva Fernandez

Sant Andreu 6

Violoniste solo du SAJB, chant et saxophoniste tenor. You’d be so nice to come home
Baïao de quatro toques : Bossa ou 5ème symphonie de Beethoven ?                                                                                                       Doralice                                                Elle a rendu le 26 oct. 2018 un hommage à Didier Lockwood au festival de jazz de Saint Amarin en Alsace. Le Sant Andeu Jazz band l’accompagnait en compagnie de Fiona Monbet la violoniste préférée du musicien décédé en février 2018 à l’âge de 62 ans

Sant Andreu 5

Chant, saxophones alto et soprano
Mad about the boy
Close your eyes
Boogies blues (de Gene Krupa) avec Wycliffe Gordon au trombone et une jolie petite intro au sax soprano par Alba Esteban
Et maintenant : Para leer en forma interrogativa

 

 

 

 

 

Alba Armengou                                              Abril Sauri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joan Marti                               Joan Codina                      Marçal Perramon

Sant Andreu 12

Luminescence
At long last love (avec Magali Datzira Cb) Poutin (avec Terell Stafford) en 2012
From this moment

 

Joan Mar Sauque                Victor Carrascosa               Marc Martin

Sant Andreu 14

Tenderly (avec Luigi Grasso & Magali Datzira)
Sail away
A felicidade

 

 

Quelques commentaires glanés au hasard…

Joan Chamorro and his students are the best thing to come out of Spain since Flamenco.

J’écoute encore et encore sans jamais me lasser …… c’est magique !

Rita’s singing is an open channel to the human heart and soul.

C’est autant pour Albert Raisner que pour tout ce qu’il représente que je replonge, avec un vrai plaisir je l’avoue, dans la période « yé-yé » de mon adolescence.  Cette appellation est apparue dans une chronique publiée dans Le Monde par le sociologue Edgar Morin baptisant de « yé-yé » les jeunes gens réunis place de la Nation à Paris en juin 1963 à l’occasion du 1er anniversaire du magazine Salut les copains. Il ignore alors que cette expression va entrer dans l’histoire.

photo : Stéphane de Sakutin, AFP

 

Albert Raisner est décédé ce 1er janvier. Il avait 88 ans, l’âge de ma mère qui elle a la chance d’être encore en bonne santé.

De formation classique, puisqu’il s’initie tout jeune au piano et au violon, ce bon musicien (et compositeur) forme pendant la guerre un premier trio de Jazz dont je n’ai malheureusement pas retrouvé d’enregistrement.

Dommage… puisque quelques années plus tard il forme le deuxième trio Raisner composé de 3 harmonicistes, un trio assez peu inspiré à mon avis, seul le soliste Albert Raisner manifestait des aptitudes musicales… et scéniques évidentes. Cela n’a pas empêché l’ensemble de rencontrer un succès important aussi bien dans les cabarets Parisiens qu’à la radio ou à la toute nouvelle télévision.

Albert Raisner, Claude François & Henri Salvador

 

C’est en 1960 qu’Albert Raisner se fit véritablement connaître en créant sur l’unique chaîne de télévision de l’époque « Age tendre et têtes de bois », une émission de variétés où il invitait, toutes les semaines ou tous les mois…, les vedettes yé-yé de l’époque à venir faire leur promotion.  Un an après la première (enregistrée au Golf Drouot avec Eddy Mitchell et les Chaussettes noires), c’est Frank Thénot et Daniel Filipacchi qui créent « Salut les Copains » le pendant radiophonique de l’émission (Europe 1).

 

 

 

Un extrait de la première d’Age tendre et têtes de bois au Golf Drouot…

Archives de l’INA : extraits d’émissions en 1962

Albert Raisner présentateur au pavillon de la fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité Universitaire de Paris.

Age tendre et têtes de bois au club dancing du Ramier à Toulouse…

L’harmonica est un instrument que j’aime beaucoup. En France c’est actuellement Jean Jacques Milteau, le célébre animateur de la radio TSF qui perpétue avec grand talent cet instrument. Mais je ne peux résister au plaisir de mettre un lien avec  un autre monstre harmoniciste de jazz, né à Bruxelles il y a… 88 ans…, un génie de l’improvisation : Toots Thielemans. J’ai choisi une de ses compositions, un  morceau fétiche : « Bluesette », peu représentatif des canons du Jazz puisque c’est une valse, mais qui prend ici à l’harmonica un relief tout a fait exceptionnel.

Et pour s’évader un enregistrement étonnant de Bluesette… avec Stevie Wonder… à l’harmonica. Un grand moment !

Albert Raisner a écrit deux livres :

  • Le Livre de l’harmonica, Presses du Temps Présent, Paris, 1961, 223 pp.
  • L’Aventure pop, Robert Laffont, Paris, 1973, 303 pp, bibl.

