Category: Livres


 « Dans les forêts de Sibérie« , c’est le titre d’un livre en forme de carnet de voyage que j’ai pour de multiples raisons beaucoup apprécié. L’auteur, Sylvain Tesson, est parti vivre seul de février à juillet 2010 dans une cabane au bord du lac Baïkal. Bien qu’a aucun moment Sylvain Tesson n’emploie le mot écologie dans son livre, c’est en partageant le récit d’une telle expérience, avec un tel personnage que je me sens en phase avec sa vision, ses doutes et ses contradictions assumées sur l’écologie. Je me reconnais comme un écologue c’est a dire quelqu’un qui essaie de résoudre les véritables problèmes environnementaux actuels par la science et la technologie, le tout au service de l’homme. Et non comme un écologiste au sens idéologique et politique du terme dont la mouvance actuelle ne poursuit qu’un seul but : instaurer une politique de décroissance, prendre le pouvoir et soumettre l’homme à la nature. Vivre 6 mois dans les conditions de l’hiver sibérien, même au bord du lac Baïkal qui adoucit sensiblement les températures, ce n’est pas à la portée de n’importe qui et ça force déjà le respect. Je ne suis pas certain qu’au même âge j’aurais tenté l’expérience, bien sûr pour d’autres multiples raisons, mais surtout parce que l’expérience est redoutable. Force de caractère, humilité, sincérité font de Sylvain Tesson un écolo que je respecte, ni militant, ni mystique, ni donneur de leçons comme beaucoup le sont en ce moment dans notre cher pays.
 Dans les forêts de sibérie sylvain tesson

Le lac Baïkal en hiver, vu de Listvianka - Au fond, les montagnes Bouriates.

Le lac Baïkal en hiver, vu de Listvianka – Au fond, les montagnes Bouriates.

 Le lac Baïkal… c’est un rêve que je n’ai pu réaliser lors de mon dernier voyage en Chine. Et pourtant lorsque j’étais à Hailar ou à Manzhouli en Mongolie intérieure, j’étais aux portes de la Sibérie sur la branche chinoise du Transsibérien Pékin – Harbin – Hailar – Manzhouli – Irkoutsk…. Moscou ! Mais un visa russe demande de la préparation, surtout lorsque l’on vient de Chine… et il faut s’y prendre très tôt !

Le lac Baïkal

Carte-region-baikal  

 La plus grande réserve d’eau douce au monde : 635 km de long, 25 à 80 km de large et 1600 mètres de profondeur. Des centaines de rivières et cours d’eau qui l’alimentent comme la rivière Selenga en provenance de Mongolie et d’Oulan – Bator au sud. Un seul exutoire :  la rivière Angara qui passe à Irkoutsk pour se jeter au nord de Krasnoïarsk dans le Ienisseï et rejoindre la mer arctique. A l’est, la Bouriatie (une des républiques de la fédération de Russie) et sa capitale Oulan-Oudé.

« Dans les steppes de Sibérie »

Richesse de la nature et richesse intérieure

Le roman est un journal de bord où l’auteur, Sylvain Tesson (le fils du médiatique Philippe Tesson) restitue, jour après jour de février à juillet 2010, l’atmosphère de sa cabane et de cet endroit complètement isolé sur la rive ouest du lac Baïkal.

Le cap des cèdres du nord, au nord de la réserve Baïkal – Lena, et sa cabane, « une Villa Médicis pour moujik russe » comme il aime à le dire. Plus prosaïquement un ancien abri de géologue construit en 1980 dans la taïga au bord du lac Baïkal seront le théâtre de cette aventure où finalement il ne se passe pas grand chose.

Mais pour l’auteur c’est le but recherché, le luxe suprême, ce qui lui permet d’exprimer cette richesse intérieure faite d’émotions, de réflexions de doutes. Mais c’est également la richesse des paysages et de la nature qui font le spectacle et que chaque jour est toujours différent du précédent…

La solitude

« …Elle génère des pensées puisque la seule conversation possible se tient avec soi même… Elle lave de tous les bavardages… Elle convoque à la mémoire le souvenir des gens aimés. »

« C’est aussi ce que perdent les autres à n’être pas là au moment où la beauté se manifeste. »

Ecolo mais conscient de ses contradictions :

La vie ne redevient possible dans un tel environnement que grâce à la modernité, parce que l’on peut amener de la ville nourritures terrestres et spirituelles.

