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Bonne année 2017

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Renoncule à feuille de Parnassie – Pyrénées, Cerdagne, vallée d’Err, 2200 m – Juin 2016

Une excellente étude de l’AAF (Académie d’Agriculture de France), sous la direction de Bernard Le Buanec, fait le point de façon factuelle et nous éclaire sur les réalités de la situation de l’agriculture et des produis Bio en 2016. On ne peut regretter qu’aucun journal national, régional ni même de vulgarisation scientifique (Science et Vie par exemple) ne s’en soit fait l’écho !

Soyons clair en ce qui me concerne : je ne suis pas un promoteur inconditionnel de ce type de culture pour produire notre alimentation, certes. Par contre j’estime que si il y a une demande solvable venant d’un certain nombre de consommateurs intéressés, il faut la satisfaire. Pourquoi l’agriculteur ne s’y intéresserait-il pas lui aussi pour y trouver satisfactions et revenu décent. Il n’y a donc pas lieu d’opposer agriculture bio et agriculture conventionnelle. Au contraire, l’une peut se nourrir de l’autre et réciproquement.

Par contre, ce sur quoi je réagis et m’indigne, c’est sur la communication tapageuse, mensongère, pseudoscientifique et idéologiquement orientée faite sur ce mode de production. Souvent par des groupuscules ou des associations qui n’ont rien de professionnels, mais aussi parfois par des dérapages internes au système. Une communication qui n’est pas faite comme il se devrait pour vanter les avantages et l’intérêt du bio, mais pour détruire l’agriculture conventionnelle qui jusqu’à preuve du contraire nourrit aujourd’hui à moindre coût une grosse majorité de la population de la planète.

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Un marketing de dénigrement basé sur la tromperie pour essayer d’imposer un nouveau modèle de consommation

La récente condamnation pour dénigrement de « Biocoop », la plus grosse enseigne commerciale bio française, en est une preuve évidente. Le dénigrement est condamné mais pas la tromperie qui est patente dans cette arrogante campagne de communication. Extraits du jugement pages 8 et 9 : « il est établi que cette campagne publicitaire repose non pas sur la valorisation des pommes issues de l’agriculture biologique, mais au contraire sur le dénigrement de  celles  issues  des  autres  filières,  aux  fins   de  dissuader  les consommateurs d’acheter ces fruits ». Ce jugement intervient alors qu’une seconde campagne de pub s’apprêtait à sortir sur nos écrans : un nouveau clip inspiré  de « Apocalypse now » pour culpabiliser à outrance les consommateurs qui ne consomment pas de fruits et légumes bio.

Fermons la parenthèse, ce marketing agressif est révélateur d’une idéologie envahissante qui veut imposer son modèle par la force et le mensonge.

Agribio : Quelques chiffres 2016

Chiffre d’affaires : 6,9 milliards en 2016 (soit 3% du marché alimentaire), un doublement depuis 2008.

31.000 exploitations pour 1.6 millions d’ha, soit 7% des exploitations et 5.8% de la surface agricole (SAU). Surtout représentées dans le domaine vigne, arboriculture et maraîchage, beaucoup moins en Grandes cultures (céréales).

Emploi : 10% des emplois de l’agriculture française (des systèmes de production nécessitant plus de main d’œuvre et une fréquence plus importante de transformation à la ferme et de vente directe).

Les régions les plus représentées : Midi-Pyrénées, Pays de Loire, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et PACA.

Aliments bio : nutrition et santé.

La valeur nutritionnelle et sanitaire des aliments bio n’est pas supérieure à celle des aliments conventionnels : en France l’imposant rapport de l’Afssa (Anses) de 2003 réactualisé en 2010 est sans ambiguïté à ce sujet. Des revues systématiques étrangères et plus récemment en 2015 et2016 un groupe européen d’auteurs spécialistes de l’agribio confirme cet état des lieux.

La probabilité de contamination bactérienne, fongique ou parasitaire est par contre plus élevée pour les produits bio : absence de traitements et moindre protection ou fertilisation organique abritant des germes nocifs pour l’homme. Voir ici l’affaire du concombre espagnol.