Liens :

Blog Age tendre et tête de bois : quelques réflexions intéressantes sur la période yé-yé

Harmonica francophone

Amourdurockenroll – Trio Raisner : pour ceux qui aiment les vielles pochettes

Music story : pour écouter… (Quatre 45 tours du trio Raisner  enregistrés entre 1956 & 1957

 

Un disque ressorti du fond des tiroirs : Jazz Club – Le Petit Journal Montparnasse,  enregistré en 2002. Le petit Journal Montparnasse, à côté de la gare du même nom, logé dans le bâtiment de l’hôtel Méridien Montparnasse, c’est 300 concerts par an, un café, un restaurant et un club de Jazz parmi les plus renommés à Paris, à l’instar de certains clubs New-Yorkais ou Japonais.

 

 

 

Un géant seul au piano, devant un public conquis d’avance : Michel Petrucciani et un thème cent fois redécouvert par d’autres grands : Besame mucho …, j’ai en tête ici même au Jazz Club l’interprétation de Guy Marchand avec le Big Band de Claude Bolling qui nous fait encore danser… les amateurs se reconnaîtront. Mais il y en a beaucoup d’autres et de bien belle facture….

Besame mucho, son histoire et une version « soft » par Petrucciani, mais non moins agréable à écouter.

Michel Petrucciani, Piano solo : Besame mucho

 

Besame mucho… Petrucciani, une attaque franche, un piano qui sonne merveilleusement beau. Richesse des harmonies, créativité, rythmique parfaite…un orchestre a lui seul, devant son public Quel heureux hasard que ce diable de petit homme ait pu nous procurer autant de plaisir (Michel Petrucciani souffrait d’ostéoporose imparfaite, appelée aussi « maladie des os de verre », se traduisant chez lui par une stature déformée et de petite taille.

Petrucciani se déguste comme un grand cru, alors que d’aucuns se sont certainement dit que son handicap de nabot atrophié pouvait l’avoir aidé à se faire une image et un nom !  Que nenni. Pétrucciani, déjà, était né dans une famille de musiciens, le père guitariste, les deux frères Louis contre bassiste et Philippe également guitariste ont tous trois contribué à ses albums. Mais Michel était incontestablement le plus doué des trois et intrinsèquement un superbe musicien de talent, une star du piano en son temps. Malheureusement sa maladie a fait qu’il est mort trop tôt en 1999 à l’âge de 37 ans. Il repose au père Lachaise entre Chopin et… Pierre Desproges.

Une réputation de haut niveau n’est jamais usurpée. Quelquefois nous en doutons… voir par exemple le FIAC actuellement au Grand Palais. En tous cas Petrucciani, Besame mucho… à écouter à haut niveau sur une bonne chaîne et sans modération comme ce fabuleux « Take the A train » immortalisé par Duke Ellington, ou l’on pourra apprécier l’incroyable indépendance des deux mains de l’artiste.

Michel Petrucciani : « Je joue toujours pour les gens. Je souhaite qu’après chaque concert ils partent heureux et qu’ils souhaitent revenir. Ma musique n’est pas intellectuelle mais sensuelle et chantante. Je veux qu’elle batte avec le cœur et qu’elle soit simple. Je joue pour plaire et pour communiquer. Mais ce n’est pas parce que ma musique plaît qu’elle est pour autant commerciale. J’essaie seulement d’appliquer de plus en plus la leçon des grands maîtres : moins, c’est toujours plus ».

Michel Petrucciani – Wikipedia

Michel Petrucciani – « Plus grand que la musique, plus petit que le piano »

Et pour aller plus loin…. :

Michel Petrucciani, Michel Leeb et le Festival de Nice 1998

QUEL TALENT !

 

 
Un vrai coup de cœur pour ce groupe de musiciens que j’ai découvert tout a fait par hasard juste avant de partir en Chine en mai dernier.  Séduit, le mot n’est pas trop fort, autant pour la beauté de la mélodie, des interprètes que par la nouveauté et l’originalité (pour moi) des instruments et des sons.
Infinity of Sound est un groupe de trois soeurs de nationalité Sud Coréenne. Elles interprètent la chanson « Million roses » qui est un morceau d’origine Lettone, composé par Raimonds Pauls,  en 1981 sous le titre Letton de « Davāja Māriņa ». Mon deuxième coup de cœur.
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Mettez le son…. je vous laisse écouter « Million Roses » par Infinity of Sound
 
Les instruments traditionnels de la musique Coréenne (voir ici)

 

Haegeum
Le Gayageum est l’un des instruments emblématiques de la Corée. Il est constitué d’une caisse de résonance en bois de Paulownia et 12 cordes en soie.
Le Gŏmungo est constitué d’une caisse de résonance en bois de paulownia et de châtaignier sur laquelle sont tendues 6 cordes en soie. Il peut être joué avec un Suldae (une baguette en bambou) en plus des doigts de la main droite.
Le Haegeum est fabriqué à partir de 8 matériaux différents :
métal, pierre, fil, une calebasse, de l’argile, une peau, du bois et du bambou.