« La dialectique du toujours plus… et du juste ce qu’il faut. »

« J’ai toujours eu beaucoup de mal avec la critique un peu facile de la société de consommation… car c’est quoi le contraire : c’est la société de pénurie. Il vaut mieux vivre dans une société de consommation que dans une société de pénurie. On peut toujours ne pas sacrifier à la société de consommation, mais dans une société de pénurie, et les ex soviétiques vous le disent, on ne peut faire qu’une chose, c’est subir la pénurie. »

« Nous avons troqué notre autonomie physique par une autonomie spirituelle… et je me pose simplement la question de savoir s’il y en a une qui est moins noble que l’autre. »

La faune et la flore

Notre ermite n’est pas vraiment un naturaliste, mais « La moindre des choses quand on s’invite dans les bois, est de connaître le nom de ses hôtes ». Ainsi quelques guides naturalistes de la collection Delachaux et Niestlé accompagnent Tournier, Déon, Defoe, Nietzche, Schopenhauer, Giono, Camus, Kierkegaard… « Les livres sont des icones. »

Quelques espèces végétales citées : cèdres, mélèzes, bouleaux, frênes, pains nains, myrtilles, airelles, azalées, rhododendrons, rhubarbe, ail aux ours, oignon sauvage, anémone de montagne… L’ermite identifie les espèces mais le genre n’est pas sa préoccupation première.

Quelques espèces animales : ours, lynx, cervidés, renard, vison, lièvre… les oies et les canards arrivant de Chine et de Thaïlande à la fonte des glaces, eiders, fuligules, harles, arlequins plongeurs, mouettes, mais aussi geais, freux, aigles, pics, Tetras-lyre, bergeronnettes et mésanges plus familières.

Deux espèces endémiques, qui se sont adaptées à l’eau douce, méritent une attention particulière : il s’agit du phoque et de l’omoul.

Les phoques du Baïkal Baikal seals

 Le phoque de Sibérie (Pusa sibirica) – Nerpa en russe – est le seul phoque d’eau douce vivant sur la planète avec le phoque annelé (Pusa hispida) qui vit également complètement coupé des océans. Il colonise la moitié nord du lac Baïkal, il est endémique et c’est également un des plus petits phoques au monde (50 kg et 1.30 m de longueur). Ils plongent à 200 m pendant 20 à 25 mn pour trouver leur nourriture (Coméphores, petits poissons vivipares sans écailles, très gras qui ont la particularité d’exploser lorsqu’on les remonte trop rapidement à la surface).      Les phoques des îles OuchkanyObservation des phoques du BaïkalLes phoques d’eau douce
 Le lac Baïkal abrite plus d’une cinquantaine d’espèces de poissons dont la pêche du plus emblématique l’Omoul, a toujours été l’occupation principale des riverains. L’Omoul (Coregonus migratorius) est très proche de l’Omble chevalier (Salvelinus alpinus), espèce des mers arctiques de la famille des salmonidés (saumons), ayant colonisé a la fin des dernières glaciations les lacs arctiques ou alpins d’eau douce (Annecy…).
La pêche à l’omoul : à la ligne ou au filet ?L’Omoul – Wikipedia

L’Omoul

Omble tacheté

L’auteur, en pleine action ferrant un Omoul qu’il appelle dans son récit « omble tacheté »

omul

 Cru, mariné, séché, en soupe, grillé ou fumé ce poisson constitue la base de l’alimentation des autochtones…. et des visiteurs de passage.

Omouls à l'étalage sur le marché de Listvyanka

Omouls à l’étalage sur le marché de Listvyanka

Séchage de l'Omoul

Séchage de l’Omoul

Repas de fête !

