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La démission de Nicolas Hulot était bien entendu prévisible (prévue ?). Il est entré au gouvernement grâce à un grand coup de Communication de Macron qui l’a installé comme Ministre d’Etat s’il vous plait. Comment peut-on penser un seul instant que ces deux hommes puissent être compatibles, alors que l’un a été mandaté pour relancer la croissance et que l’ambition de l’autre c’est la décroissance. ? Ce fut juste une belle prise de guerre dans la mesure où il remportait tous les suffrages de popularité auprès des français. C’est cette popularité qui fut préférée et non pas sa compétence technique, encore moins sa compétence d’homme d’état. Techniquement on peut même se demander quel est l’intérêt d’un ministère de l’écologie, alors que c’est une discipline transverse qui devrait être traitée par l’agriculture, l’industrie, la santé et… l’économie. Cela éviterait bien des conflits inutiles.

Hulot le « lobbyiste lobbyé »

Il est d’autre part parfaitement risible d’entendre Hulot invoquer le lobbyisme de certains proches de la sphère du pouvoir (chasseurs, multinationales, industrie des semences et des pesticides…) comme cause de son départ. Lui dont toute la carrière a été construite autour du lobbyisme. Voir comment la Fondation Nicolas-Hulot, dont il a  présidé aux destinées et pour laquelle il avait inscrit en toutes lettres dans ses missions, qu’elle « participe au débat public », faisait le siège en permanence de tous les ministères de l’écologie précédents…. . Voir également la société « Eole » qu’il avait également créée, dont l’objet était, entre autres « le conseil en relations publiques et en communication sous toutes ses formes ». Rappelons nous également  ses talents de lobbyiste usant de son influence, pour faire signer par les principaux candidats à la présidentielle de 2007 un Pacte pour l’Ecologie !

Morale de l’histoire : Pour Mr Hulot le lobbying n’est acceptable qu’à sens unique…

Hulot n’a accepté ce ministère que pour pousser plus loin encore ses ambitions de lobbyiste et promouvoir son idéologie décroissante, au mépris de son comportement citoyen.

L’énergie :

Les navrantes contradictions de Monsieur Hulot se trouvèrent parfaitement illustrées par la sortie, le lendemain de sa démission, d’un rapport (commandité par les 2 ministères de l’économie et du développement durable) plaidant pour la construction d’un premier lot de six nouveaux EPR à compter de 2025. Il n’est pas inutile de rappeler sa position « philosophique » concernant le nucléaire : « Je ne vais pas me priver ici d’afficher ma réserve à l’égard de cette filière… C’est un vrai problème philosophique qui justifie ma réserve, au-delà des arguments économiques ».

Ce n’est pas un problème philosophique, c’est une idéologie. Selon Hulot donc, les arguments économiques on s’en balance, continuons à creuser le déficit puisque l’état et les français ne peuvent et ne veulent plus payer. Par contre le fait (et la contradiction quand il s’agit de la pensée de Hulot) que le nucléaire soit la pièce maîtresse permettant à la France de n’émettre relativement aux autres pays, qu’un faible taux de GES (Gaz à effet de serre), il ne faut surtout pas en parler à ce propos. Contradictions quand je vous tiens !

Hulot ou l’idéologie décroissante :

La démission de Nicolas Hulot est la parfaite illustration de ce que l’écologie politique, la « deep ecology » des Anglo-Saxons, est une mystification technologique, scientifique et économique de grande envergure. Mettre en œuvre les principes de l’écologie politique c’est la décroissance assurée, ce qui dans un pays comme la France avec une dette abyssale entre autres, conduirait inévitablement, non pas à un déclin, mais à une disparition rapide de la carte des puissances ayant encore un mot à dire sur « l’ordre mondial ». L’écologisme politique se sert de la science quand ça l’arrange et la rejette quand celle-ci ne va pas dans le sens de l’idéologie. Ses adeptes restent persuadés que l’économie planifiée peut mieux faire pour l’environnement que le capitalisme. C’est ainsi que, comme le note Eric Le Boucher dans Les Echos : Hulot « reste dans la vision d’hier d’une écologie qu’il faut imposer par la loi et même par la Constitution ».

Même analyse de Gil Riviere Weikstein, dans un éditorial de Agriculture et environnement, Hulot reste « un écologiste de l’ancien monde.

Je cite : l’homme aux « relations incestueuses avec le CAC 40 » représente cette forme obsolète de l’écologie politique typique de l’« ancien monde ». Le programme de Hulot se résume à vouloir « changer de modèle de société en faisant machine arrière pour renouer avec un idéal de frugalité ancré dans le local et hostile à la logique du développement capitaliste », note Luc Ferry. L’écologie politique fantasme en effet sur un monde qui n’a jamais existé, rejetant systématiquement l’innovation et le progrès. Or, le progrès scientifique reste de loin le meilleur allié de l’écologie. En tout cas de l’écologie de progrès, celle qui sait se saisir des innovations et de la science pour améliorer le monde qui nous entoure.

L’agriculture :

L’écologie de progrès défend les biotechnologies végétales et les outils modernes du génie génétique précisément parce que ces innovations permettent de mieux produire, de produire plus proprement. L’écologie de progrès n’a pas ce regard nostalgique sur un passé idéalisé (l’agroécologie, la permaculture, le bio pour tous….), comme c’est le cas de Monsieur Hulot et de ses amis. L’écologie de progrès n’est pas punitive. Ce n’est pas une écologie du refus  des limites et de l’interdiction (interdiction du glyphosate, des néonicotinoïdes des pesticides…). Elle a confiance dans le futur et dans la créativité humaine pour construire un monde meilleur. Meilleur pour l’homme et meilleur pour la nature.