Quant aux résidus de produits phytosanitaires, le produits bio en contiennent également, apparemment en moindre proportion, mais il faut savoir que beaucoup de produits autorisés (ou non autorisés ) en bio ne sont pas recherchés. Le récent rapport de l’Efsa (octobre 2016) montre que 97,1 % des produits courants (82 649) et 98,8 % des produits bio (4 792) respectent la réglementation, que respectivement 53,6 % et 87,6 % des échantillons ne contiennent pas de résidus détectables et que 2,9 % et 1,2 % respectivement sont en infraction (dépassements de LMR).

Bio et environnement.

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Nielle, coquelicots et bleuets dans une parcelle d’avoine à Bourg Madame (Cerdagne)

L’agriculture biologique n’utilise pas de produits chimiques de synthèse.  On peut donc légitimement penser que l’impact de l’AB sur l’environnement devrait être plus faible que celui de l’AC. Pas de produit de synthèse dans l’eau ou dans l’air, pas de consommation d’énergie pour produire des engrais et des produits phytosanitaires. Mais il faut savoir qu’en pratique l’AB utilise le Cuivre (sulfate de cuivre de la bouillie bordelaise) en grandes quantités – c’est un des rares fongicide utilisable – alors que le cuivre est un puissant stérilisateur de la vie biologique des sols. De la même façon elle utilise des biocides non issus de la synthèse chimique et souvent non autorisés comme l’huile de neem qui ont des conséquences similaires à l’agriculture conventionnelle sur la faune et la flore.

Le maintien du labour, principale technique permettant de lutter contre les mauvaises herbes en bio, est source d’une consommation accrue d’énergie fossile et de production de GES (sauf dans le cas des prairies pour l’élevage).

L’agriculture biologique est une grande consommatrice de terres. Du fait de rendements moindres en AB, il faut plus de surfaces cultivables pour produire la même quantité d’aliments. Cela implique le défrichement de nouvelles surfaces (souvent en forêts) et une perte de biodiversité au niveau de la planète.

Sur le plan des engrais de ferme, une augmentation des surfaces consacrées à l’AB conduirait inévitablement à un problème de disponibilité de ces engrais notamment dans les régions de grandes cultures.

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Vaches gasconnes en Cerdagne

La bio à la croisée des chemins

Aujourd’hui dans notre pays, la population accède à une nourriture abondante et diversifiée pour un coût qui n’a cessé de baisser depuis un siècle. En 1950, un agriculteur nourrissait 15 personnes, aujourd’hui il en nourrit 4 fois plus pour deux fois moins cher. Selon l’INSEE et France Agrimer, le budget consacré à l’alimentation entre 1960 et 2013 est passé de 23.6% à 12.4% du budget total de consommation d’un ménage.

Ces évolutions balisent le changement de notre rapport à l’alimentation. L’alimentation n’est plus subie par la population sous l’angle réel du manque et de la cherté. Elle l’est maintenant sous le prisme déformé d’une sécurité sanitaire mise en doute dans l’esprit du consommateur.

Toutefois ce changement ne perdurera que s’il s’effectue en toute transparence. Les exemples révélateurs de l’opacité du système sont nombreux, citons par exemple le régime à deux vitesses entre l’AB et le conventionnel, favorisé par les pouvoirs publics, de l’autorisation de mise sur le marché des produits de protection des cultures. Ces mêmes pouvoirs publics auront-ils l’audace démagogique d’accéder à la demande de Claude Gruffat l’actuel Président de Biocoop, lors des 9ème assise de la bio le 19 novembre dernier, de passer d’une TVA de 20% pour les produits conventionnels à 10% pour les produits bio ! Enfin ce qui me paraît tout aussi important c’est qu’aujourd’hui la plus grosse partie des aliments bio est vendue par des grandes surfaces ayant des impératifs de volume, de présentation et de conservation, en provenance d’une production « bio industrielle » qui n’a plus rien à voir avec le bio local du petit producteur tel qu’on le laisse encore faussement laisser croire au consommateur. Ce bio là, on le trouve encore sur nos marchés et lieux de vente de proximité, comme cela a toujours existé.

Cette obligation de transparence me parait essentielle et je reprendrai ici les termes de la conclusion de Jean Louis Bernard  insistant sur le fait que « Pour asseoir son avenir et prospérer, l’agriculture biologique doit convaincre sur des fondements réalistes, construire davantage sur la science et moins sur l’image ». Je préciserai pour ma part, et moins sur le déni et le mensonge.

Contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse Grand public ou même spécialisée (Science et Avenir par exemple) qui ont diabolisé cette nouvelle technologie sous l’influence d’organisations et de groupuscules activistes, la nature fabrique depuis la nuit des temps, sans la moindre intervention de l’homme, des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) : animal, végétal, bactérie.

Auparavant il est nécessaire de rappeler ce qu’est un OGM et plus précisément pour ce qui nous intéresse ici, une plante génétiquement modifiée.

Qu’est ce qu’une Plante génétiquement modifiée (PGM) ?

C’est un végétal, (une plante cultivée ou sauvage) dont le patrimoine génétique a été modifié par l’intervention de l’homme. Selon les définitions européennes, ces modifications doivent être issues du génie génétique. Les techniques et les outils du génie génétique permettent de modifier les plantes par la transgénèse,  c’est à dire l’introduction de nouveaux gènes dans le génome d’une plante, par insertion de portions d’ADN. Cette définition communément admise est cependant très restrictive puisqu’elle exclue le transfert de gènes d’une espèce à l’autre tel qu’il se passe dans la nature dans le règne végétal. Nous en verrons deux exemples ci dessous.

La maîtrise de ces techniques est très récente (les premiers OGM datant des années 70-80) et en rapide évolution. Elles permettent en pratique d’introduire dans un organisme des caractères nouveaux, que l’on n’a pas pu introduire par des techniques traditionnelles d’amélioration des plantes. Le transfert de gènes sélectionnés peut se faire entre espèces proches quand les techniques de croisement classique ont échoué, mais le plus souvent c’est d’une espèce vers une autre espèce que se réalise ce transfert. Ce fut le cas par exemple en 1985 de la première plante transgénique résistante à un insecte, un tabac dans lequel un gène d’une bactérie Bacillius thuringiensis produisant une toxine insecticide a été introduit.

La nature n’a pas attendu l’homme pour créer ses propres OGM et PGM

Les agrobacterium

La transgénèse naturelle la plus connue est celle qui est l’oeuvre d’une bactérie du sol : Agrobactérium tumefacians possédant la propriété de provoquer des tumeurs sur la plante hôte (la hernie du chou par exemple). La transmission de son pouvoir tumorigène s’effectue grâce à un plasmide (morceau d’ADN circulaire) qui s’incorpore au génome de la plante hôte. Ce phénomène naturel fut découvert dans les années 70 et les biologistes eurent tout de suite l’idée d’insérer un gène étranger dans cet ADN bactérien et d’utiliser ensuite la bactérie comme vecteur pour transmettre ce gène à une plante hôte. C’est comme cela que le premier tabac transgénique a été mis au point. Plus récemment c’est également le cas  le maïs MON 810 résistant à plusieurs insectes ravageurs, grâce à un gène Bt (provenant d’une autre bactérie Bacillius thuringiensis), transféré vers le maïs par Agrobactérium.

La Patate douce

Récemment on vient de découvrir qu’un grand nombre de plantes contiennent des gènes spécifiques d’Agrobacterium. Ainsi, en étudiant l’expression du génome de la patate douce, des chercheurs ont découvert dans les nombreuses variétés cultivées la présence de gènes d’Agrobacterium rhizogenes et d’Agrobacterium tumefaciens, alors que les variétés sauvages n’en contiennent pas. La  patate douce est donc une plante naturellement transgénique. Ces gènes ont entraîné des modifications morphologiques qui se sont exprimées dans les tubercules plutôt que dans les autres parties de la plante pour en faire une plante alimentaire. Ces chercheurs concluent que « ces résultats montrent l’importance des interactions entre plante et microbe et, sachant que la patate douce est consommée depuis des millénaires, cela pourrait changer le paradigme sur le côté « contre nature » des plantes transgéniques ».

Source : PNAS – Proceedings of the National Academy of Sciences of America

Nouveaux exemples de transfert de gènes entre espèces dans la nature : le cas des Orobanches

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Triphysaria eriantha (Orobanchacées) parasitede graminées sauvages et d’autres plantes hôtes en Californie. – Photo Huiting Zhang

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Striga asiatica (Orobanchacées) parasite du sorgho en Tanzanie – Photo Mike Timko

Une récente étude publiée par le PNAS en octobre 2016 décrit les mécanismes naturels de transfert de gènes dans une famille de plantes parasites, bien connue des botanistes mais aussi des agriculteurs, dont les principaux représentants sont les orobanches.