« Foie d’élan, oeufs de poissons, pattes d’ours et confitures de myrtilles et surtout de la bonne vodka râpeuse pour dissoudre le goût du gras. »

Le 22 mai 2010

Petite anecdote : je suis passé à quelques kilomètres de la cabane de notre ermite… pas à côté non mais au dessus, ignorant bien sûr complètement l’existence de sa retraite en cet endroit. C’était au retour de ma deuxième mission en Chine à Hailar en Mongolie intérieure, vol Air China CA233 au départ de Pékin 13h35. Les vols Pekin Paris empruntent pratiquement la route du Transsibérien en survolant Oulan – Oudé, le Baïkal, Irkoutsk, Krasnoyarsk, Ekaterinebourg, Moscou…

Quelques extraits de son carnet de bord le 22 mai, le lac en cours de débâcle : « Le 22 mai à 5 h du soir c’est la débâcle. Le vent descend des montagnes et ouvre la plaine à coups de dents. En dix minutes l’eau regagne sa liberté…Une allongée d’eau libre de cinq cents mètres de long court le long de la grève. Le vent y distribue ses gifles… Les plaques se désagrègent dans un crépitement de sucre imprégné de champagne… Plus rien ne sera comme avant. »

« Le peuple des insectes va envahir les bois et je me sens moins seul. »

« La cabane a-t-elle un sens politique ? Vivre ici n’apporte rien à la communauté des hommes… La cabane n’est pas une base de reconquête mais un point de chute… Une porte de sortie, non un point de départ… Le trou où la bête panse ses plaies, non le repaire où elle fourbit ses griffes. »

La nuit suivante : « Cette nuit à 3 heures, des aboiements me précipitent hors de la cabane, le lance-fusée au poing. Un ours rôde sur la plage. A l’aube, ses traces, sur le sable gris. »

Et pour terminer sur quelques aphorismes…

Sylvain Tesson est un grand pourvoyeur d’aphorismes, « aphorismes de sous préfecture » comme il dit. « C’est une maladie que j’ai et dont j’essaie de guérir… La formule c’est les gravats de la pensée… et même quand on la critique on en fait une ! »

Eh bien moi j’aime… :

En parlant d’Igor, un des pêcheurs qui ne tient pas la vodka : « Il rend en sanglots ce qu’elle fournit en ethanol »

« La pêche, ultime clause du pacte signé avec le temps »

« Les mésanges gardent la forêt pendant le gel. Elles n’ont pas le snobisme des hirondelles qui passent l’hiver en Egypte… »

 « Je suis arrivé ici en ignorant si je resterai. Je repars en sachant que je reviendrai… »

Prendre le temps de regarder ces deux vidéos :

Sylvain Tesson six mois dans les forêts de Sibérie

Sylvain Tesson vs Polony & Pulvar – Ruquier, On n’est pas couché 8 octobre 2011

Et puis…

La page perso de Jean Saint Martin : très intéressante et riche en photos du Baïkal au plein coeur de l’été.

Blog de Alexei : organisateur de missions sur le lac Baïkal

Pour mieux connaître Sylvain Tesson :

Interview par Philippe Bilger en juillet 2018

Grand amateur de biographies et d’autobiographies, j’ai littéralement été captivé par « Le grand Coeur« , le dernier roman de Jean Christophe Rufin. Un livre qui m’a été offert pour mes 65 ans, dignement fêtés récemment, par ma belle famille dont la réputation de dénicheurs de bons bouquins n’est plus à faire…

Un dépaysement total puisque sa lecture s’est effectuée entre Marrakech, Essaouira, l’Atlas et l’Anti Atlas Marocains.

 Ce roman est une histoire de la vie de Jacques Coeur, fils d’un pelletier de Bourges, quittant le Berry pour l’Orient… Il en revient pour rencontrer le roi Charles VII et rétablir l’économie en France après la guerre de Cent ans et le départ des Anglais. Cette première rencontre avec le roi Charles VII est l’occasion d’une analyse géopolitique du monde de l’époque. Même si aujourd’hui l’Orient est « Extrême », les similitudes avec l’Orient « Moyen » de l’époque sont loin d’être négligeables. C’est l’époque ou cet orient  était riche et savant, ce qu’avait capté rapidement Jacques Coeur, à l’inverse des précédents chevaliers des croisades qui allaient vers cette destination pour prendre mais sans apprendre.

Portrait de Jacques Coeur

Dessin du Palais de Jacques Coeur à Bourges

Ce roman est une ode à l’optimisme et à l’esprit d’entreprise.