Tant que les écologistes ne seront que des idéologues, tant que le ministère de l’écologie sera confié à des adeptes de cette écologie de « l’ancien monde », tant que comme Nicolas Hulot ils voudront « changer de modèle économique » par idéologie, sans en prévoir ni assumer les conséquences néfastes, alors ils ne méritent qu’une chose : que l’on soit écolo sans eux.

 

 

 

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Je reproduis ici un article de Rémy Prud’homme, le jour même ou le Conseil d’administration d’EDF vient de signer, sous la pression de Hollande et Royal, son engagement dans le processus de fermeture de la centrale de Fessenheim.

Edifiant !

Rémy Prud’homme est climato-réaliste : j’en ai parlé ici à propos d’un de ses derniers livres : « L’idéologie du réchauffement ». Voir ici son CV et ses publications

L’article de Rémy Prud’homme :

Les surlignages et gras sont de mon fait.

Par énergies renouvelables il faut comprendre le renouvelable intermittent (solaire et éolien), celui qui par l’intermédiaire de la CSPE me coûte aujourd’hui sur ma facture EDF 2,25 centime d’€ en plus par kWh consommé.

Pour la comparaison des coûts des installations, il s’agit des coûts de construction.

Le semaine du 16 au 20 janvier a été marquée en France par une vague de froid, et donc par une augmentation de la demande d’électricité. La ministre de l’Environnement a déclaré le 18 janvier : « aujourd’hui, l’éolien et le solaire vont produire l’équivalent de 8 réacteurs nucléaires ». Elle s’appuie sur cette « constatation » pour conclure qu’il y a trop de nucléaire en France. Sa petite phrase est un gros bijou de désinformation. Elle mérite d’être analysée avec soin dans les écoles d’administration et de journalisme où l’on enseigne le mensonge (pas pour préparer nos élites à le pratiquer, bien sûr, mais pour mieux les en protéger). Cette déclaration, brève comme un tweet de Donald Trump, est en effet un bel exemple de la combinaison d’au moins trois techniques de désinformation.

La première est le mensonge simple. Un réacteur nucléaire de 1,2 GW produit en 24 heures 29 GWh. Le 18 janvier, l’éolien et le solaire ont produit 125 GWh. Chacun peut le vérifier en deux clics sur le site de RTE (qui, félicitons-le, publie la production de chaque filière pour chacune des heures de l’année). Nos renouvelables ont donc produit ce jour-là autant que 4,3 réacteurs. Transformer 4,3 en 8, ce n’est pas arrondir, c’est tricher. Mais pourquoi la ministre se gênerait-elle ? Elle sait qu’aucun média ne se donnera la peine de vérifier, et que tous reprendront son affirmation – ce qui s’est effectivement produit. Mais ceci n’est qu’un début, et l’art de la désinformation va bien au-delà du mensonge grossier.

La deuxième technique est le mensonge par sélection. Elle porte ici à la fois sur le choix du jour, et sur le choix du moment. La ministre donne un chiffre (faux, on l’a vu) pour le mercredi 18 janvier. Ce fut, du point de vue des renouvelables, le meilleur jour de la semaine. Une présentation plus honnête considérerait tous les jours de la semaine: on y verrait que la production des renouvelables a été en moyenne égale à celle de 3 réacteurs.

Surtout, le problème posé par une vague de froid est évidemment celui des pointes de la demande, et de la façon d’y faire face. Les chiffres significatifs se rapportent à la production des renouvelables à ces heures-là, pas à celle de la journée toute entière. Ils sont également disponibles sur le site de RTE. La production des renouvelables aux heures de pointes (qui ont eu lieu à 19 heures quatre des cinq jours de la semaine considérée), a été en moyenne égale à celle de 2,9 réacteurs nucléaires. Ca aurait pu être bien pire. A 19h en janvier, la production d’électricité solaire est toujours égale à zéro. En fait, nous avons eu cette semaine-la la chance d’avoir du vent, et donc une production éolienne assez soutenue.

La troisième technique de désinformation est le mensonge par omission. La ministre écarte toute référence au coût des filières qu’elle compare : cachez-moi ces euros que je ne saurais voir. Les installations solaires et éoliennes installées en France ont coûté un peu moins de 50 milliards d’euros. Selon la Cour des Comptes, les installations nucléaires ont coûté 83 milliards (en euros constants de 2010). Aux heures de pointe de la semaine les 50 milliards investis dans les renouvelables ont produit en moyenne 3,5 GWh, et les 83 milliards investis dans le nucléaire 56 GWh. Il fallait tout juste 10 fois plus d’investissement dans les renouvelables que dans le nucléaire pour produire la même quantité d’électricité.

La ministre, qui méprise sans doute les ingénieurs autant que les comptables, se garde bien de mentionner la durée de vie des investissements qu’elle compare. Celle d’un investissement éolien ou solaire est d’environ 25 ans. Celle d’un investissement nucléaire est d’au moins 50 ans. Prendre en compte ce détail divise simplement par deux l’intérêt relatif du renouvelable.

Au total, on a – au service de la bonne cause – une affirmation carrément fausse, deux choix arbitraires ou indéfendables, et deux omissions grossières. Ignorance ou cynisme ? On ne sait pas (et on ne sait d’ailleurs pas lequel des deux serait le plus déplorable).

Etonnez-vous du peu de crédibilité des politiciens et des médias.

Merci à Remy Prud’homme de mettre en exergue de façon magistrale l’irresponsabilité, une fois de plus, de Mme Royal.