Les chercheurs ont détecté 52 cas de transfert non sexuel de l’ADN – connu sous le nom de transfert de gène horizontal, ou HGT – à partir d’une plante hôte. Les gènes transférés sont alors devenus fonctionnels chez les espèces parasites. Ce transfert pourrait stimuler la capacité de la plante parasite d’envahir son hôte et surmonter ainsi les défenses de l’hôte. Selon ce mêmes chercheurs, « la découverte du HGT va nous permettre de mieux comprendre comment les plantes parasites fonctionnent et comment nous pouvons mieux les contrôler. Notre espoir est que nous puissions utiliser cette information pour trouver les meilleures stratégies pour générer, ou sélectionner, des plantes hôtes résistantes . »

Sources :

Eurekalert : Parasitic plants may form weapons out of genes stolen from hosts

La publication – PNAS : Horizontal gene transfert is more frequent with increased heterotrophy and contributes to parasite adaptation

Quelques Orobanches rencontrées en France :

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Orobanche de la Picride

Les orobanches sont des plantes parasites dépourvues de chlorophylle et de racines normales. Elles émettent des suçoirs les reliant directement aux vaisseaux conducteurs de l’hôte, d’où elles tirent leur nourriture. Elles sont parasites de plantes sauvages, mais aussi de plantes cultivées comme l’orobanche rameuse qui peut faire de gros dégâts sur le colza, le chanvre et le tabac.

 

 

 

 

 

Orobanche de la picride – Orobanche picridis F.W.Schultz

Cette orobanche parasite les espèces du genre picris (picris hieracoides), helminthie, crepis (parfois la carotte sauvage). On la trouve le plus souvent en bord de route, dans des terrains vagues des friches meso-xerophylles sableuses ou sablo-caillouteuses.

Celle ci a été identifiée à La Rochelle près du bassin des minimes en bord de mer – 07 / 2016

 

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Orobanche du genêt

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Orobanche du genêt

 

 

L’orobanche du genêt – Orobanche rapum-genistae Thuill.

Cette orobanche parasite les genêts (genêt à balais, genêt purgatif…), les cytises.

Llo – Gorges de la Sègre – Cerdagne 06 / 2016

 

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Orobanche couleur améthyste

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Orobanche couleur d’améthyste

 

 

L’orobanche couleur d’améthyste ou orobanche du panicaut – Orobanche amethystea Thuill.

Parasite les divers panicauts (Eryngium) Bourg Madame – Cerdagne 06/2016

 

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Orobanche couleur de sang

Orobanche sanguine – Orobanche sanguinea C.Presl 

Inféodée aux Lotus, ici sur Lotier faux cytise. On la trouve dans le Var, sur les îles d’Hyères et en Corse.

Ici sur les hauteurs de Bonifacio en Corse du sud – 04 / 2014

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Orobanche couleur de sang

 

 

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Orobanche du thym

Orobanche du thym – Orobanche alba Stephan ex Willd. 

Orobanche parasitant principalement les plantes du genre Thymus et autres labiées. Souvent plus rouge que blanche comme ici, un exemplaire observé à Chateau Ville vieille dans le Queyras, sur les terrasses surplombant la vallée du Guil (sentier des astragales) – 07 / 2013

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Orobanche du thym

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Orobanche du thym

 

 

La transgénèse, qu’elle soit l’œuvre de la nature ou qu’elle soit pilotée par l’homme, contribue à l’augmentation de la diversité génétique et par conséquent à l’augmentation de la biodiversité.

 

Merci Maxime pour cette analyse où, en quelques mots, tout est dit.

Le décalage entre les politiques, les médias, les commentateurs, les intellectuels, les ONG dites citoyennes… les institutions de sondage, bref tout ce qui fait l’opinion « mainstream » disent les américains, vient d’éclater aux USA et à la face du monde.

Chez nous ?… nos brochettes de candidats ont 6 mois pour plancher sur le sujet.