Jacques Coeur avait appris et hérité de son beau père le statut de monnayeur. Une « mésaventure » dans le cadre de cette activité est d’ailleurs à l’origine de ce départ pour l’Orient. L’occasion pour l’auteur d’une réflexion sur cette vieille profession qui n’est pas sans rappeler la situation financière actuelle, pour ne pas dire la crise, de nos pays : Le monnayeur (le banquier ou les financiers d’aujourd’hui) prend la responsabilité d’une faute collective en partageant les bénéfices de sa fraude (le sous titrage des pièces qu’il fondait), avec ceux qui avaient le pouvoir de le condamner (les grands de ce monde d’hier – le roi à l’époque – et d’aujourd’hui).

Charles VII peint par Jean Fouquet

Le grand coeur est aussi une façon de revisiter l’histoire de l’époque de Jeanne d’Arc : Charles VII régnait sur le Berry de Bourges jusqu’au Languedoc. L’Anglais occupait tout le Nord ouest Rouen et Paris, alors que le duc de Bourgogne régnait en maître sur les territoires de l’Est de la France.
 La proximité avec le roi Charles VII fut aussi pour Jacques Coeur l’opportunité d’approcher Agnès Sorel, première favorite royale officielle de l’histoire de France (auparavant les maîtresses royales étaient tenues plutôt à l’ombre). Grande consommatrice de soieries et autres produits d’Orient dont Jacques Coeur faisait commerce mais également en échange, protectrice des intérêts du marchand auprès du roi.

Portrait d’Agnès Sorel d’après Jean Fouquet, Château Royal de Loches.

Manoir de la Vigne d’Agnès Sorel, au Mesnil -sous -Jumièges.
Photographie : copyright Olivier Verley.

  A sa mort, à 28 ans après la naissance de son 4ème enfant, au Manoir de la vigne au Mesnil sous Jumiège en Normandie, l’histoire se retourne. Notre marchand, négociant, banquier et armateur est oublié par le roi, livré à l’avidité des courtisans, arrêté puis jugé…

Un petit coup d’oeil sur la bibliographie et le parcours de l’auteur, donne envie d’aller plus loin. Jean Christophe Rufin né à Bourges  en 1952 (ceci explique cela…) est médecin, historien et écrivain. Magnifique plume il reçoit, entre autres distinctions, le Prix Goncourt 2001 et le grand prix de l’Académie de Marine pour son roman Rouge Brésil. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Plus récemment il est élu membre de l’Académie Française en 2008, dont il est le plus jeune membre, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat. En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012…

Notes de lecture

L’OUVRAGE

o enfin une réflexion sur l’état des « communications » de tous ordres au XXIème siècle qu’il faut lire absolument : le transport des marchandises, l’avion, internet et les communications entre les être humains. En exergue de ce chapitre C. Allègre cite Ghandi : « plus les moyens de communication se développent et moins l’homme dispose de temps ». Même constatations avec l’Internet, le téléphone mobile, chronophages au détriment de la fraternité, du travail d’équipe ou tout simplement de la vie familiale. Là aussi ce sont les deux facettes de magnifiques outils qu’il faudra apprendre à gérer…

Très riche et très pédagogique :

o la grande épopée du 20ème siècle que furent les sciences de la matière, de la terre et la naissance d’une science de la vie. Il nous livre aussi une analyse très personnelle et perspicace de l’histoire de l’informatique, de ses dérives dans le domaine de la modélisation par exemple, de ses contradictions avec l’internet outil de communication et simultanément d’isolement.

o le 21ème siècle verra  le mariage de l’informatique et des neurosciences, l’ordinateur prolongateur du cerveau. Tout cela ne se fera pas sans mobilisations anti progrès que l’on voit déjà enfler avec les neuro sciences. Mais plus difficile à gérer, toutes ces avancées ne se feront pas sans poser de problèmes éthiques bien plus redoutables qu’aujourd’hui.

o mais le défi que devra résoudre l’homme avant la fin du siècle sera celui de(s) crise(s) d’énergie. Epuisement des énergies fossiles, des nouveuax métaux rares, l’énergie nucléaire avec ses déchets, la fusion nucléaire sans déchets mais reposant sur une technologie compliquée, la voiture éléctrique, hybride ou à hydrogène. Enfin les énergies naturelles et les biocarburants pour lesquels il ne croit pas en une utilisation massive au niveau de la planète compte tenu de l’état des surfaces cultivables pour l’agriculture alimentaire. Et justement l’autre défi étant celui de l’évolution démographique, mal répartie notamment par rapport à la ressource en eau, donc à l’alimentation.