 

Gomungo

Gayageum
Autres interprétations de Million Roses
Une petite recherche sur internet m’a permis de retrouver quelques interprétations d’artistes Lettons, Russes… de voyager dans d’autres pays qui ont grandi à nos portes, de pénétrer dans des salles de concert ou l’on découvre une ferveur extraordinaire :
Cosmos, Million Alix Roz – Groupe de chanteurs Russes
Ozols, Davāja Māriņa  – Rappeur Letton (aller jusqu’au bout de la chanson, pour découvrir des jeunes enthousiastes, un peuple peu connu, pourtant à nos portes)
Communion avec ce magnifique public, pour terminer, mais on ne s’en lasse pas.
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Ce qui est magique c’est qu’avec une même partition, des artistes de sensibilité et ce culture différentes, peuvent nous procurer des plaisirs sans cesse renouvelés… le talent aidant.
Raimonds Pauls compositeur Letton de Davāja Mārina. Mon deuxième coup de cœur
Million Roses fut composé par Raimonds Pauls,  en 1981 sous le titre Letton de « Davāja Māriņa ».

Ce compositeur Letton contemporain, par ailleurs excellent pianiste,  a en plus de sa carrière musicale particulièrement prolifique, une carrière politique qui débuta sous le régime soviétique. Il entre au gouvernement de la République socialiste soviétique de Lettonie en 1988 au poste de ministre de la culture. Il occupe ce poste jusqu’en 1993, année où il devient conseiller du président de la nouvelle république de Lettonie.
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Je ne peux résister au plaisir d’ajouter une autre de ses compositions : « Sous le soleil du Nord » interprétée en Français par Marie N (Marija Naumova) d’une beauté et d’un talent à couper le souffle !
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Revenons, pour terminer à la Corée du Sud, fantastique pays, qui fait partie des dix premières économies mondiales.  La comparaison avec son voisin et « ennemi » du nord fait froid dans le dos.

Ce pays va fonder l’Institut mondial de la croissance verte avec une maxime toute simple : « Rendre compatible Vert et Croissance » (It is a shift in thinking that no longer pits “green” against “growth.” In order to make « green » and « growth » compatible there are three key requirements… (Lee Myung-bak, President of the Republic of Korea)

Joueur de Haegeum à Manzhouli - Mongolie intérieure - Chine - 11 juin 2011

Joueur de Haegeum à Manzhouli – Mongolie intérieure – Chine – 11 juin 2011

A cette époque, Miles était déjà largement légitimé en Amérique par ses prestations avec Dizzie Gillespie, Charlie Parker avec qui il s’initie aux subtilités du bebop. C’est aussi un habitué des Jam sessions des nuits New Yorkaises ou il accompagne la Star du moment Billie Holiday au sein de l’orchestre de Coleman Hawkins. 

En 1948 il fonde son nonet , un ensemble de 9 musiciens comportant une section rythmique classique et en plus de la trompette de Miles, du sax baryton de Gerry Mulligan, du sax alto de Lee Konitz et du trombonne de J.J. Johnson, il y avait un cor d’harmonie et un tuba.  Le nonet se produit pour la première fois le 18 septembre 1948 à New York sous le titre très inhabituel de « Nonet de Miles Davis, arrangement de Gerry Mulligan, Gil Evans et John Lewis ».

Il sortira quelque temps plus tard, en 1957, un magnifique album « Birth of the cool », composé d’une douzaine de morceaux aux arrangements innovants et fortement imprégnés de musique classique (Miles avait étudié le piano et s’était initié à Prokofiev à la célèbre Juilliard School de New York). 

Comme le titre de l’album le suggère, le Cool Jazz était né.

Le concert du Festival de Jazz de Paris – Salle Pleyel – 8 au 15 mai 1949

Mais revenons en mai 1949 au moment ou Miles Davis effectue son premier voyage à l’étranger pour une tournée en France, avec notamment un concert à Paris, rue du Faubourg Saint Honoré dans le cadre de la fameuse salle Pleyel qui à l’époque accueillait le gratin mondial du jazz américain. Ce 8 mai 1949 le festival international de jazz de Paris propose une affiche en or massif avec Charlie Parker, Sidney Bechet Claude Luter… et Miles accompagné et codirigeant le quintet du pianiste et arrangeur Tadd Daméron :  » Début 1949, Tadd et moi sommes partis avec un groupe à Paris, où nous devions jouer à la même affiche que Bird. C’était mon premier voyage à l’étranger et il changea à jamais ma vision des choses. J’adorais être à Paris, j’adorais la façon dont on m’y traitait. C’est là que j’ai rencontré Jean Paul Sartre, Pablo Picasso et Juliette Gréco. Je n’ai plus jamais éprouvé ces sentiments de toute ma vie. Juliette Gréco et moi sommes tombés amoureux. Je tenais beaucoup à Irene, mais je ne m’étais jamais senti comme ça de toute ma vie. « 