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

sans-titreLa victoire de Donald Trump représente un véritable séisme politique en Amérique, mais aussi en France et en Europe. Elle épouvante la quasi totalité du monde médiatique, intellectuel, politique. Les commentaires de ce matin, consternés, font peine à entendre, insupportables dans leur unanimisme et leur conformisme grégaire. Ce résultat est le fruit de la fracture profonde, qui déchire tout le monde occidental, entre la majorité silencieuse, celle de l’identité malheureuse, traitée de populistes, et les « élites » ouvertes sur l’international, le culte des minorités, de la repentance et de la modernité. Aux Etats-Unis, elle exprime la revanche de « ceux d’en bas ». Elle est aussi, il ne faut pas l’oublier, le fruit d’un effroyable fiasco du modèle politique américain: l’extrême impopularité de Mme Clinton, représentante d’une dynastie qui a déjà lourdement sévi et dont les Américains ne voulaient plus. Bien sûr, le monde médiatique, les experts, les idéologues vont crier à la fin du monde, comme à la suite du Brexit…

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RIEUSSEC 1947

 

C’est à l’occasion du baptême et d’une jolie fête organisée en l’honneur de mes 3 petits enfants : Benjamin, Thomas et Alexandre à Saint Mathieu de Treviers que j’ai saisi l’occasion d’ouvrir ce nectar de presque 70 ans dont les raisins ont vraisemblablement été récoltés quelques jours avant ma naissance,  tout cela ne me rajeunissant pas… mais c’est néanmoins un pur plaisir que d’évoquer cet instant et de me plonger dans l’univers du vin, du Sauternais et de ce 1er grand cru classé en 1855.

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Chateau Rieussec 1947

Histoire d’une jolie trouvaille

C’est à l’occasion d’une très belle « brocante » organisée chaque année dans la ville de Mouscron à la frontière Belgo-française au nord de Lille où ma sœur Danièle expose tous les ans, que j’ai eu la chance de découvrir ce bijou. Il faisait partie d’un lot de 4 bouteilles perdues au milieu d’un ensemble dont je ne me souviens pas la composition, mais n’ayant rien à voir avec le vin.

Et le brocanteur de m’expliquer qu’il avait racheté la maison d’un médecin de cette petite ville frontière, grand amateur de vins… propriétaire de vignes dans le Val de Loire dont la cave était encore bien garnie lors de son décès. Ce Monsieur met en vente régulièrement lors de chaque brocante 4 ou 5 bouteilles qu’il doit penser trop vieilles.

Certaines l’étaient sans aucun doute. Par contre celle ci attira mon attention à double titre : un sauternes, ça vieillit très bien en général. Chateau Rieussec, un 1er grand cru classé que je connais un peu puisque je possède dans ma cave quelques bouteilles de 1986 que je conserve précieusement. enfin le millésime 1947, un grand millésime Bordelais, qui plus est année de ma naissance.

La transaction fut rapide : mise à prix 30 €… emporté 20 € !

 

 

 

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Quelques notes de dégustation

Je n’ai pas suffisamment l’occasion de goûter de tels vins pour prétendre décrire celui ci avec précision. Le niveau de la bouteille légèrement bas, même si celle ci semblait parfaitement conservée me donnait quand même quelques inquiétudes confirmées lors du débouchage. Avec un bouchon sec ayant perdu la moitié de son volume, mais dont la partie inférieure était collée au goulot en formant une sorte d’opercule avec la matière du vin.

La 1ère surprise fut la concentration et la densité de ce vin, coulant dans le verre comme un élégant sirop. Puis ce fut la couleur, cuivre très foncé tirant sur le caramel. Enfin un nez d’une incroyable complexité, mais plus encore d’une persistance aromatique presque infinie.

En bouche les premières impressions furent celles du pruneau et du caramel, suivies immédiatement par cette énorme acidité toujours très présente permettant d’éloigner ainsi toute impression de lourdeur. Un véritable enchantement pour le palais : quelques traces de ce nectar suffisaient pour apprécier  l’extravagante concentration de ce vin, le caramel laissant ensuite la place aux épices douces, à la vanille… Une longueur en bouche ahurissante faisant que la première dégustation à 4 personnes s’est arrêtée à la mi bouteille tellement l’impression de plénitude était avérée.

Le vignoble de Sauternes

sauternesLe vignoble de Sauternes s’étend sur 1750 hectares, au sud de la zone viticole des Graves sur la rive gauche de la Garonne, au sud ouest de Bordeaux. Le Sauternes est considéré comme l’un des plus grands vins blancs liquoreux du monde.