Son analyse et ses propositions sont souvent abruptes mais toujours clairvoyantes. Le domaine de la production agricole planétaire et surtout franco française ne fait pas exception, mais il le survole un peu trop a mon goût. Néanmoins l’importance des problèmes est toujours hiérarchisée et ses réflexions méritent toujours d’être approfondies.

Quelques phrases fortes au hasard… mais il y en a beaucoup d’autres :

§ J’ai été un des pionniers de la croissance verte et je me bats aujourd’hui contre la décroissance verte écrite noir sur blanc dans le programme des Verts.

§ Si l’Occident continue à avoir peur de tout, des pays comme la Chine et l’Inde vont finir par prendre une avance considérable. Et si on n’y prend pas garde, l’avenir le plus prometteur pour l’homme occidental, ce sera guide de monuments français pour Asiatiques ou serveur dans un restaurant en Chine.

§ … les problèmes qui se posent à la planète sont beaucoup plus importants et variés que les seules émissions de CO²… je ne crois pas que répandre la peur soit une bonne stratégie pour réagir.

§ A l’attitude vectorielle – je prends, j’utilise, je jette – doit se substituer le réflexe du recyclage généralisé et de la recherche d’un égal respect de l’homme et de la nature.

 

L’HOMME

 

Et tout d’abord pour bien positionner la vision de l’auteur, voici une interview récente que l’on peut trouver dans Libération : L’écologie non productive c’est quoi ?

Je la remet in extenso, car il n’y a rien à jeter et elle résume bien l’esprit du livre.

Inutile de dire que je partage complètement cette analyse

Présentant la fondation que je suis entrain de créer avec pour titre Ecologie productive, un journaliste s’est interrogé. Qu’est ce que l’écologie non-productive ?

Il m’incombait donc d’éclairer sa lanterne.

L’écologie productive est la démarche qui consiste à résoudre les problèmes écologiques en créant de nouveaux emplois et de nouvelles richesses. C’est ce que l’on appelle parfois la croissance verte, concept que j’ai contribué à définir et à développer depuis vingt ans (dans mes livres Economiser la planète, Fayard, 1990 et Ecologie des villes, écologie des champs, Fayard, 1993). Cette démarche s’oppose radicalement à la vision, hélas très répandue, qui a vu le jour dans les années 1970 avec le fameux rapport du Club de Rome «Halte à la croissance» et qui s’est prolongée plus récemment avec les concepts de décroissance et de frugalité prospective, qui constituent la base du livre de Nicolas Hulot le Pacte écologique aussi bien que le programme des Verts. A une écologie dénonciatrice et punitive, qui ne voit l’écologie que comme l’annonce de catastrophes, la multiplication de taxes, des interdictions diverses et, l’arrêt du progrès, («le progrès pose problème», écrit Hulot), nous souhaitons substituer une écologie de la création, de l’invention, du dépassement, de la réparation qui débouche sur la croissance économique en même temps que l’établissement d’une certaine harmonie entre l’homme et la nature mais dans laquelle l’homme n’est jamais sacrifié aux exigences écologiques.

Prenons trois exemples pour illustrer cette démarche.

1. L’énergie nucléaire est à l’évidence une source d’énergie essentielle à notre développement futur et l’on ne dénoncera jamais assez les dommages créés à l’Europe par les verts allemands en interdisant à ce pays cette source d’énergie ! Mais peut-on, d’un autre côté, ignorer qu’avec la technologie actuelle nous produisons des déchets potentiellement dangereux et que les réserves d’uranium ne dépassent pas un siècle ? La solution ce n’est pas l’abandon du nucléaire, c’est de développer la technologie dite de «quatrième génération» qui utilisera 97 % de l’uranium multipliant les réserves par 100 et qui détruira les déchets à vie longue rendant cette filière plus sûre.