Le quintet de Tadd Dameron était composé de :

Miles Davis, trumpet
James moody, saxophone
Tadd Dameron, piano
Barney Spielery, bass
Kenny Clarke, drums

En cliquant ici, vous pourrez écouter en intégralité « Good bait » un des douze morceaux de l’album
Attention ! Ca gratte encore malgré le remastering… mais c’est tellement du pur bebop.

Ce concert a été enregistré à l’époque par la Radio Française. De ces enregistrements pour le moins sommaires, il a été pourtant gravé un album ayant fait l’objet de plusieurs rééditions. La qualité sonore ressemble un peu a celle d’une vieille ligne téléphonique, mais les présentations et les commentaires des « speakers » de l’époque, se superposant à la musique rapportent une ambiance tout a fait extraordinaire.

Le style de ce concert est encore bebop, Tadd Dameron oblige, et Miles nous gratifie d’un certain nombre de chorus fortement agrémentés en double et triple croches, comme s’il voulait montrer à Parker qu’il avait encore une dernière fois quelque chose à prouver. Néanmoins ces chorus représentent à mon avis le meilleur bebop qu’il n’ait jamais enregistré.

La rencontre avec Juliette Greco 

Au festival international de jazz de Paris, Miles croise et captive l’élite intellectuelle et artistique de l’époque : Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Pablo Picasso et une autre petite « existentialiste » Juliette Gréco

 

 

Photo Jean Philippe Charbonnier – Juliette Greco et

Miles Davis, Paris 1949

 

 

 

Juliette Gréco :
« Dans les coulisses de la Salle Pleyel, la femme de Boris Vian, Michèle, a fait les présentations. Miles venait de donner un concert tout àfait magnifique. Nous nous sommes regardés, lui et moi. On peut dire que ce fut le coup de foudre. Comme toujours, c’est passé par le regard. (…) J’étais éblouie parce que l’artiste sur scène avait été éblouissant et que l’homme en coulisses l’était tout autant. »
Et Miles de lui rendre :
« Elle m’a appris ce que c’était d’aimer quelqu’un d’autre que la musique. Juliette a probablement été la première femme que j’aie aimée comme un être humain, sur un pied d’égalité ».
Il y a dans cette déclaration de Miles tout le poids de la haine des noirs qui existait aux Etats Unis. Il trouvait ici en France, à cette époque, une atmosphère complètement différente.

Juliette gréco l’exprime plus violemment encore dans son style si caractéristique :

« Lui avait conscience de cette haine raciale. Moi pas. je l’ai découverte avec lui, à New York. Cela a été terrible quand il est revenu une nouvelle fois au Waldorf Astoria. Il avait pris soin de venir avec un copain du Miles Davis Quartet et ses enfants. Pour éviter que je passe pour une pute ! (…) Il m’a rappelée dans la nuit et m’a dit : « Je ne veux plus jamais vous voir, ni vous rencontrer à New York, parce que je ne veux pas que vous passiez pour une putain. » Cela a été très dur pour moi. C’était une attitude humiliante pour nous tous. C’était effrayant de brutalité, de mépris, de haine. Je ne comprenais pas ce qu’il me disait. A cette époque-là, la France n’était pas du tout raciste. Plus tard, elle l’est devenue, un peu. »

Juliette GRECO Miles Davis, le racisme – ETOILE PALACE – 24/11/1990

Parmi d’autres invités (Françoise Sagan, Robert Charlebois, Philippe Sollers…), Juliette GRECO parle de Miles Davis et du racisme aux Etats Unis, anecdote sur la façon dont on les a mal servi dans un hôtel.

Miles reviendra à Paris sept ans plus tard, en 1956, pour une tournée européenne où il sera accompagné par le trio de René Urtreger, un tout jeune pianiste parisien de 22 ans. Miles tombe encore amoureux, cette fois de Jeanne de Mirbeck, la soeur d’Urtreger, qui, un an plus tard, traînera son amant à une projection d’un film encore en chantier. Il en improvisera la musique d’une traite dans la nuit du 4 au 5 décembre : la légende d’« Ascenseur pour l’échafaud », de Louis Malle, vient de naître.

Ce sera l’objet de mon prochain billet : Miles et Paris – Ascenseur pour l’échafaud 1957 – Jeanne Moreau et Louis Malle (4)

Pour découvrir d’autres aspects de cette belle histoire :