Ce qui caractérise la région de Sauternes est son microclimat, particulièrement propice à la production de vins liquoreux à partir de raisins attaqués par la pourriture noble ou Botrytis cinerea. Le Sauternais est en effet traversé par le Cirons, une rivière froide, qui se jette dans la Garonne, fleuve plus chaud, favorisant ainsi l’apparition de brumes matinales qui favorisent le développement du Botrytis cinerea alors que le sud de la région des Graves bénéficie souvent en automne d’après-midi ensoleillés, qui empêchent un développement trop rapide du champignon. Le Botrytis cinerea décolore les baies, les recroqueville et concentre leur teneur en acide et en sucre. Les vendanges manuelles sont effectuées fin octobre en plusieurs tries et les rendements ne dépassent pas 10 – 15 hl/ha. Ils ne sont produits que lors des années favorables. À partir de ces raisins, on produit un vin riche, onctueux et mielleux, relevé par une forte acidité qui met en valeur les saveurs sucrées du vin. L’acidité est également un gage de grande garde. Le classement de 1855 n’a pas été modifié : 1er Cru Supérieur, château d’Yquem, puis 11 Premiers Crus, dont le château Rieussec, et 14 Seconds Crus.

ROUTE DES VINS

 

Le château Rieussec

Le domaine est propriété au XVIIIème siècle des moines des Carmes de Langon et leur vin est des plus réputés. Saisi à la Révolution, il est acquis par la famille Marheilhac, alors propriétaire du château La Louvière à Léognan. Le vin se voit classé premier grand cru de Sauternes en 1855. Il connaît malheureusement d’incessants changements de propriétaires puisque pas moins de 9 se succèderont de 1846 à 1971. Ce sont les Domaines Barons de Rothschild (château Lafite-Rothschild) qui rachètent le domaine en 1984 et s’associent en 2011 à la famille Dassault. L’objectif du Baron Eric de Rothschild est de rétablir la position de Rieussec en haut de la hiérarchie des Sauternes.

Voir ici la présentation du domaine en 2010 par Charles Chevalier, directeur technique du domaine.

Chateau-Rieussec-aerial-view-resizeSitué sur le point culminant des communes de Fargues et de Sauternes, le vignoble de Rieussec occupe une superficie de 93 ha, d’un seul tenant. Il est mitoyen d’Yquem et de Fargues et s’étend sur des sols vallonnés de graves et de limons sur sous-sol argileux. L’encépagement est constitué de Sémillon (90%), de Sauvignon (7%) et de Muscadelle (3%). La culture est conduite de façon traditionnelle avec le suivi minutieux que réclame le développement de la pourriture noble. La vinification et l’élevage du grand vin se déroulent quant à eux dans des fûts de chêne pendant environ 18 mois.

Le domaine produit en plus du grand vin un second vin  « Carmes de Rieussec » et une cuvée avec élevage plus court « Château de Cosse », tous deux en appellation « Sauternes », ainsi qu’un vin blanc sec « R de Rieussec » en appellation « Bordeaux Blanc ».

Le Sauvignon n’est pas utilisé dans le 1er vin, principalement à base de sémillon et de muscadelle. Il est plutôt utilisé pour réaliser le blanc sec « R de Rieussec ».

Présentation du domaine du château Rieussec.

Présentation du 1er vin « Chateau Rieussec » 1er grand cru classé.

Grands Sauternes et grands millésimes

Sur le plan des millésimes, après 1900, la première très grande année à Sauternes sera 1921, absolument superbe ! Viendront ensuite 1929, 1937 et 1945. Après guerre et jusqu’à aujourd’hui on peut citer : 1947, 1955, 1959, 1975, 1983, 1989, 1990, 1996, 1997, 2001 et probablement 2005.

Voir ici un classement assez précis des grands millésimes sauternais.

Quant aux grandes réussites de 1947 en sauternais on peut citer : Château RieussecChâteau GuiraudChâteau d’ YquemChâteau de Rayne VigneauChâteau SuduirautChâteau Climens

 

Une énigme à résoudre…

Lorsque je consulte sur internet les ventes aux enchères de Rieussec 1947, je ne retrouve pas l’étiquette de la bouteille qui fait l’objet de ce billet.

Je n’en connais pas la raison… Si quelqu’un peut m’aider à relever cette énigme, ma curiosité sera satisfaite et j’en serai très honoré.

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