2. Second exemple, les pesticides, insecticides et engrais. Il est exact que le développement excessif de la «chimie agricole» a conduit à créer des problèmes de pollution alimentaire pour les humains, les animaux domestiques mais aussi les animaux sauvages. La décroissance des populations d’oiseaux, des rivières trouve sans aucun doute sa source dans la pollution. Faire semblant de l’ignorer n’est pas responsable pas plus qu’accuser les agriculteurs et leur interdire les moyens de continuer a être compétitifs sur un marché désormais international de plus en plus sévère. La solution, c’est de développer les plantes génétiquement modifiées qui permettront d’éviter les pesticides, les insecticides, en partie les engrais et qui permettront de minimiser les besoins en eaux ou les contraintes de salinité. L’avenir de l’agriculture est là !

3. Troisième exemple, le contrôle du gaz carbonique. Laissons de côté la question des prévisions climatiques car elle sera réglée par les faits d’observations à condition de ne pas les masquer (pourquoi cache-t-on ces jours-ci le fait que la banquise arctique s’est reconstituée cet hiver comme elle était il y a douze ans ?) Faut-il le faire en organisant de grandes conférences internationales, fixer des quotas théoriques et palabrer sous la houlette dispendieuse de l’ONU ? Kyoto a été l’exemple de cette attitude incantatoire autant qu’inefficace : dix ans après, les émissions de CO2 ont augmenté de 50 % ! Et Copenhague s’annonce comme devant être du même tabac ! Croit-on qu’avec un tintamarre diplomatique ou médiatique l’Inde et la Chine vont abandonner leur développement fondé sur le charbon ?

 

La solution, n’est-elle pas dans l’innovation ?

Ne faut-il pas d’abord développer les technologies de capture et de stockage du CO2, les voitures électriques, hybrides ou à hydrogène et les technologies alternatives pour le chauffage comme le photovoltaïque, la géothermie et l’isolement ? Mais là encore en étant conscient des problèmes sachant par exemple que dans l’état actuel des choses les réserves mondiales d’indium, métal indispensable à la technologie photovoltaïque, sont inférieures à dix ans !

Après avoir organisé le premier colloque socialiste sur l’écologie en 1986, après avoir, avec Hubert Curien, convaincu François Mitterrand de présider le premier colloque sur ce sujet organisé à l’Elysée en 1989 pour promouvoir cette écologie dynamique, au cours duquel avait été développée l’idée de la création d’un grand ministère de l’écologie force est de constater qu’on en est toujours au stade de la palabre écologique et des débats stériles sans incidence véritable sur l’emploi et la croissance.

L’opposition entre deux visions différentes de l’écologie marque un clivage fondamental à l’égard de la société et de l’homme.

La vision positive et humaniste que je défends est celle d’une société de liberté, de libre entreprise et de progrès constant, pas de celle d’une réglementation pesante et d’un Etat omniprésent décidant à la place du citoyen. C’est surtout celle d’une vision optimiste de l’homme qui sait s’adapter à son environnement constamment changeant, et dont le ressort du progrès est dans l’innovation et l’optimisme et non la punition et la peur.

Je ne veux pas comme le dit Marcel Gauchet que «l’amour de la nature dissimule la haine des hommes». Et tant pis si ce n’est pas à la mode, si je me réclame de la philosophie des Lumières et si, comme Luc Ferry, je refuse le Nouvel Ordre écologique.

Ce qui pour lui est encore plus catastrophique c’est le développement dans le public d’un sentiment anti progrès, anti science et l’occultation des priorités réelles. « Lorsque E. Todd répond à une écologiste :  la disparition de milliers d’emplois me préoccupe plus que la disparition de milliers d’abeilles, il traduit bien que l’homme ne saurait être sacrifié à une mythique nature. Il ne faut pas protéger la nature contre l’homme. Il faut trouver une harmonie homme-nature. »

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Claude Allègre sans langue de bois – Copenhague, un sommet inutile

(ajouté le 23/10/2009)

 

Comme Claude Allègre j’exècre l’imposture scientifique, la tromperie sur la réalité des problèmes. In fine sur les manipulations de masse par le catastrophisme et le véhiculage des peurs, de manière à susciter et à accélérer la prise de conscience. Cela n’est pas bon et ne fait que désorienter et augmenter la défiance d’une opinion publique envers la Science et le Politique, pour renforcer la pseudo science l’obscurantisme et le sectarisme avec toutes ses dérives.

 

Alors que Jean Louis Borloo déclare cette semaine que le “destin du monde” se jouera probablement à Copenhague, en décembre, où doit être conclu un accord mondial pour tenter de limiter le réchauffement climatique [Bigre ! chacun voit midi à sa porte], il n’est peut être pas inutile de prendre un peu de recul pour relire ce que disait Luc Ferry dans un article du Figaro d’octobre 2007 (1) sur le Grenelle de l’environnement et ses espoirs d’une politique environnementale digne de ce nom.
 
Deux idées fortes :
Le principe fondateur de l’écologie contemporaine, c’est celui d’une "autre politique", plus ou moins anticapitaliste et altermondialiste, qui soumette l’économie à l’écologie.
Le "Grenelle de l’environnement" n’a de légitimité ni scientifique ni républicaine. Il ne représente en rien les citoyens que nous sommes et relève à 100 % du management et de la communication politique.
 
 

 Notes de lecture récente – Paru le 1/03/07 chez XO – Pocket  6 €

 

Hauteur de vue des propos, la philosophie à portée de tous et un style élégant.

 

La famille, nouvelle valeur face à un siècle de déconstructions… celle de la tonalité en musique, de la figuration en peinture, de la chronologie dans le roman…. déconstructions accompagnées par la "dépossession démocratique", le déclin de l’Etat Nation et l’installation progressive d’une société bloquée. Faut-il reconstruire ? Sur quelles valeurs ? La conviction qui anime ce livre est que la réponse se trouve du côté d’une vie privée dont la montée en puissance ne doit pas être interprétée comme un " repli individualiste " ou un " renoncement" aux affaires du monde.

Le premier paragraphe
Commençons par un constat banal : la peur, chacun peut s’en rendre compte, est devenue l’une des passions dominantes des sociétés démocratiques. A vrai dire nous avons peur de tout : de la vitesse, de l’alcool, du sexe, du tabac, de la côte de boeuf, des délocalisations, des OGM, de l’effet de serre, du poulet, des micro-ondes [….] Chaque année, une nouvelle peur s’ajoute aux anciennes -pour l’an prochain je parierai volontiers sur les nanotechnologies – […]. J’avoue, en ce qui me concerne, que j’ai commencé à être inquiet lorsque j’ai vu, en 2003, des organisations de jeunes manifester pour… la défense de leurs retraites !

Morceau choisi
C’est sous ce titre provoquant que Jacques Attali […]  tirait il y a quelques temps la sonnette d’alarme : ‘Tout le monde écrivait-il, sait que la situation est critique, que le pays est endetté, vieillissant, travaille trop peu, décline et qu’il est même en train de décrocher ; tout le monde sait que rien n’a été fait de sérieux depuis dix ans et que, si rien n’est fait pendant encore cinq ans, la chute se fera de plus en plus brutale. Les actions à entreprendre sont claires, simples, mathématiques, indiscutables. Elles peuvent être résumées en quelques lignes terribles : il faudra, progressivement, réduire de moitié la dette publique, retarder de huit ans l’âge de la retraite, accueillir 500.000 travailleurs étrangers par an, permettre à ceux qui le voudront de travailler au-delà des 35 heures, doubler les dépenses publiques par étudiant à l’université et décider en conséquence d’économie budgétaires… ‘  – chapitre : Que faire ?

Morceau choisi
Evitons un malentendu : je n’appartiens évidemment pas à l’univers intellectuel et politique des contempteurs de la mondialisation et du libéralisme.
Tout au contraire même. La mondialisation libérale, quoi qu’en disent les altermondialistes, possède un certain nombre de vertus qu’il est vain de contester.
Sans même évoquer ses effets évidents sur l’économie, le simple fait qu’elle ouvre des univers jusqu’alors repliés sur eux-mêmes, totalement fermés aux autres, suffirait presque à lui seul à la justifier. Au demeurant, la compétition n’est pas en soi un mal et toutes les analyses économiques montrent que, s’il est vrai que les inégalités entre riches et pauvres s’accroissent, la mondialisation bénéficie malgré tout aussi aux plus démunis, au point qu’à en croire un récent rapport de la Banque mondiale, le nombre de personnes très pauvres devrait être, grâce à elle, divisé par deux d’ici 2030. – chapitre : Face à la dépossession démocratique